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Tunisie, les slogans ne suffisent pas

Pour l’économiste Dhafer Saidane, qui s’appuie sur les travaux de la Banque mondiale, la Tunisie, à l’instar d’autres pays d’Afrique, doit engager les nécessaires réformes économiques avant d’envisager un afflux massif d’investissements étrangers.

La Tunisie a procédé à des transformations politiques considérables et a assuré le succès d’une révolution politique… Le moment est venu de mener une révolution économique. Le moment est venu de faire revenir les investisseurs et de faire repartir l’économie à un rythme procurant de plus amples opportunités aux Tunisiens. » Telle est la position de la Banque mondiale (BM), exprimée par Inger Andersen, vice-présidente de l’institution pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, lors de la conférence « Investir en Tunisie : start-up pour la démocratie ».

Dans un contexte d’appauvrissement et d’inquiétudes, la vice-présidente de la BM remercie le gouvernement provisoire pour son travail de stabilisateur de la « Révolution », mais l’invite expressément, au-delà de la politique politicienne, à accélérer le rythme des réformes économiques afin d’attirer les investissements nécessaires pour soutenir la reprise et la création d’emplois. Or, en la matière, rien n’a été fait depuis la « Révolution ». La Tunisie commence à accuser un grave retard et les Tunisiens à se lasser, voire à déchanter, face à l’immobilisme économique et financier. Certes, les réformes économiques se décrètent.

Elles se méritent, surtout. Elles ne peuvent en aucun cas se réaliser à coup de slogans. Ce n’est pas parce qu’on innove en matière de sémantique politique en utilisant des anglicismes, que les Investissements directs étrangers (IDE) seront pour autant captés. D’ailleurs, la même Banque mondiale conclut dans son Bulletin trimestriel d’information économique, que « L’Égypte, la Tunisie, l’Iran, le Liban, la Jordanie, le Yémen et la Libye sont enfermés dans un cycle de politiques inadéquates et de croissance médiocre qui empêche leur économie de connaître une croissance durable ».

De la courbe en J à la courbe en W

L’étude montre que la situation de ces sept pays a empiré après les soulèvements de 2011 au moins sur quatre aspects fondamentaux. La croissance macroéconomique reste faible. Elle ne produit pas suffisamment d’emplois. Le niveau des déficits budgétaires est toujours aussi élevé. L’augmentation de la dette publique est forte. De ce fait, le financement d’investissements vecteurs de croissance est également faible. L’activité du secteur privé devient anémique. Les entrepreneurs sont aux aguets.

Ils doutent et ne créent plus d’emplois. Comble de l’irrationalité, les entreprises privées brident volontairement leur croissance. Les rares emplois créés dans le secteur public sont pourvus au gré des relations personnelles. Ces pratiques sont sources d’amertume et de désenchantement parmi les jeunes. L’informel se substitue au formel. Le passage de nombreux travailleurs dans le secteur informel a pour effet de créer un vaste groupe de personnes vulnérables. Les populations s’appauvrissent. De plus en plus de personnes sont évincées des statistiques de l’emploi.

Elles se trouvent dans une situation particulièrement difficile en raison de la précarité de leurs revenus et d’un niveau de vie souvent proche du seuil de pauvreté. Une croissance molle et atone, une population qui se paupérise, un secteur privé qui doute… Bref, la courbe de croissance en « J » que promettaient la « Révolution » ainsi que de nombreux experts, n’est pas au rendez-vous. Cette croissance, faute de réformes audacieuses transcendant les calculs politiques, serait plutôt chaotique, improbable… en « W ».

Tunisie et MENA : une croissance chaotique

Dans le classement Doing Business 2014, la Tunisie a perdu deux places par rapport à son classement de l’année 2013. On pouvait espérer beaucoup, en matière de réformes, du gouvernement « technique », qui a finalement succombé aux contraintes de la gestion quotidienne ; pourtant, le pays attendait qu’on lui redonne confiance, par une feuille de route à long terme réduisant les incertitudes.

Les pays « révolutionnaires » ont les moyens de se hisser sur une trajectoire de croissance plus rapide, mais la viabilité de leur expansion dépend beaucoup des politiques économiques choisies par les pouvoirs publics. Lili Mottaghi, économiste pour la région MENA à la BM, affirme : « Les responsables de l’action publique risquent d’adopter des politiques inadéquates, s’ils s’opposent à la mise en œuvre des réformes nécessaires en se fiant aux prévisions faisant état de perspectives favorables pour l’économie de leur pays. »

Gare à l’optimisme béat

Des travaux ont mis en évidence une tendance à l’optimisme dans les prévisions de croissance relatives aux régions du Moyen- Orient et de l’Afrique du Nord. Mais ces projections ne tiennent pas compte des dernières informations disponibles, ni des ruptures qui régissent parfois l’activité économique, ni de la psychologie des hommes d’aff aires qui doutent.

Dafer Saïdane, professeur, Skema Business School et université de Lille

La suite dans la version papier de African Banker N°21  – Page 46

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