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Tournant économique en Casamance

Au sud du Sénégal, la Casamance souffre de son enclavement géographique et d’un conflit séparatiste qui agite la région depuis une trentaine d’années. L’État engage un ambitieux programme de développement

La première tournée économique du président Macky Sall, en février 2015, s’est déroulée en Casamance. Un signal fort pour ce territoire enclavé entre la Gambie et la Guinée-Bissau, terre lointaine au sud du Sénégal. 

Pourtant, la région a résisté et reste à l’échelle nationale première productrice de mangues, de citrons, de noix de cajou. Deuxième productrice de riz, largement exportatrice il y a une quinzaine d’années avec plus de 400 000 tonnes, elle fournit actuellement un tiers de la production nationale ; l’exportation reste difficile en raison d’un fret quasi-inexistant. 

Souvent appelée « le grenier à riz » du pays, la Casamance, qui porte le nom du fleuve qui la traverse, est la région la plus fertile du Sénégal. Vaste forêt parcourue par des bolongs où se mêlent mangroves, palmiers et rizières, elle est le reflet de la diversité ethnique du Sénégal. Avec une population estimée à 1,5 million d’habitants, la région rassemble des communautés en majorité Diolas, Peuls, Mandingues, Manjacks. 

Le conflit séparatiste qui dure depuis plus de 30 ans et l’insécurité qui en résultent ont considérablement affecté le potentiel économique de la zone. La Banque mondiale, initiatrice du projet Pôle de développement économique de la Casamance, d’un montant de 40 millions $, estime que le conflit a réduit de moitié son potentiel agricole. Pourtant, la région a résisté et reste à l’échelle nationale première productrice de mangues, de citrons, de noix de cajou. Deuxième productrice de riz, largement exportatrice il y a une quinzaine d’années avec plus de 400 000 tonnes, elle fournit actuellement un tiers de la production nationale ; l’exportation reste difficile en raison d’un fret quasi-inexistant. 

Si la pêche traditionnelle reste essentiellement familiale et artisanale, la motorisation des pirogues a permis d’accroître l’exploitation qui représente aujourd’hui environ 5 000 tonnes, dont 33 % sont destinés au marché national, le reste à la sous-région : Gambie, Guinée Conakry, Ghana, Burkina Faso, Mali.

Côté fret, les liaisons sont quasi inexistantes aujourd’hui.

Un des piliers du désenclavement repose sur l’amélioration des liaisons maritimes et un meilleur fonctionnement du port de Ziguinchor. Après le drame du Joola en 2002 qui avait fait plus de 1 900 morts et disparus, soit plus que le naufrage du Titanic, les autorités sénégalaises ont redoublé d’efforts pour la sécurité. Le Joola avait chaviré au large de la Gambie le 26 septembre 2002, alors qu’il reliait Ziguinchor à Dakar. Depuis son voyage inaugural en mars 2008, le bateau qui lui a succédé, baptisé Aline Sitoe Diatta, assure la liaison deux fois par semaine, principalement pour les passagers. Il en transporte 93 000 par an. 

Lors de son déplacement en Casamance, le président Macky Sall a annoncé une baisse de 50 % du prix du billet en classe économique ; le 28 février, il est effectivement passé de 10 000 F.CFA à 5 000 F.CFA, au bénéfice de 126 000 passagers. L’État sénégalais en supportera le coût par une compensation à hauteur de 5,631 milliards de F.CFA. 

Côté fret, les liaisons sont quasi inexistantes aujourd’hui. Après une succession de mise en services de navires : Nerlandia Casamance abandonné au bout de quelques mois, Willis en 2006, lancement de l’Anamcara3 interrompu en 2007, seul le Diogue acheté à la flotte islandaise navigue actuellement ainsi que trois petits cargos qui transportent principalement du ciment. Une compagnie hollandaise, Bread Box, effectue également des transports de matériaux entre Koalack, le Saloum et la Casamance.

C’est une réponse structurée qui se dessine, aujourd’hui, par l’acquisition de deux bateaux supplémentaires, Aguene et Dianguone, financés par la coopération coréenne à hauteur de 61 millions $. Ces deux navires qui portent le nom de soeurs jumelles, Aguene, ancêtre des Diola et Diambogne, ancêtre des Sérères, sont porteurs d’espoirs, pour le développement des liaisons maritimes. Avec une capacité de 200 passagers par bateau et environ 13 camions de 35 tonnes de charge chacun, ces navires rouliers (de type RO RO) viendront renforcer la flotte actuelle pour la porter à quatre bateaux. Un complexe frigorifique, d’une capacité de 2 000 tonnes, permet désormais le conditionnement et la conservation des fruits et des produits de la pêche. Pour Yerim Thioube, directeur général de l’Agence nationale des affaires maritimes (Anam), « ce sont plus que des frémissements, les perspectives sont très prometteuses. À terme, nous pouvons envisager un boom sur les exportations. Avec les deux navires et la baisse du prix du tarif, il y a aura un impact économique sur les produits originaires de la Casamance très demandés sur le territoire. Dans l’autre sens, cela va dynamiser les flux des autres régions vers la Casamance ». 

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