Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Uncategorized

Zemedeneh Negatu, président international de Fairfax Africa Fund

Une vision à long terme

« Ethiopian a très bien réussi mais c’est une exception dans le secteur de l’aviation africaine. Prenons l’exemple de South African Airways. La compagnie a connu des difficultés mais on ne peut avoir une compagnie prospère quand on change le président et les membres du conseil d’administration tous les six mois, le directeur général tous les deux ans. La compagnie a vu à sa tête peut-être sept directeurs généraux en dix ans. Le problème de South African Airways est un problème de gouvernance », analyse-t-il. Il estime que la gestion d’une compagnie aérienne doit se penser sur le long terme. Qu’elle soit publique ou privée – Ethiopian Airlines est une société d’État –, la compagnie doit être gérée comme une société privée. «L’État ne doit pas interférer », insiste-t-il. 

D’ailleurs, la deuxième difficulté à laquelle est confrontée l’industrie aérienne est liée aux politiques. Le coût d’exploitation d’une compagnie aérienne en Afrique demeure trop élevé, ce qui explique pourquoi les compagnies à bas coût n’ont pas percé sur le continent. Les droits d’atterrissage sont parmi les plus élevés du monde.

Le kérosène, même dans les pays producteurs de pétrole, est plus cher qu’ailleurs. Les infrastructures d’aéroport sont insuffisantes et les politiques ne sont pas cohérentes : « Un jour, l’État décide de facturer la TVA sur les billets d’avion et, deux ans plus tard, il change d’avis. Le manque de cohérence complique les choses». Zem Negatu attribue également le succès d’Ethiopian Airlines aux talents auxquels la compagnie a accès. « La direction d’Ethiopian Airlines est éthiopienne à 100 %. Hormis les sites dans d’autres pays, où sont employés des locaux, la compagnie est gérée intégralement par des Éthiopiens ; elle recrute et forme des talents depuis 70 ans. C’est essentiel pour que la compagnie s’inscrive dans la durée. Tous ceux qui y travaillent connaissent bien le secteur de l’aviation. Et cela ne concerne pas seulement la compagnie stricto sensu : nous avons un centre de formation, un personnel chargé de la maintenance très qualifié », détaille-t-il.

Pour toutes ces raisons, Zem Negatu appelle à davantage de collaboration entre les différents partenaires et à une stratégie mieux harmonisée entre les pays et leurs compagnies aériennes. En revanche, il conseille de ne pas créer seul une compagnie aérienne. Dans l’aviation, les partenariats sont essentiels.

Économies d’échelle

Que penser du Nigeria, qui possède un vaste marché et pas de transporteur établi ? Les politiques de l’aviation, constate-t-il, ont été incohérentes, ce qui n’a pas aidé. Avec une population proche de 200 millions d’habitants et moins de 10 % de personnes voyageant par avion, le potentiel est immense. Et il n’y a aucune raison pour que le Nigeria ne devienne pas le hub aérien de l’Afrique de l’Ouest. Mais, là encore, une nouvelle compagnie aérienne devrait s’associer à d’autres acteurs de l’aviation.

« Nous devons prendre modèle sur la Chine. L’Afrique représente encore un très petit marché par rapport à sa population. Nous devons créer des économies d’échelle. L’an dernier, les Chinois ont accompli 585 millions de voyages – c’est une fois et demie la population des États-Unis. D’ici cinq à sept ans, la Chine sera le premier marché de l’aviation du monde. Si nous parvenons, en Afrique, à nouer deux ou trois alliances de compagnies aériennes, nous pourrons réaliser des économies d’échelle. Il est aussi essentiel de forger des partenariats car, dans l’aviation, ce n’est pas comme dans le secteur de la technologie où les entreprises peuvent relativement facilement passer directement au numérique et tirer parti des innovations, sans s’associer à d’autres pour limiter les coûts », explique-t-il.

Un bon exemple de succès dans l’aviation est l’expansion de RwandAir, qui a fait appel à ses services de conseil pour développer sa stratégie il y a environ quatre ans. « Le Rwanda est l’une des plus grandes réussites d’Afrique. Le pays a voulu étendre ce succès économique au secteur de l’aviation. Je pense que l’expansion internationale est opportune mais la compagnie doit prendre garde à ne pas s’étendre trop rapidement. Il faut savoir rester prudent ; une expansion trop rapide peut mettre une compagnie en difficulté », prévient-il. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Related Posts