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Olivier Kakou, conteur, acteur et comédien : «Le conte est une passerelle entre les peuples»

Le comédien ivoirien Olivier Kakou, établit en France, explique l’importance du conte, récit universel, pour une meilleure entente entre les civilisations. Ses spectacles tissent des liens entre Africains et Occidentaux, enfants et parents.

Propos recueillis par Serges David

Comment avez-vous pris conscience que le conte africain était universel et donc, pouvait intéresser les Français ?

Je racontais déjà les contes en Afrique devant un public cosmopolite. J’ai vite compris que ces récits merveilleux ne sont pas une barrière, quelle que soit la culture de ceux qui l’écoutent. Ma conclusion s’est vite imposée : le conte est universel et cette universalité ne se dément pas, quel que soit le peuple. J’en ai fait un métier.

Quels thèmes développez-vous dans vos contes ? Sont-ils proches des réalités de votre public ?

Mes thèmes tournent autour de la protection de la nature – sans doute à cause de mon côté écolo –, et de l’humain. Je suis aussi le porte-voix des animaux, j’exprime leur rôle dans la vie de tous les jours. J’insiste sur la nécessité de se simplifier la vie au quotidien.

Pour le conteur Kakou : « En réalité, mon message est celui de la tolérance. L’humain doit apprendre à connaître l’autre sans peur, sans barrière, sans blocage, sans pollution de ce que les devanciers ont pu faire croire avec des clichés ».

Évidemment, ces thèmes abordés sont proches de mon public, car la morale, à la fin chaque histoire, a un effet sensibilisateur qui fortifie les uns et les autres sur le long chemin de la vie. Les témoignages des spectateurs en attestent.

Votre public est surtout composé d’enfants. Quelle méthodologie utilisez-vous pour les intéresser à votre imaginaire ? Procédez-vous de même pour les adultes ?

Les enfants savent s’amuser, jouer et plaisanter. Pendant les spectacles, je me replonge dans ma peau d’enfant ou dans mes souvenirs d’enfant. Une fois que cette alchimie s’opère, j’arrive à faire rire les enfants !

Par exemple, je leur demande : « Savez-vous rire ? En entrant dans votre commune, j’ai croisé la femme la plus âgée de votre ville. Elle m’a dit que vous ne savez pas rire. » Le résultat est immédiat. En fait, j’invente le risible et là, le public part en franche rigolade.

Avec mon équipe, nous utilisons de nombreuses techniques gestuelles, accompagnées de pas de danse, couplés au chant. Cette activité stimulante rend les enfants heureux. Dans ce moment de joie et de lâcher-prise, les enfants ont les oreilles bien attentives ; ils sont prêts à retenir le conte. Ils seront capables de raconter et partager l’histoire avec leurs parents et leurs proches.

Il en est de même pour les adultes, en définitive, ce sont des enfants qui ont juste grandi un peu ! Ici, le conte et les pas de danses durent plus longtemps, avec des parties interactives. À la fin de chaque spectacle, les enfants ou adultes viennent manipuler les djembés. C’est un moment de partage et de magie.

Quant à la méthodologie, elle est simple. Avec mon équipe, durant les spectacles, nous levons les mains vers le haut et remuons les doigts comme pour dire au revoir. Nous entonnons un chant africain avec un refrain que j’apprends au préalable au public. Nous lançons le cri de ralliement, le « i-o ! » pour inviter le conte à quitter mon petit village d’Afrique et venir en France, en traversant les nuages. Je raconte l’histoire avec beaucoup de parties interactives pour maintenir le public (enfant comme adulte) en état de concentration et d’éveil.

À travers vos récits, peut-on voir une affirmation de votre africanité ou un message que vous voulez faire passer à l’Occident ?

À travers la narration, je transmets les valeurs africaines, ma différence, mes racines, ma culture, et surtout l’espoir d’un monde meilleur. Je partage l’envie de faire découvrir les différentes villes de mon pays, mon continent, mon peuple : ma culture. En réalité, mon message est celui de la tolérance. L’humain doit apprendre à connaître l’autre sans peur, sans barrière, sans blocage, sans pollution de ce que les devanciers ont pu faire croire avec des clichés.

Considérez-vous que vos messages favorisent une entente entre Afrique et Europe ?

Oui, je le pense fortement, car mes contes ont pour base l’amour ! Or, l’amour est le remède à tous les maux de notre monde.

En France, la commémoration de l’abolition de l’esclavage s’est déroulée le 10 mai 2020. Est-il judicieux de dire que vos contes permettent à l’Afrique de pardonner les atrocités commises par les Européens durant l’esclavage ? Font-ils prendre conscience aux Occidentaux qu’ils ont besoin de faire acte de contrition à l’endroit des Africains ?

Les blessures atroces de l’esclavage sont psychiquement profondes. Les contes sont des passerelles d’amour, de tolérance et de pardon qui ont permis, qui permettent et qui permettront de pardonner de manière sincère, le mal-être, la peur des autres.

Le contre permet de combattre l’obscurantisme encore malheureusement présent aujourd’hui. Il favorise le lien de l’homme à l’homme pour ne plus qu’il soit un loup pour son semblable.

« Je vais chaque année en Côte d’Ivoire, dans les villages et ville de l’intérieur pour organiser des contes, des ateliers d’écritures, des chants et des jeux avec les enfants. Ces moments suscitent un bel échange, un partage de nos connaissances artistiques », dixit Kakou.

Les conteurs apaisent les peuples, sans distinction de couleur de peau et de culture. Les contes font prendre conscience qu’il y a de l’espoir dans ce monde. Cette date du 10 mai en France est un moment très important et aussi un moment de recueillement pour chacun, afin que plus jamais ces atrocités ne reviennent.

Il est malheureusement vrai qu’aujourd’hui, les mêmes choses se répètent sous d’autres formes, mais j’espère que les écrits, la transmission historique pour demain permettront aux peuples occidentaux de se rendre compte que l’Africain est leur miroir. La base (Homo sapiens), la source, le socle, le siège de la tolérance, la mère fertile et porteuse, l’amour. Rien ne pourra éteindre cette lumière africaine qui brille, chaque jour, comme le soleil dans les yeux de tous les peuples de la terre.

Comment avez-vous vécu cette période de la Covid-19, il y a peu ?

Le confinement m’a permis de me ressourcer, d’écrire, de voyager en esprit et en pensée dans mes différents villages africains. Cela a été aussi un moment de lecture des stocks de livres non lus au chevet du lit. Je me suis occupé à retaper la tapisserie d’un fauteuil voltaire, un meuble ancien en bois et en fer. Les jours sont passés assez vite, car j’ai gardé un dynamisme mental et physique.

Explorez-vous d’autres voies, dans le domaine de l’art ?

En plus du conte, je fais du théâtre, des films et des séries. La toute dernière série dans laquelle j’ai eu un rôle est passée sur TF1, Peur sur le lac, de Jérôme Cornuau. J’ai aussi participé à Don Carlos, à l’Opéra de Lyon.

Je vais chaque année en Côte d’Ivoire, dans les villages et ville de l’intérieur pour organiser des contes, des ateliers d’écritures, des chants et des jeux avec les enfants. Ce sont des moments que j’adore particulièrement, car ils suscitent un bel échange, un partage de nos connaissances artistiques. Ces moments se terminent par un gros repas que nous partageons tous !

Ces dernières années, j’ai travaillé avec les enfants autistes, auprès de plusieurs associations ivoiriennes. J’ai aussi soutenu des orphelinats, à la pouponnière de Yopougon. Nous avons partagé des contes et des jeux de djembés.

Envisagez-vous des tournées en Afrique et dans les Caraïbes ?

Je retourne en Côte d’Ivoire une fois chaque année pour enseigner, transmettre, partager, montrer ce que j’apprends, ici en France, et ce que je sais faire dans l’art. Je souhaite étendre ce partage à plusieurs pays africains et autres continents et je suis favorable aux différents partenariats comme aux initiatives des mécènes.

Je suis allé en Guadeloupe pour jouer le rôle principal au théâtre dans la pièce PNMB (Peau noire masques blancs) de Frantz Fanon, une adaptation et mise en scène par Anne-Lise Liens. Là aussi, nous avons vécu un grand moment de partage et de découverte, d’échanges de toutes nos cultures communes même si nous avons été éloignés pendant un moment par les eaux…

Quelle est votre actualité et quels sont vos projets d’avenir ?

La Covid-19 a fortement freiné mon élan. J’ai malheureusement perdu beaucoup de spectacles dans plusieurs villes de France et aussi à l’étranger. J’aurais souhaité jouer ces spectacles et festivals afin de continuer à construire cette passerelle entre la France et l’Afrique.

« La transmission historique permettra aux peuples occidentaux de se rendre compte que l’Africain est leur miroir. La base (Homo sapiens), la source, le siège de la tolérance, la mère fertile et porteuse, l’amour. Rien ne pourra éteindre cette lumière africaine qui brille, chaque jour, comme le soleil dans les yeux de tous les peuples de la terre », assure Olivier Kakou.

J’envisageais d’aller en Côte d’Ivoire pour travailler avec les enfants autistes, les centres sociaux, les centres de handicapés, les orphelinats et aussi avec les enfants de rues. J’espère que des bienfaiteurs montreront leur générosité en dons afin que ce vœu se réalise dans plusieurs pays africains et dans le monde. Ma tête bouillonne d’idées que je souhaite transmettre…

À terme, je souhaite construire un premier centre de loisirs pour les enfants en Côte d’Ivoire. Ensuite, l’étendre dans plusieurs autres pays africains et dans le monde. Mon but est de favoriser des échanges de centres afin que les enfants explorent d’autres univers.   

Une réponse à “Olivier Kakou, conteur, acteur et comédien : «Le conte est une passerelle entre les peuples»”

  1. Author Thumbnail Chantal BEUCLER dit :

    Magnifique interview qui montre qu’on a tous besoin de rire et de prendre conscience de ce qui nous entoure. Et c’est à travers ces contes que nous puisons notre force et reconnaissons notre identité.
    Merci Olivier.
    Chantal

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