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Togo : Capitaliser sur l’AGOA

Éligible à la loi AGOA depuis 2008, le Togo nourrit l’ambition de profiter amplement de cette loi pour doper ses exportations. Une projection qui implique une profonde mue de ce qui reste de son industrie textile.

Lomé, Edem Gadegbeku

Du 8 au 10 août 2017, Lomé a abrité la 16e édition de l’AGOA Forum, la grand-messe commerciale qui se tient annuellement depuis l’an 2000 et qui réunit les États-Unis et les pays membres de l’African Growth and Opportunity Act, sur le thème : « Les États-Unis et l’Afrique, partena­riat pour la prospérité à travers le commerce».

Le Togo, qui n’est éligible que depuis 2008 à la loi AGOA, a été crédité d’« une parfaite orga­nisation » par le gouvernement américain et souhaite profiter dorénavant pleinement des avantages de cette loi.

Avec pour objectif à court terme d’augmenter sensiblement la part de ses exportations vers les États-Unis, qui « ne s’élèvent malheureusement aujourd’hui qu’à 1 % », calcule Thierry Awesso, vice-président du patronat. Un tableau que Germain Essohouna Meba, président de la Chambre de commerce et d’industrie, justifie par « le manque de sensi­bilisation des opérateurs économiques au sujet de l’AGOA en général et la faiblesse du tissu indus­triel au Togo en particulier ».

Montée en gamme

Ainsi, selon le West Africa Trade and Investment Hub, au premier trimestre 2017, le Togo a exporté vers les États-Unis près de 3 millions de dollars contre 4,109 millions $ pour son voisin, le Ghana. « Il nous faut donc nous presser, mais d’une manière méthodique », résume Dédé Ahoefa Ekue, ministre-conseil­ler du président togolais, responsable du Comité national d’organisation du Forum. Éligible officiellement depuis août 2017 au visa textile (comme 26 autres pays d’Afrique subsaharienne) dans le cadre de la loi AGOA, le Togo ambitionne de se positionner dura­blement et efficacement sur ce marché.

« Pour bénéficier du visa textile, il faut intro­duire dans sa législation des dispositions qui garantissent un encadrement strict qui évite tout transbordement dans un pays tiers des produits destinés aux États-Unis dans le cadre de ce visa. Dans le cas togolais, aussi bien la présidence que les douanes ont étroitement collaboré pour se conformer à cette réglementation américaine », se félicite Kara Diallo, expert du West Africa Trade and Investment Hub. Qui précise : « C’est un arrangement particulier entre les USA et ses partenaires dans l’AGOA. Tous les vêtements confectionnés au Togo et exportés seront ainsi exempts de droits de douane. » Mais, le visa textile AGOA offre de plus larges perspectives commerciales au Togo que ses traditionnels pagnes aux motifs hollandais.

Un objectif bien ciblé

« Nous pouvons nous positionner sur des niches d’exportation en matière textile au lieu de chercher à produire en masse comme les pays industriels en Afrique », recadre la ministre Ekue. Et de détailler cette option : « Nous avons des productions en la matière sur laquelle nous pouvons capitaliser. Dans ce sens, le Togo peut s’inspirer des pays comme le Lesotho, sans façade maritime, qui à lui tout seul, a exporté 300 millions de dollars de produits textiles vers les États-Unis ces dernières années, créant 40 000 emplois. »

Un terreau économique fertile devrait encourager ce choix : il s’agit de la part signifi­cative qu’occupe déjà l’artisanat dans l’écono­mie. « Le gouvernement étudie l’adoption d’un Code de l’artisanat ; il renforcera un secteur qui représente près de 18 % du PIB », rappelle le ministère du Développement. Le Togo a ainsi adopté en 2011 une politique artisanale qui a pour objectif de rendre le secteur « viable, compétitif, capable de répondre à la demande des consommateurs locaux, et surtout de conquérir le marché sous-régional, régional et international ».

Une grande et bonne nouvelle, si…

D’autres raisons encouragent ce choix du textile à l’exportation : « Il faut arriver à nouer via ce visa des partenariats avec des opérateurs économiques américains qui pourraient réin­vestir en retour dans cette filière. Le secteur du textile est actuellement en pleine croissance aux États-Unis ; c’est un créneau porteur. Les Américains importent annuellement énormé­ment de produits textiles dans le monde. Les pays africains comme le Togo et leurs opéra­teurs économiques gagneraient à mettre en place de petites unités de production, et ensuite des coentreprises avec des firmes américaines dans cette filière, dans l’optique de monter progressivement en gamme », recommande Kara Diallo. Qui rappelle que les produits textiles sont fortement taxés aux États-Unis, jusqu’à 36 %. Le label AGOA permet ainsi d’introduire dans le pays « des produits plus compétitifs que leurs concurrents ne bénéficiant pas de ce type de visa ».

Bien sûr, divers « goulots d’étranglement » devront être résorbés, aussi bien par les auto­rités qui supervisent le commerce que par les décideurs économiques. « L’admission du Togo au visa textile est une grande et bonne nouvelle pour tous les stylistes et acteurs de la filière textile en général, même s’il existe plus de restrictions en matière d’AGOA au sujet du textile. Cette nouvelle donne pose aux acteurs de ce secteur au Togo le défi, sur la durée, de la qualité et de la quantité des produits finis à exporter. Il est souhaitable de mettre sur pied dans des délais raisonnables une institution ad hoc qui sera en charge de surveiller de très près cette qualité textile recherchée», analyse la célèbre styliste Lénina Adjoavi Codjo, qui salue « une opportunité inouïe à saisir » d’ici à 2025, qui marquera la fin de l’accord AGOA.

La tenue de l’AGOA Forum 2017 au Togo a eu le mérite de provoquer un déclic auprès de diverses autorités vis-à-vis des énormes avan­tages que leur pays est à même de tirer de la loi AGOA. « Un conseiller économique spécialisé sur l’AGOA est désormais en service à l’ambassade du Togo à Washington. De même, des échan­tillons de divers produits fabriqués au Togo sont exposés dans cette représentation diplomatique », révèle l’ambassadeur Frédéric Hegbe.

Redresser les exportations vers les États-Unis

De son côté, Guy Madjé Lorenzo, actuel porte-parole du gouvernement, adresse un vibrant plaidoyer à ses pairs membres de l’exécutif et aux potentiels bailleurs écono­miques. Les acteurs de la chaîne du textile et d’autres entrepreneurs togolais « souhaitent pouvoir obtenir des financements structurés pour l’exportation, ce que nous avons peu, ou pas jusqu’à présent. Nous verrons comment l’agro-industrie, le secteur du tissu et autres vont pouvoir, via l’AGOA, modifier sensiblement la formation du PIB. Le but est de permettre l’éradication de la pauvreté, un emploi pour tous les jeunes et la constitution d’une classe moyenne urbaine et rurale qui tire la consom­mation. »

Au regard de la part du commerce dans la croissance économique ces dernières années (au moins 0,3 point selon la Direction de l’économie), la restructuration de la filière pagne doit prendre une dimension étatique. Tel est ainsi l’avis du consultant Léopold Dravie : « Le gouvernement peut et doit prendre les devants de la relance de la filière pagne. En relançant à titre d’exemple une usine textile locale, car la matière première existe dans ce domaine, le coton. Il faut à l’avenir une vision régionale de la commercialisation du textile. Entre 1960 et 2014, plus de la moitié des usines textiles dans l’Uemoa ont fermé parce qu’elles ne ciblaient qu’un marché local. »

Plus généralement, depuis 2015, on assiste à une diminution des échanges entre les États-Unis et l’Afrique sous AGOA. Ils sont passés de 26 à 18 milliards de dollars, sans compter les produits pétroliers et minéraliers. Des statistiques que les parti­cipants à l’AGOA Forum 2017 à Lomé se sont engagés à rectifier. « Produire, trans­former et commercialiser devraient être la nouvelle donne dans les échanges commer­ciaux Afrique-USA, pour faire du commerce un levier de développement économique pour les Africains », souligne Bernadette Balouki, ministre du Commerce du Togo. 

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