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Tchad : La Sotel sous administration provisoire

La Société des télécommunications du Tchad, créée il y a une vingtaine d’années, éprouve beaucoup de difficultés. Son nouvel administrateur devra apurer ses dettes et lui trouver un modèle économique pérenne.

N’Djaména, Geoffroy Touroumbaye

 Le téléphone mobile est un acteur majeur de l’économie tcha­dienne : en 2015, elle a généré des recettes de 117 milliards de F.CFA (178,4 millions d’euros), soit 2,7 % du PIB. Depuis 2000, date de l’octroi de la première licence, la téléphonie mobile connaît une croissance exponentielle.

Ayant versé 191 milliards de F.CFA (291,2 millions d’eu­ros) entre 2009 et 2013, au titre de diverses redevances d’impôts et taxes, elle venait en deuxième position après les industries du pétrole par son apport dans la croissance économique du Tchad, affectée depuis par les variations des cours du pétrole.

Globalement, donc, le secteur se porte bien, grâce notamment aux deux opérateurs privés, Airtel et Tigo, qui le dominent depuis une quinzaine d’années ; ils représentent plus de 96 % du marché et ont porté le taux de couverture à 85 % de la population du Tchad. En revanche, le groupe Sotel, détenu à 100 % par l’État, affiche une piètre figure face aux filiales des groupes indien Bharti Airtel et luxembourgeois Millicom.

« Depuis sa création en 1998, la Sotel n’a évolué qu’en fonction des faveurs de l’État. Or, ce dernier, qui est son grand client, ne paie pas la facture de ses consommations », confie un cadre du groupe. « L’opérateur histo­rique des télécommunications au Tchad fait face à des problèmes de tous ordres », reconnaît Mahamat Allahou Taher, ministre des Postes et des nouvelles technologies de l’information.

Lequel pointe notamment un management à l’efficacité limitée, sujet à de nombreuses critiques, des difficultés de paiement des salaires des employés à terme échu, des difficultés de prise en charge convenable des frais de fonctionnement, l’impossibilité de procéder à des investissements conséquents en vue de renouveler certains outils de production vétustes ou encore pour étendre le réseau et accroître les ressources, l’impossibilité d’honorer les différents engagements (dettes bancaires, impôts, dettes dues aux fournisseurs et partenaires, etc.).

L’assemblée générale a donc décidé, le 3 février 2017, de dissoudre le conseil d’administration et la direction générale du groupe Sotel Tchad et de créer un conseil de surveillance. Le 10 avril, le ministre Allahou Taher a demandé la mise sous administration provisoire de la société. Ce que le Tribunal de commerce de N’Djaména lui a accordé, quatre jours plus tard, désignant Mahamat Mbodou Mbodoumi, expert-comptable, comme administrateur provisoire.

«L’administration provisoire vise à assainir la situation de la Sotel Tchad dans l’optique de rendement et de la pérennité, et elle repose sur une feuille de route qui définit clairement les missions assignées et les objectifs visés. Elle se déroulera dans la transparence absolue et sous le contrôle d’un conseil de surveillance au sein duquel sont représentés quelques services de l’État», promet Allahou Taher.

Échec des privatisations

Le jeune Mahamat Mbodou Mbodoumi, qui vient de s’installer, a un pouvoir de gestion très étendu : élaborer un plan d’actions pour la mise en œuvre de sa feuille de route, prendre des mesures de sécurisation de tous les produits et d’assainissement des finances de la société, éviter le gonflement de ses dettes, mettre en place un mécanisme d’apurement du passif, évaluer et recouvrer les créances de la société, poursuivre l’organisation de la consommation de l’État et de son paiement, proposer des options d’ouverture du capital ou de choix d’un partenaire technique et financier au conseil de surveillance, présenter à ce dernier un plan de sauvetage du groupe.

Il dispose de six mois pour sauver une Sotel dont le gouver-nement ambitionne toujours de faire un des fleurons de l’économie nationale. « La situation de la Sotel a fait l’objet de nombreuses réflexions, tant au niveau du management de la société, du côté du person- nel que du côté de l’autorité de tutelle », rappelle Mahamat Allahou Taher.

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