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Un secteur objet de convoitises

Le secteur des télécoms se développe très vite dans ce vaste pays sahélien qu’est le Niger. Il suscite la convoitise des opérateurs privés… et de l’État

Le Niger mise sur l’économie numérique pour accroître ses recettes budgétaires et assurer la croissance économique ; à ce titre, il fait figure d’exemple dans le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC). Le pays intensifie ses efforts : « Nous avons la fibre optique qui va de Niamey jusqu’à Zinder, à plus de 900 km, la 3G qu’Orange développait depuis longtemps, et maintenant intervient Airtel. La voie est présente sur l’axe Sud ; partout on peut appeler, même si on n’a pas accès à Internet », résume Abdoulkarim Soumaïl, secrétaire général de l’Union africaine des télécommunications (UAT). 

Le Niger nourrit des ambitions pour développer l’économie numérique, mais les infrastructures présentes sont loin de répondre aux objectifs, notamment dans le domaine de la fibre optique.

« Toutes ces réalisations ont permis de faire passer le taux de pénétration du service de la téléphonie de 25 % en 2011 à 35 % en 2014 et le taux de pénétration d’Internet de 2 % en 2012 à 12,5 % en 2014 », soutient le ministre des Postes, télécommunications et de l’économie numérique, Abdou Mani. « Il ne s’agit pas seulement de poser la fibre optique de Niamey à Zinder, il faut que la population s’approprie cette technologie », commente le secrétaire général de l’UAT, pour qui cet aspect relève de l’axe des initiatives sur lequel travaille l’union. 

Pour le Niger, les résultats économiques sont au rendez-vous. « Les télécommunications sont aujourd’hui le deuxième secteur après le pétrole dans la contribution aux recettes budgétaires de l’État », se félicite le ministre. 

Les actions entreprises dans le secteur des TIC concernent la réalisation de l’artère nationale en fibre optique, la transition vers la télévision numérique terrestre et l’amélioration de la couverture téléphonique et Internet. 

Ces efforts sont contrariés par quelques obstacles : « L’étendue du territoire nous freine dans le développement des TIC », reconnaît Abdoulkarim Soumaïl qui reste toutefois optimiste : « Si le Niger avec quatre opérateurs, arrive à finaliser la migration vers le numérique d’ici à l’été 2015, les opérateurs auront les fréquences nécessaires pour le déploiement de leur réseau 3G. » 

Le Niger nourrit des ambitions pour développer l’économie numérique, mais les infrastructures présentes sont loin de répondre aux objectifs, notamment dans le domaine de la fibre optique. « Le problème se pose parce que l’État n’a pas placé de fibres optiques avant de vendre des licences aux opérateurs afin de leur permettre d’exploiter à 100 % le réseau », constate Abdoul Aziz Abbas, président de l’association des consommateurs de TIC. 

En dépit de la libéralisation, le gouvernement continue de suivre de près le secteur, prenant le risque de froisser les opérateurs privés. C’est ainsi qu’en votant la loi portant nationalisation de la Société nigérienne des télécommunications (Sonitel) et sa filiale Sahel Com, les députés avaient accordé en même temps l’exclusivité de la fibre optique pour cinq ans à cette société. Ce qui n’a pas échappé à la vigilance d’Orange et d’Airtel qui ont saisi le président de la République : « La promulgation des deux lois entraînerait une violation de la constitution et des traités régulièrement ratifiés par le Niger. » L’État a fini par renvoyer la loi en deuxième lecture. L’exclusivité de la fibre optique fut retirée à la Sonitel, permettant à Orange et Airtel d’entreprendre la construction de leur réseau optique. 

Néanmoins, l’État donne le feu vert à la Sonitel pour installer la fibre optique, de la capitale Niamey à Zinder, deuxième ville du pays. Le gouvernement a autorisé des investissements de près de 65 milliards de F.CFA qui vont permettre à la Sonitel de réaliser plus de 4 000 km de fibre optique et d’assurer le développement de son réseau de télécommunications. « Le montant des investissements déjà réalisés s’élève à plus de 14 milliards », indique le directeur général de cette entreprise qui a actuellement installé 1 037 km de linéaire de fibre optique sur plusieurs axes. « La Sonitel a interconnecté notre pays aux câbles sous-marins via le Burkina Faso et interconnectera très bientôt le Niger au Nigeria », s’est-il réjoui. 

Les opérateurs de téléphonie ont conclu plusieurs contrats de location de capacités avec la Sonitel. « Nous avons investi des milliards pour acheter des câbles optiques, réaliser des études d’impact environnemental, et pour nous permettre d’améliorer la qualité de nos services », font remarquer les deux opérateurs face à la volonté de l’État de récupérer la fibre optique. « Une concurrence déloyale », déplore Abdoul Aziz Abbas. En effet, ces infrastructures sont réalisées à travers des investissements publics au bénéfice de la Sonitel. « Puisque les opérateurs ont leur équipement, ils ont acheté leur matériel, pourquoi ne pas travailler en synergie ? », se demande-t-il. Il s’agit de partager le Niger entre plusieurs opérateurs et donner un délai à chacun pour fabriquer la boucle optique qui sera gérée par une société publique-privée.

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