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Politique

Tunisie : Le limogeage de Faouzi Mehdi ajoute à la confusion

Le ministre tunisien de la Santé, Faouzi Mehdi, a été démis de ses fonctions, le 20 juillet au soir. Un épisode de plus du jeu entre le Président, le Premier ministre et sa majorité, sous le regard du parti Ennahdha. Ce, alors que l’épidémie de la Covid-19 fait des ravages.

Par Kimberly Adams

Le 20 juillet 2021, premier jour de la fête de l’Aid-al-Adha, devait marquer, en Tunisie, le lancement d’une campagne générale de vaccination à marche forcée, devant la recrudescence de l’épidémie de coronavirus. Il s’est soldé par le limogeage du ministre de la Santé, Faouzi Mehdi. Un simple communiqué de quelques mots a signifié son remplacement, à titre provisoire, par Mohamed Trabelsi, ministre des Affaires sociales.

S’il n’est pas exempt de reproches, Faouzi Mehdi avait pourtant réussi à convaincre un grand nombre de Tunisiens de se rendre dans un des 29 centres de vaccination ouverts un jour de fête. Lesquels centres n’ont d’ailleurs pas pu pleinement satisfaire la demande exprimée le premier jour, la déception entraînant çà et là quelques bousculades.

Devant le manque de personnel médical et de matériels, la Tunisie a fait appel en urgence à la solidarité internationale et au soutien de sa diaspora. La consommation d’oxygène est passée de 25 000 litres par jour avant la pandémie à 250 000, soit dix fois plus.

Face au succès de l’opération, le ministère de la Santé a annoncé dans un premier temps qu’il la poursuivrait « pendant les prochains jours », avant de décider, quelques heures plus tard, de restreindre l’accès à la vaccination aux plus de 40 ans à partir de ce 21 juillet. Une hésitation qui, semble-t-il, a fini de sceller le destin du ministre.

Quant à Faouzi Mehdi, il a déclaré avoir appris son limogeage « par les médias ». Philosophe, il a lâché : « Je ne me suis pas laissé tenter par la politique et ses fluctuations » ; il laisse ici entendre que son départ est avant tout motivé par des considérations politiciennes.  

Ce limogeage intervient alors que le gouvernement d’Hichem Mechichi est déjà dégarni par le départ de plusieurs ministres, le remaniement complet se faisant attendre. En janvier, le président Kaïs Saïed avait refusé les nominations de ministres pourtant validées par le Parlement. Depuis, plusieurs ministres « intérimaires » cumulent plusieurs fonctions, y compris pour des portefeuilles clefs comme la Justice et l’Intérieur.

Ennahdha en embuscade

Semble-t-il, le ministre Faouzi Mehdi a payé l’impréparation de cette campagne de vaccination, ainsi que les pénuries à l’hôpital. Hichem Mechichi est également affaibli après ce que les Tunisiens nomment par dérision le « Hasdrubal Gate » : le Premier ministre et des membres de son gouvernement ont passé un week-end « de travail » dans un hôtel luxueux d’Hammamet, ne négligeant ni la piscine ni la piste de danse. Une catastrophe en matière de communication dont le parti Ennahdha s’est emparé pour charger une nouvelle fois le Premier ministre et pour offrir ses services au Président…

« Nous n’avons pas besoin de ministres qui travaillent en séance unique, qui passent leur week-end à la mer ou qui prennent des vacances d’été ; nous avons besoin de ministres qui travaillent 24 heures sur 24 », résume Khalil Barhoumi, porte-parole d’Ennahdah. Le parti islamiste veut ouvertement se débarrasser d’Hichem Mechichi, qu’il protégeait jusque-là, y compris face au Président, dans l’espoir d’infléchir sa politique. « Nous avons accepté ce gouvernement, faute de mieux », rétorque Khalil Barhoumi, qui feint d’oublier que son parti n’est pas étranger au chaos politique actuel du pays.

Coronavirus

Cette crise politique se double d’une grave crise sanitaire. La Tunisie, relativement épargnée depuis mars 2020, fait face à un rebond épidémiologique sans précédent. Les hôpitaux sont débordés, à tel point que le gouvernement a réquisitionné des cliniques privées. La Tunisie a officiellement enregistré près de 550 000 cas de coronavirus, et 17 644 décès. Selon l’OMS, la Tunisie est le pays qui compte le plus de décès dans la région MENA, au regard de sa population.

Jusqu’au 20 juillet, la campagne de vaccination, réservée à certaines professions et aux plus de cinquante ans, fonctionnait au ralenti. On estime à ce jour que moins d’un million de Tunisiens ont été vaccinés, soit un peu plus de 8% de la population de 12 millions d’habitants. Un niveau parmi les plus élevé en Afrique mais insuffisant pour espérer combattre la propagation de l’épidémie.

La vaccination s’accélère

Devant le manque de personnel médical et de matériels, la Tunisie a fait appel en urgence à la solidarité internationale et au soutien de sa diaspora. La consommation d’oxygène est passée de 25 000 litres par jour avant la pandémie à 250 000, soit dix fois plus.

À ce jour, la Tunisie disposerait d’environ 3,2 millions de doses et devrait dépasser les 5 millions de vaccins disponibles à la mi-août, selon le ministère de la Santé. Les vaccins devraient être accessibles en pharmacie à partir de la semaine prochaine pour les personnes âgées de plus de quarante ans.

Pour sa part, la France a promis l’envoi d’un million de doses de vaccins et soutien l’aide internationale. « Au regard des liens étroits d’amitié qui unissent nos deux pays, il est essentiel que la France exprime sa solidarité avec la Tunisie et le peuple tunisien, en apportant, de toute urgence, une aide matérielle répondant à la gravité de cette crise sanitaire », explique le président du groupe parlementaire d’amitiés France-Tunisie, Jean-Pierre Sueur. Qui souhaite, dans une lettre adressée au Président français et à son Premier ministre, que l’action s’inscrive « dans l’urgence et dans la durée ».

KA

 

 

 

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