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Abdou Mamane Kané, directeur général de Tech-Innov

Le téléphone portable est un outil agricole Informaticien et fils de paysan, Abdou Mamane Kané révolutionne l’agriculture grâce à sa solution numérique d’aide à l’irrigation. Un concept qui marche mais qui reste à généraliser.

Niamey, Sani Aboubacar

Concilier les atouts naturels avec les atouts technologiques pour résoudre les problèmes d’irrigation. Tel est le pari tenté par Abdou Mamane Kané, informaticien de formation. Un pari réussi pour ce fils de paysan qui a inventé le système de la télé-irrigation, transformant ainsi le téléphone cellulaire en outil agricole.

Il le définit comme un concept qui permet à un agriculteur, à un fermier, de piloter à distance son système d’irrigation, lui donnant la possibilité de collecter à temps réel des données météorologiques, suivant une distribution intelligente de l’eau, tout cela avec le téléphone portable.

Le système comprend un boîtier équipé d’une puce GSM connectée au système d’irrigation et au réseau de canalisation installé dans les jardins. Pour l’activer, le fermier compose un numéro à partir de son téléphone portable. L’opérateur télécoms renvoie l’appel sur un serveur de l’entreprise, spécialement créée pour gérer ce système.

Lequel serveur, à son tour, transforme l’appel en signal électrique et l’envoie au jardin pour déclencher le dispositif. « Le tout en 15 secondes », se réjouit le concepteur, qui précise que l’usager a le choix de programmer le temps que va durer l’irrigation.

Une révolution dans l’agriculture

Le début des années 2000 est marqué par l’avènement de l’outil informatique au Niger. Abdou Mamane Kané, à l’instar de beaucoup d’autres jeunes Nigériens, décide de suivre une carrière d’informaticien. Après ses études au département des maths et physique de l’université de Niamey, il s’inscrit dans un institut privé de la place qui propose des formations en informatique, puis en Tunisie où il se perfectionne pour devenir un développeur et programmeur de gestion.

De retour au pays, il intègre une équipe de développeurs, de prestataires de services informatiques, spécialisée dans le développement des applications à destination de l’administration.

Cette formation fait naître en Abdou Mamane Kané l’ambition de s’attaquer au problème de l’irrigation, considéré comme l’obstacle majeur à l’essor de l’agriculture au Niger. « Depuis les temps immémoriaux, nos parents pratiquaient l’agriculture artisanale, manuelle. Ils ont continué jusqu’à aujourd’hui et malheureusement cette agriculture, non seulement elle les fatigue, mais le rendement laisse à désirer », regrette-t-il.

Nous sommes capables de parcourir la chaîne de la production agricole de bout en bout. Notre « ferme digitale écologique » est une intégration des innovations avec la télé-irrigation comme matrice.

Jusqu’à présent, la révolution technologique n’avait guère bénéficié à l’agriculture du pays. Pourtant, le Niger a des atouts naturels indéniables, affichant un ensoleillement de 5 à 7 kWh/m2/jour.

« C’est pour cela que nous avons conçu la télé-irrigation pour permettre d’utiliser le téléphone portable et le solaire pour irriguer une exploitation agricole », se souvient-il. Les débuts de la télé-irrigation remontent à l’organisation en 2011, par Orange, du prix de l’Entrepreneuriat social en Afrique. La télé-irrigation décroche le premier prix et l’opérateur télécoms devient naturellement son premier partenaire, se chargeant du transfert des appels pour le pilotage de l’irrigation.

En 2013, Abdou Mamane Kané crée l’entreprise Tech-Innov pour commercialiser le système de la télé-irrigation. Au Niger, entre 80 % et 90% des entreprises disparaissent au bout de trois à cinq ans. « Nous avons surmonté cette étape, communément appelée la vallée de la mort», se réjouit l’entrepreneur qui a bénéficié de l’encadrement du Centre incubateur des PME (Cipmen) où il a pu nouer des partenariats.

Effets externes positifs

Pour démarrer ses activités, le créateur s’est basé sur les différentes distinctions et reconnaissances internationales qu’il a engrangées. Premier prix de l’entreprenariat social en Afrique en 2011, Prix mondial de l’eau en 2015, décerné à la technologie de la télé-irrigation et à son inventeur et troisième Jeune entreprise africaine à la COP22 au Maroc, en 2016.

« Ce qui montre l’utilité et la pertinence de la technologie », se réjouit un de ses collaborateurs. Qui constate l’« engouement d’un grand nombre de gens » qui cherchent du soutien afin de « se débarrasser des arrosoirs et autres matériels archaïques » ; la technologie reposant sur le téléphone portable et le solaire est d’un grand secours. Effet externe immédiat : « Notre technologie permet de réduire la production du gaz à effet de serre, la déperdition et le gaspillage de l’eau. »

D’autres applications

Cette audience a facilité à l’entreprise un crédit bancaire de la BOA comme investissement de départ, garanti par le Fonds de solidarité africain (FSA). « Nous avons consenti un investissement lourd, mais ce montage financier a permis de faire naître Tech-Innov », se rappelle Abdou Mamane Kané ; l’emprunt lui a permis d’acquérir des serveurs et de matériels roulants, entre autres.

Réconfortée par ces succès, Tech-Innov a développé d’autres produits dérivés de la télé-irrigation que sont le kiosque d’eau potable en milieu rural, le bio fertilisant intelligent et l’abreuvage automatique. « Aujourd’hui nous sommes capables de parcourir la chaîne de la production agricole de bout en bout, nous l’avons intitulée “ferme digitale écologique” c’est une intégration des innovations avec la télé-irrigation comme matrice », se réjouit Abdou Maman Kané.

Ainsi, avec le bio-fertilisant, par exemple, l’engrais issu des déjections animales est collecté pour être transformé en engrais liquide. Il passe ainsi par la tuyauterie des réseaux d’irrigation et peut fertiliser les sols. « Ces animaux qui fournissent de la fumure organique ont besoin de l’eau, alors, nous prenons une des dérivations au niveau de l’irrigation pour pouvoir permettre un abreuvage automatique directement afin de satisfaire leur demande », explique-t-il.

Plus de 300 fermes collectives et individuelles sont équipées au Niger et le directeur général de Tech-Innov, qui dispose de sept techniciens permanents dans les domaines de l’hydraulique, notamment, appuyés par une douzaine de sociétés sous-traitantes, entend lancer un vaste programme de conquête de la sous-région.

Bien sûr, même au niveau national, la pénétration de cette technologie est très timide, son concepteur en est conscient. « Peu d’agriculteurs, du fait de leur faible niveau d’alphabétisation connaissent le système. Nous sommes en train de remédier à cela à travers une communication de proximité. »

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