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Un secteur en (re) construction

Répondre à une demande colossale de logements et d’infrastructures, s’industrialiser et trouver des compétences : en Algérie, le secteur du BTP doit relever bien des challenges. À lui seul, il pourrait relancer une machine économique qui s’essouffle.

Des Chinois, des Turcs, des Espagnols, des Tunisiens, des Serbes et des Malais… Durant cinq jours, un des plus gros salons d’Algérie, Batimatec, consacré au secteur du BTP, a fourmillé de chefs d’entreprise et de commerciaux – des étrangers pour plus de la moitié d’entre eux – à la recherche de nouveaux partenariats pour exporter des engins de chantier, monter des usines ou vendre des technologies. L’enjeu financier en vaut la peine : d’ici à 2019, dans le cadre du plan quinquennal, le BTP dans son ensemble absorbera environ 50 milliards $. Le ministre des Travaux publics, Abdelkader Kadi, a précisé que 25 milliards $ seraient alloués à son domaine sur cinq ans. 

Sous le pavillon français, qui accueillait cette année plus de 60 entreprises, un observateur du marché algérien, préfère garder la tête froide : « C’est vrai que les Algériens et les Français ont une relation commerciale privilégiée. Mais on ne va pas se leurrer, la concurrence est de plus en plus rude. On a intérêt à jouer la carte du haut de gamme là où on est plus cher que les autres, et celle du transfert de technologies si on veut rester dans la course. » 

Du savoir-faire, le secteur du BTP, premier client de l’économie, en a bien besoin. Selon les statistiques officielles, le bâtiment ferait travailler 15 % de la population active et compterait 26 000 entreprises. Et il existerait dans tout le pays 890 centres de formation professionnelle ayant chacun la capacité de former 1 000 techniciens. 

Boualem M’Rakach, président de la Confédération algérienne du patronat, constate : « Nous ne manquons pas d’ingénieurs, mais le déficit en formations qualifiantes est terrible. » Tous les chefs d’entreprise s’en plaignent : trouver des maçons, des ferronniers, des étanchéistes, des conducteurs d’engin ou des plâtriers, tous ces métiers annexes qui font le BTP, relève du miracle. Un promoteur immobilier confie « avoir recours aux compétences des Chinois, capables de travailler deux fois plus longtemps qu’un ouvrier algérien. Il faut le dire, les jeunes ne veulent pas travailler comme manoeuvres ou maçons, parce que ce métier, certes pénible, est dévalorisé socialement. Ils préfèrent le gain facile ». Pour expliquer cette pénurie, Mouloud Kheloufi, président de l’Association générale des entrepreneurs pointe du doigt le code des marchés publics qui « privilégie les entreprises étrangères » alors qu’il devrait « obliger ces sociétés à sous-traiter avec les entreprises locales ». Nordine Grim, qui fut conseiller de l’ancien ministre de l’Économie Sid-Ahmed Ghozali, croit plutôt que « l’Algérie est en train de payer la déstructuration des années 1990 ». 

À l’image de toute l’économie, fortement préemptée par le politique, le secteur a évolué au gré des aléas de l’histoire toute jeune du pays. Dès les années 1970, lancé dans de vastes programmes de construction (complexes industriels et universitaires, barrages, logements…), l’Algérie a acquis des unités de préfabrication lourdes et s’est développé jusqu’à ce que les difficultés financières dans les années 1990 l’obligent à revoir sa stratégie. Malheureusement, les mesures qui se sont ensuivies ont durablement affecté l’outil de production. « À partir de 1994, l’État a autorisé la vente des actifs publics. Avec 500 000 emplois supprimés, le secteur a été foudroyé, se souvient l’observateur déjà cité. Ceux qui ne sont pas partis à l’étranger ont été recrutés par le privé. Ils sont devenus soit chefs d’entreprise, soit se sont recyclés dans l’expertise. Le matériel, a été en grande partie, capté par le privé. Mais à ce jour, plus aucune entreprise n’est capable de construire 1 000 logements par an. Au mieux elle peut en faire 200 ». 

L’État s’est engagé dans des programmes de logements sociaux, mais fait très peu de promotionnel et de locatif. Ce modèle essouffle les Finances publiques et n’est plus du tout viable.

Même si dans le privé, on conteste ce raisonnement, en prenant en exemple le groupe ETRHB d’Ali Haddad, le patron du FCE (Forum des chefs d’entreprise), ou le groupe Hasnaoui, qui construit actuellement un des plus importants projets immobiliers d’Oran comprenant 1770 logements, le ministre de l’Habitat lui-même reconnaît : « Sur plus de 30 000 entreprises recensées, seules quinze peuvent être classées dans la catégorie des entreprises hautement performantes à même de réaliser d’importants programmes de logements. » 

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