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Une Tunisie réformable ?

La transition démocratique est achevée et la Tunisie doit s’engager sur la voie des réformes structurelles, afin de relancer les investissements et l’emploi. Ces dernières années, beaucoup de tentatives se sont avérées vaines. Le nouveau gouvernement aura-t-il l’autorité nécessaire ? 

Et maintenant, l’économie. La clameur des louanges saluant la réussite du processus de transition institutionnelle s’estompe et cède la place aux questions. La Tunisie saura-t-elle transformer sa victoire politique en triomphe économique ? Charge au nouveau gouvernement de procéder aux réformes nécessaires au redémarrage de l’investissement. Les Tunisiens ont besoin de résultats tangibles et les opérateurs privés attendent un signal fort pour se relancer. Si les bailleurs de fonds internationaux font preuve de tant de sollicitude pour Tunis, c’est aussi parce que le manque de perspective de toute une génération fait le lit de la radicalisation politique, du djihad. C’est dire si la pression est forte, d’autant que les indicateurs restent dans le rouge.

« Nous sommes un petit pays et une économie de flux. Pour des investisseurs, la Tunisie peut être une plateforme pour le Maghreb, l’Europe, voire pour l’Afrique. »

En 2014, les Investissements directs étrangers régressent pour la troisième année consécutive (- 5,8 %) à 1,8 milliard de dinars, ce qui marque une chute de 22,5 % par rapport à 2010. La fréquentation touristique ne retrouve pas son niveau d’avant 2011, et 2015 commence mal, avec une baisse de 21 % des entrées en janvier. Le problème n’est pas seulement conjoncturel. Les tares de l’environnement économique tunisien sont bien connues. Penny Pritzker, la secrétaire américaine au Commerce, en visite à Tunis en mars 2015, les a synthétisées sans complaisance : « Le code de l’investissement est un labyrinthe byzantin. Le système bancaire est plombé par les prêts douteux, héritage de l’ancien système de capitalisme de copinage. Le système fiscal et douanier est imprévisible, inefficace et beaucoup trop discrétionnaire. »

Du côté du nouveau gouvernement, Slim Chaker, ministre des Finances, annonce « une note d’orientation d’ici au 15 juin et un plan d’action pour cinq ans, prêt au second semestre. » La vision du pouvoir, explique le ministre, est de passer « d’une économie fondée sur la disponibilité de sa main-d’oeuvre, à une économie fondée sur l’innovation technologique et le savoir ». De son côté, le ministre du Développement, Yassine Brahim, confie : « Nous sommes un petit pays et une économie de flux. Pour des investisseurs, la Tunisie peut être une plateforme pour le Maghreb, l’Europe, voire pour l’Afrique. »

Peut-être, mais les bailleurs internationaux et les opérateurs économiques attendent que le gouvernement pose déjà les prérequis d’une reprise. Cette démarche fait l’objet des réformes, appuyées par le FMI à travers un prêt de 1,75 milliard $ sur deux ans, depuis juin 2013.

Le premier des prérequis est que l’État retrouve sa marge de manoeuvre, pour finan-cer des infrastructures, notamment. Face à l’augmentation de la part consacrée aux salaires, aux subventions à l’énergie et aux produits de première nécessité, et au service de la dette, l’investissement a servi de variable d’ajustement. Sa part est passée de 28 % à 18 % du PIB, de 2010 à 2014. Et les projets ne sont exécutés qu’à hauteur de 40 %, du fait notamment de procédures administratives complexes et arbitraires.

« Le début de réforme des subventions, la hausse de 20 % du prix de l’électricité, la suppres- sion de la subvention pour certains secteurs industriels, a permis de faire des économies », constate Giorgia Albertin, économiste princi-pale au FMI, en poste à Tunis. Pour 2015, la baisse du prix du pétrole et la hausse du dollar modifient les hypothèses sur lesquelles était fondée la loi de Finance, une nouvelle est en cours de préparation. « La baisse du cours du pétrole pourrait se traduire par un gain de 0,5 point de croissance du PIB, pour 10 $ de baisse, et la part de la subvention à l’énergie pourrait tomber de 2 % à 0,9 % du budget », estime l’économiste du FMI. Toutefois cet avantage sera de courte durée, d’autant que, mécanique-ment, la part consacrée au service de la dette devrait culminer à partir de 2016.

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