Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Uncategorized

Un secteur en (re) construction

Un vrai problème quand on sait que fin 2013, 1,9 million de logements ont été lancés, soit 85 % du volume total du bâtiment tertiaire, avec cinq villes nouvelles, 172 hôpitaux ou encore 80 stades. Et que d’ici à fin 2015, le gouvernement envisage de construire 400 000 logements. « L’État a appelé les entreprises nationales à renforcer leurs moyens pour être en mesure de répondre à la demande, mais concrètement, un logement exige 2 500 produits. L’enjeu est celui de la production nationale, souligne un ancien responsable de l’entreprise publique Ecotec. Est-on en mesure de fournir en qualité ? Je crois que oui, on constate une nette amélioration des matériaux. En quantité, en revanche, on est loin du compte. Le secteur privé est trop jeune, il n’a que trente ans et cumule toutes les tares du débutant : les problèmes de délai, de formation, de qualité. »

Pour accélérer la cadence dans la construction de logements et favoriser les produits nationaux, le gouvernement a pris plusieurs mesures. Une offre nationale et internationale d’investissement assortie d’une garantie de plan de charge de cinq ans vient d’être publiée pour encourager la création d’usines de préfabriqués en Algérie, et encourager les investisseurs étrangers à venir installer leur usine dans le pays, en leur promettant de couvrir leur capacité de production sur cinq ans. En même temps, le gouvernement a décidé d’interdire l’utilisation des matériaux de construction importés. Objectif : faire passer le taux d’intégration dans les projets de l’habitat de 70 % actuellement à 85 %. Les promoteurs publics seront tenus de stipuler, dans les marchés signés avec les entreprises de réalisation, l’utilisation des produits algériens avec obligation de joindre aux contrats les factures établies par les entreprises de fabrication.

Il était temps que des mesures fortes soient adoptées. « On est sans doute le seul pays au monde où quand vous commandez 100 tonnes de ciment tel jour pour telle heure, vous n’êtes pas sûr d’être livré et surtout, vous n’avez aucun recours juridique contre les charlatans qui prospèrent sur le dos de l’État, s’emporte un promoteur. On ne peut plus continuer ainsi, pris en otages par les importateurs et les spéculateurs ! » 

En 2014, les importations des principaux matériaux de construction (ciment, bois et fer) ont dépassé les 3 milliards $, soit une hausse de près de 6 % en un an, selon les Douanes. Ainsi, l’Algérie a importé pour 483 millions $ de ciments (+23 %). Sur le dossier spécifique du ciment, d’autres mesures ont été prises, comme la création de nouvelles cimenteries, pour répondre à la demande évaluée par Hocine Anana, le président de l’Agence nationale du patrimoine minier, à 30 millions de tonnes en 2020. Autre signe que la volonté politique est là : « Lors de la dernière tripartite, quatre sous-commissions ont été installées rien que pour le secteur, rappelle un cadre du ministère de l’Industrie. Elles ont pour mission de réfléchir à la participation des entreprises publiques au programme national d’équipement. À la révision des textes juridiques relatifs, notamment, aux cahiers des charges et à la promotion immobilière ».

De son côté, Boualem M’Rakach souhaiterait que des états généraux du bâtiment (la plus importante confédération professionnelle puisqu’elle regroupe 15 corporations) soient organisés. « Aujourd’hui, 90 % du bâtiment est réalisé dans le cadre du Trésor public ! La commande publique est uniquement supportée par l’État. De manière volontariste, il s’est engagé dans des programmes de logements sociaux, mais fait très peu de promotionnel et de locatif. Ce modèle essouffle les Finances publiques et n’est plus viable. Nous n’avons pas non plus de banque spécialisée dans les Travaux publics. » L’expert préconise donc la refonte totale des programmes et la révision des dispositifs régissant les promotions immobilières. « On pourrait créer une forme de Caisse d’allocations familiales qui puisse aider les familles à louer ou à acheter. L’Algérie, comme tous les pays en voie de développement, a les moyens, les compétences, les institutions. Il lui manque une vision et des objectifs. » 

Ce spécialiste n’est pas le seul à réclamer davantage de rationalité. Compte tenu de l’urbanisme sauvage qui s’est développé ces dernières années au détriment du logement rural, Abdelhamid Boudaoud, président du Collège national des experts architectes, aimerait que la construction « sorte des typologies standardisées des années 1980 qui ne répondent à aucune norme urbanistique » et « se pense enfin dans le cadre d’un aménagement du territoire à même de garantir des équilibres entre la ville et la campagne », avec l’aide de géologues, de géomètres, d’architectes, d’ingénieurs en génie civils, de sociologues, etc. « Sans la participation et la responsabilisation de ces experts, nous retomberons toujours dans la même situation, conclut-il. Une demande de plus en plus forte, des chantiers interminables et des coûts de réalisation excessifs dans un cadre d’un bâti hideux. » 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

Share This