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Quelle est la valeur des biens culturels africains ?

La pression s’accentue pour ramener les objets africains pillés dans leur pays d’origine, mais la question demeure : quelle est leur véritable valeur pour l’Afrique moderne ?

Par Onyekachi Wambu

La dynamique de retour des icônes africaines pillées par les anciennes puissances coloniales a considérablement augmenté depuis la publication du rapport Sarr-Savoy, en 2018.

Commandé par le président français Emmanuel Macron, ce rapport notait que plus de 80% des biens culturels venus d’Afrique subsaharienne sont dans des musées européens et américains, des galeries et des collections privées.

À lui seul, le Musée du Quai Branly, à Paris, contient plus de 70 000 trésors, la plupart originaires du Tchad, de Madagascar, du Bénin et du Mali. Le rapport formule diverses recommandations : les musées français devraient dresser des inventaires approfondis à partager avec les pays africains concernés ; les inventaires devraient être rendus publics et à partir de novembre 2022, la France devrait restituer toutes les œuvres revendiquées.

Les recommandations ont rencontré une certaine résistance, ce qui a conduit le président Macron à revenir de son premier soutien. La résistance s’exprimait sur plusieurs fronts : une peur largement égoïste de vider les musées français et occidentaux.

Aucune juridiction dans le monde ne protège un voleur qui garde la main sur ses biens volés, et entame ensuite des discussions avec le propriétaire des biens, au sujet de leurs droits en la matière.

Les préoccupations exprimées concernant la protection et la préservation des objets retournés dans les musées africains ; et le plus grand obstacle de tous, la modification des règles d’inaliénabilité rédigées il y a plus de 500 ans pour protéger les biens de la Couronne française.

Le rapport Sarr-Savoy présentait diverses manières de contourner cette loi, soulignant que ses intentions étaient de protéger les biens nationaux, et non les biens pillés qui faisaient partie du Patrimoine des autres peuples. Les auteurs ont également suggéré d’utiliser des lois exceptionnelles, adoptées par les législateurs français en 2010, pour renvoyer 16 têtes maories en Nouvelle-Zélande.

Les arguments sur la manière de contourner de telles lois d’inaliénabilité ne relèvent finalement que du sophisme et représentent de nouveaux travaux pour les avocats et les politiciens.

Comme le soutien le rapport Sarr-Savoy, les arguments moraux et éthiques pour conserver ces objets sont caducs depuis longtemps et les Musées occidentaux, dont les conservateurs pontifient sans cesse sur les questions morales et éthiques, le savent.

Retarder les tentatives

De plus, comme l’auteur et avocat Geoffrey Robinson l’a soutenu dans Who Owns History ?, aucune juridiction dans le monde ne protège un voleur qui garde la main sur ses biens volés, et entame ensuite des discussions avec le propriétaire des biens, au sujet de leurs droits en la matière.

D’autre part, quelles sont les raisons légales pour conserver des restes humains, en particulier des têtes humaines, qui sont détenues simplement comme des trophées de guerres ?

En temps opportuns, ces icônes seront rendues. Ce qui se passe est le rejet des tentatives de retour, qui impliquent divers arguments, y compris ceux faisant des musées occidentaux des centres du patrimoine mondial.

Selon eux, cette vision permettra de faciliter des échanges dans le cadre d’une discussion sur le Patrimoine culturel mondial. Les autres questions sont de savoir si les musées et institutions culturelles africains ont la compétence de préserver les objets restitués et s’ils peuvent être conservés dans des parties du globe sujettes à l’instabilité.

Les critiques rappellent l’expérience récente : le sort les trésors irakiens et syriens, les menaces de Donald Trump d’attaquer les centres du patrimoine iranien et la tentative de destruction de Tombouctou par les islamistes, qui ont cherché à brûler la précieuse collection de parchemins.

Je note une forte valeur dans ce dernier cas, qui touche aussi au cœur de nos propres attitudes envers ces biens et les raisons pour lesquelles nous voulons les récupérer en premier lieu.

Ce sont de grandes questions qui impliquent la façon dont nous prenons soin de notre patrimoine culturel, de notre engagement dans la protection de ce patrimoine, ainsi que la façon dont nous utilisons ce patrimoine comme outil d’organisation et de développement.

Un ami africain qui a une position nuancée sur ces questions, fait valoir que ces icônes, qui contenaient de l’énergie et de l’action lorsqu’elles ont été créées et utilisées dans leur contexte culturel, ont été « déclassées » par leur capture et leur emprisonnement dans les musées occidentaux.

Si nous leur demandons maintenant de revenir, cela signifie-t-il que nous « remettons en service » leur énergie et leur libre arbitre, et si oui, qu’avons-nous l’intention de faire avec de telles forces ?

Un politicien du Nigeria a récemment attribué la stagnation du pays à la malédiction qu’il aurait encourue après que le Festac 77 a distribué des centaines de masques énergiques, et soi-disant malveillants, venus de toute l’Afrique.

Faut-il sérieusement confier à ce politicien idiot des objets précieux qui remettent en question sa compréhension spirituelle ? Le retour des icônes, à la fois humaines et artistiques, est inévitable. Ce que nous attendons d’eux reste un grand débat.

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