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Tunisie : Utica versus gouvernement 

Les relations entre les patrons tunisiens et le gouvernement sont au point mort. Les passes d’armes autour du budget 2018 révèlent une rupture entre des entrepreneurs exsangues et des responsables politiques concentrés sur une rapide amélioration macroéconomique.

Tunis, Mathieu Galtier 

Cinq, trois et soixante-dix pour les uns ; vingt, sept, quatorze, un et dix-sept pour les autres. Dans ces chiffres, se trouvent les sources des maux de la Tunisie, mais aussi leurs solutions. Pour Youssef Chahed, le Premier ministre nommé en août 2016, la loi de Finances 2018 est le premier budget conçu par ses soins.

Il est décidé à montrer sa volonté d’endiguer la principale tare macroéconomique du pays : la dette. Aussi, ambitionne-t-il, à l’horizon 2020, une croissance annuelle de 5%, un déficit budgétaire ramené sous les 3 % du PIB et un endettement aux alentours de 70% du PIB. Des perspectives ambitieuses, car, la croissance n’était que de 1,9% au premier semestre 2017, la dette publique affichait 6,1% du PIB en 2016, seul l’endettement restait dans les clous avec 66,9% du PIB, bien qu’en forte augmentation. Pour arriver à ces résultats, le gouvernement veut ponctionner là où est l’argent, c’est-à-dire chez les entreprises bien établies. En 2018, l’impôt sur les sociétés (IS) augmentera de 25% à 35% des bénéfices. L’imposition au titre des dividendes va doubler, passant de 5% à 10%. 

De nouvelles contributions honnies 

Nouveautés, les personnes physiques et les sociétés soumises à l’IS devront s’acquitter d’une contribution sociale de solidarité (CSS) pour enrayer les déficits des caisses sociales, tandis que les banques et les assurances seront soumises à une « contribution conjoncturelle » de 5 % à 2,5 % des bénéfices, à verser aux budgets 2018 et 2019.

Ce sont ces mesures qui passent le plus difficilement dans les bureaux de l’Utica (Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat), principal syndicat patronal. Cette ponction « ressemble beaucoup à la “contribution conjoncturelle exceptionnelle” de 7,5 % sur les bénéfices des sociétés au profit du budget de l’État en 2016 ; l’exceptionnel devient la norme», lâche un proche de Ouided Bouchamaoui, présidente de l’Utica. 

Au-delà des discussions picrocholines pour savoir s’il vaut mieux élargir l’assiette de l’impôt plutôt que son taux, la philosophie économique du gouvernement continue de fâcher : « L’objectif est seulement de ponctionner les sociétés qui gagnent de l’argent honnêtement, s’énerve Walid Bel Hadj Amor, vice-président de l’IACE, un think tank pro-entreprise. Le pouvoir politique refuse de s’engager dans une politique économique audacieuse qui s’attaquerait à la bureaucratie inefficace et au marché parallèle. » Il pointe du doigt la création de la CSS, qui devrait prendre la forme d’une majoration d’un point de base de l’IS. 

Colère des chefs d’entreprise 

La recette escomptée ne réussira jamais à combler le déficit des caisses sociales qui s’élève à plus de 1 milliard de dinars (345 millions d’euros) mais ajoutera une pression fiscale supplémentaire à « un marché formel qui se meurt », selon son expression. À la réduction coûte que coûte des déficits, les patrons opposent une politique d’aide aux entreprises et de dégraissage étatique.

Dans son contre-projet de loi de Finances, intitulé « Entre assainissement et relance », l’Utica demande une stabilisation fiscale autour de 20,7 % et une baisse de la masse salariale de la fonction publique qui atteint 14,1 % du PIB – l’une des plus importantes au monde. À l’inverse, le syndicat insiste sur le rôle positif des entreprises dont les investissements représentent 17 % du PIB. 

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