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Une année difficile

Comment relancer l’économie guinéenne durement touchée par l’épidémie d’Ebola ? Le ministre Mohamed Diaré reconnaît l’ampleur de la tâche ; il détaille les plans de relance et leur impact possible sur l’économie.

MOHAMED DIARÉ Ministre de l’Économie et des finances

Avec Ebola, les troubles politiques, la conjoncture économique mondiale… les pronostics avaient fait de 2015 une année difficile pour l’économie guinéenne. Où en est-elle ?

Effectivement, nous vivons une année difficile. Nous avions estimé que l’épidémie allait être vaincue à la fin de l’année 2014 et permettre une croissance un peu soutenue en 2015. Malheureusement, l’épidémie continue. On se rend compte que l’économie risque de se retrouver face à une récession en 2015. Le dernier chiffre de la croissance, établi en 2014, était +1,1 %. Avec les tendances actuelles, je ne pense pas que nous dépasserons ce seuil. Il faut même prévenir que la croissance pourrait être nulle. Une année difficile parce qu’il y a Ebola. Mais aussi parce qu’il y a les violences politiques, l’élection présidentielle, l’atten-tisme des investisseurs.

À combien peut-on alors estimer les pertes de PIB en 2015 ?

Selon une analyse récente du Groupe de la Banque mondiale, le manque à gagner en termes de PIB en 2015, dû à Ebola et à la conjoncture économique mondiale, pourrait atteindre 540 millions $. Quoi qu’il advienne, comme je l’ai dit, il est certain que 2015 est une année difficile pour notre économie.

La mobilisation internationale en faveur de la Guinée n’a pas amoindri l’impact de l’épidémie sur l’économie ?

Nous exprimons notre gratitude à la communauté internationale pour son soutien qui permet aujourd’hui un reflux de l’épidémie. Certes, des pertes économiques ont été évitées. Mais ses conséquences paralysent le pays. Aussi, à Ebola qui est la principale difficulté, faut-il ajouter celles purement endogènes que sont les manifestations politiques qui viennent aggraver la situation, en nous faisant perdre des points de croissance. Par conséquent, les ressources que nous cherchons à mobiliser doivent servir à notre économie qui a été stoppée sur sa trajectoire de croissance. Nous devons stabiliser le cadre macroéconomique et favoriser le développement.

Nous sommes conscients du fait que le secteur privé a été globalement touché. C’est pourquoi nous avons financé une ligne de crédit dans ce plan de relance pour le soutenir.

Si les soutiens ont servi à combattre l’épidémie, à quoi ont servi les fonds engrangés aux réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale ?

Nous avons été présents aux réunions de printemps avec les deux autres pays touchés par l’épidémie, le Liberia et la Sierra Leone. Invités pour y présenter nos plans de relance économique post-Ebola, nous devions faire connaître les contenus de ces plans à la communauté internationale. Ainsi, à Washington, au nom des trois pays, la présidente Ellen Johnson Sirleaf a-t-elle présenté notre contexte économique et leurs objectifs. Les plans cumulés ont été évalués à 8 milliards $, dont 4 milliards pour l’ensemble des plans nationaux et les 4 autres milliards pour le plan sous-régional. La présidente Ellen Johnson Sirleaf a exprimé le fait que ce sont des plans qui présentent le besoin minimum des pays. Car les besoins pour le développement des trois pays dépassent ce montant. Alors, à ces réunions, les intentions de financement annoncées s’élevaient à près de 1 milliard $ dont 650 millions vont être financés par la Banque mondiale.

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