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Tunisie : Utica versus gouvernement 

  • Publiédécembre 12, 2017

La colère est si grande chez les chefs d’entreprise que l’Utica a lancé deux ultimatums si le gouvernement ne changeait pas de cap : le retrait du syndicat patronal de l’accord politique de Carthage et le recours à la grève. Le texte de Carthage, signé en juillet 2016 par les principaux partis politiques, l’UGTT, principal syndicat de salariés, et l’Utica, a permis la constitution d’un gouvernement d’union nationale et a servi jusqu’ici de feuille de route à Youssef Chahed.

Le retrait de l’Utica, co-Prix Nobel de la paix en 2015, pourrait détériorer la légitimité du gouvernement et ajouter l’instabilité politique à la dégradation économique. La menace d’une grève générale avec fermeture des unités de production apparaît davantage comme un coup de force médiatique. « L’entreprise tunisienne n’a plus de souffle pour continuer à travailler dans des conditions pareilles », prévient Ouided Bouchamaoui. 

La plaidoirie patronale n’émeut pas tout le monde. Dirigeant de l’Observatoire tunisien de l’économie, Chafik Ben Rouine fait observer que depuis 2014, l’imposition directe des sociétés non pétrolières a chuté de plus de 2 milliards de dinars (690 millions d’euros) à un peu plus de 1 milliard de dinars, alors que la contribution des salariés a augmenté pour franchir la barre des 4 milliards de dinars (1,4 milliard d’euros). « L’Utica est devenu l’union tunisienne des importateurs et des concessionnaires automobiles ! », ironise l’économiste.

Une appellation pas tout à fait dénuée de sens : le 10 octobre, la Banque centrale a transmis une liste de 604 produits d’importation jugés « non essentiels » aux établissements financiers avec la consigne de ne pas fournir de lettres de crédits aux importateurs à moins qu’ils ne justifient d’avoir, sur leurs fonds propres, la somme équivalente à la valeur de ces marchandises.

Les véhicules se trouvaient sur cette liste. De nombreux importateurs, à commencer par la Chambre syndicale des concessionnaires automobiles, dépendant de l’Utica, sont montés au créneau. Résultat, le 27 octobre, la liste est passée de 604 à 202 produits et les voitures en avaient disparu… 

Corporatisme patronal 

La principale remise en cause par les experts proches du gouvernement tient dans leur constat d’un tissu économique dominé par des rentiers. Selon la société de conseils BDO, 70 % du PIB tunisien viendrait des entreprises familiales. Des groupes constitués ou qui se sont développés dans les années 1970 et qui ont pu bénéficier d’un marché relativement protégé pour se développer et constituer ainsi des holdings importantes.

C’est le cas, par exemple, de Poulina Group Holding, géré par la famille Ben Ayed, Amen Group de la famille Ben Yedder ou encore Hedi-Bouchamaoui Group, dont la présidente de l’Utica est une descendante… Ces structures ont grandi grâce à la bienveillance de l’État qui voyait, à l’époque, d’un bon oeil la constitution de champions économiques nationaux. Aujourd’hui, le gouvernement veut mettre l’accent sur la création d’entreprises plutôt que de favoriser les positions établies. 

Par exemple, les sociétés créées en 2018 et 2019 seront exonérées de l’impôt pendant trois ans. Les PME industrielles verront leurs taxes diminuer de 20 % à 25 %. Autant de mesures incitatives que l’Utica passe sous silence. « Nous sommes là pour sauver l’économie tunisienne, pas pour faire plaisir à des corporatismes dépassés », s’emporte un proche conseiller de Youssef Chahed. 

Écrit par
Galtier

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