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African Business

Tunisair en quête de direction

Une nouvelle fois, Tunisair, fleuron de l’économie tunisienne, doit se trouver un nouveau PDG, après l’éviction sans ménagement d’Olfa Hamdi, en poste depuis le 4 janvier 2021. En attendant, les difficultés perdurent.

Par Marie-Anne Lubin

Sept semaines et fait sa valise. Après plusieurs jours de turbulences, la nouvelle PDG de Tunisair, Olfa Hamdi, a été démise de ses responsabilités. Nommée en remplacement d’Elyes Mnaki, après plusieurs mois de vacance à la tête de la compagnie, elle avait pris ses fonctions début janvier.

Le ministre tunisien des Transports et de la logistique, Moez Chakchouk, a expliqué sèchement les raisons de son éviction : « Elle a commis beaucoup d’erreurs. Elle n’a pas respecté le droit de réserve et ne s’est pas soumise aux autorités de contrôle. »

Au début 2020, la compagnie comptait 28 avions, soit 19 avions en service, dont 14 avions de la famille A320, deux A330 et trois 737. En janvier 2021, il ne restait que 11 appareils en service, voire peut-être sept selon certaines sources industrielles, et quatre selon l’UGTT !

Le ministre reproche à la jeune dirigeante d’avoir divulgué des documents de l’entreprise et des échanges confidentiels sur les réseaux sociaux et d’avoir refusé de participer aux réunions réclamées par les syndicats.

Olfa Hamdi avait été recrutée avec le mandat de sortir la compagnie aérienne de ses difficultés financières. Lesquelles avaient commencé avant même les débuts de la crise sanitaire. Tunisair, on le sait, fait face à une main-d’œuvre pléthorique et aux conséquences de choix stratégiques inefficaces.

Le 19 février, des centaines d’employés de Tunisair avaient décidé de se mettre en grève, dans tous les aéroports du pays, pour protester contre la dégradation de la situation financière de l’entreprise. De son côté, TAV Tunisie, l’entreprise qui exploite des aéroports en Tunisie, avait gelé les comptes bancaires qui paient les salaires des employés de Tunisair, grevant les paiements de quelque 7 800 travailleurs.

Noureddine Taboubi, secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) justifiait : « La PDG de Tunisair, bien que je n’ai rien contre elle, représente le ministre des Affaires étrangères et l’État en rencontrant l’ambassadeur de Turquie et du Royaume-Uni. Les dettes de Tunisair s’accumulent et les salariés n’ont pas reçu leurs salaires depuis deux mois. »

Répondant sur Facebook, sur sa page jonchée de documents et de lettres tamponnés à en-tête de Tunisair, Hamdi a riposté au patron de l’UGTT, affirmant de manière provocante que « tout le gouvernement avait été licencié » par ses actions !

Un plan de sauvetage dans les cartons

La jeune femme s’est taillé une solide réputation de franchise, s’attirant la sympathie des Tunisiens, mais aussi les foudres de sa hiérarchie et de la puissante UGTT, qu’elle n’hésite pas à attaquer de front.

Parmi les reproches adressés à Olfa Hamdi, figure la création aux États-Unis un Centre d’études stratégiques sur la Tunisie, avec le soutien d’un cabinet américain de lobbying. Ce mélange des genres, révélé par un site spécialisé sur les lobbies d’influence, n’a pas manqué de faire réagir en Tunisie.

La future ex-PDG a réagi avec force : « J’allais annoncer aujourd’hui la stratégie de sauvetage de Tunisair et ce, suite au refus du gouvernement de sauver la compagnie ! » Évoquant les reproches sur sa communication, elle commente : « Monsieur le ministre, la transparence est un principe consacré par les articles 10 et 15 de la Constitution. » Olfa Hamdi a promis, dans un message sur son compte Facebook, qu’elle compte éclairer l’opinion publique sur cette affaire, faisant valoir que « le système actuel est un cimetière pour les jeunes et les femmes ». 

En 2020, Tunisair a enregistré une baisse de 71% de son trafic de passagers. La compagnie tunisienne, emploie près de 3 400 travailleurs. Elle a vu ses revenus diminuer à moins du tiers de ceux de 2019, passant de 1,596 milliard de dinars (485 millions d’euros) à 483,17 millions de dinars (147 millions d’euros). Au 31 décembre 2020, son endettement s’élevait à 967 millions de dinars (294 millions d’euros).

Un avion de Tunisair stationné sur un tarmac de Tunis-Carthage International à Tunis (15 octobre 2015).

La perte de son PDG ne rendra pas service à Tunisair. Au début 2020, avant l’épidémie, la compagnie comptait 28 avions, soit 19 avions en service, dont 14 avions de la famille A320, deux A330 et trois 737. En janvier 2021, il ne restait que 11 appareils en service, voire peut-être sept selon certaines sources industrielles, et quatre selon l’UGTT !

Le ministre Moez Chakchouk se veut optimiste, dans un dossier qu’il qualifie néanmoins « un défi ». Le premier défi étant de trouver un nouveau PDG. Une réunion est prévue avec l’UGTT pour étudier la situation de la compagnie.

De son côté, René Trabelsi a décliné la proposition de devenir le nouveau PDG de la compagnie ; l’ancien ministre du Tourisme, qui était tombé gravement malade l’an dernier en contractant la Covid-19, a invoqué des raisons de santé.

Selon Moez Chakchouk, la mise sous séquestres des comptes bancaires de Tunisair a été annulée la semaine du 15 février. Le gouvernement a versé 30 millions de dinars en urgence pour payer les fournisseurs de la compagnie, alors que certaines de ses filiales peinent à payer les salaires.

ML

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