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Sénégal : Artisanat un moteur de la croissance

L’ambition des autorités sénégalaises est de faire de l’artisanat, un métier souvent assimilé à une caste ou une ethnie, un levier de croissance inclusive. Un pari loin d’être gagné, tant l’artisanat souffre de son caractère informel.

Dakar, Seydou Ka  

Dans un pays où un jeune sur trois n’a pas d’emploi et deux sur trois n’ont pas de qualification technique, l’ar­tisanat est perçu comme la solution au problème du chômage. Dans son axe 3, le PSE (Plan Sénégal émergent) ambitionne de faire de l’artisanat un des moteurs d’une croissance durable et inclusive.

Cette option du gouvernement est fondée sur le « haut potentiel » de l’artisanat en création d’em­plois, explique le chef du gouvernement, Mahammed Boun Abdallah Dionne. Le défi consiste à aider les acteurs à « quitter l’artisa­nat de survie pour aller à l’artisanat d’entre­prise », souligne Pape Hamady Ndao, direc­teur général de l’Agence pour la promotion et le développement de l’artisanat (APDA), une structure créée en 2002, après les premières Assises de l’artisanat, pour accompagner la modernisation du tissu économique.

Chaque famille compte un artisan

Dans cette perspective, le président Macky Sall avait annoncé, il y a deux ans, lors d’une visite à Ngaye-Méckhé, toute une série de mesures : la formation de 10 000 jeunes artisans, une ligne de financement de 1 milliard de F.CFA – dont 300 millions sont déjà disponibles – pour financer les artisans, sans apport, et l’érection de Sites d’exposition commerciale artisanale (SECA) dans certaines localités comme Ngaye. « Ces sites vont servir de vitrines aux artisans afin de mettre en valeur leurs meilleurs produits », explique Pape Hamady Ndao.

Selon Amdy Moustapha Thiam, président de la Confédération nationale des organisa­tions et entreprises patronales artisanales du Sénégal, l’artisanat a pendant longtemps souf­fert d’une mauvaise gestion, du fait notam­ment de sa méconnaissance par ceux qui en avaient la charge. «Les personnes à qui on avait confié ce domaine avaient tendance à le réduire essentiellement à la section art (bijouterie, maro­quinerie, etc.), qui ne représente que 12 % à 13 % de l’artisanat. Alors, comment voulez-vous développer un secteur en laissant en rade 87 % de son activité ? », s’interroge ce métallurgiste de profession. Lequel note « un léger mieux » depuis quelques années, grâce à un ministre faisant « presque partie de nous ».

Le Sénégal veut faire de l’artisanat un volet de l’offre touristique. Le « tourisme artisanal » permettra de mieux faire connaître les multiples facettes de la culture du pays.

L’autre contrainte majeure est liée au caractère informel de l’activité : beaucoup d’ar­tisans sénégalais sont encore à un stade d’arti­sanat de survie, familial, après une formation « sur le tas », et 80 % d’entre eux sont analpha­bètes.

Cette situation se reflète à travers l’ab­sence de données statistiques fiables. Les seuls chiffres officiels disponibles datent de 1992 (en dehors d’une petite mise à jour en 2004) faisant état de 127 000 entreprises artisanales répertoriées sur l’ensemble du territoire.

Dans la situation actuelle, la seule certitude repose sur des données empiriques : « Dans chaque famille sénégalaise, vous trouverez un ou deux artisans. » Dès lors, difficile de mesurer le poids réel de l’artisanat et sa contribution au PIB.

Quoi qu’il en soit, pour Amdy Moustapha Thiam, il est temps d’abandonner la pratique d’un artisanat de survie au profit d’un artisa­nat d’entreprise. Autrement dit, les artisans doivent adopter une logique commerciale s’ils veulent vivre de leur art.

«Il manque à nos arti­sans une certaine ouverture au monde», observe Pape Hamady Ndao, qui estime que ces derniers doivent être en mesure d’aller cher­cher ce qui se fait de meilleur en bijouterie, en menuiserie, en vannerie, et l’intégrer à ce qu’ils ont su faire depuis longtemps. À cela, s’ajoute la quasi-disparition de certains métiers comme la plomberie.

Mutualiser les contraintes

La dernière faiblesse, et non des moindres, est liée au manque d’outils modernes. La majorité des artisans sénégalais utilisent encore le rabot, alors qu’une machine peut réaliser le même travail en quelques secondes. Avec des méthodes de travail rudimentaires, les menuisiers sénégalais peinent à capter les 15 % qui leur sont réservés dans la commande publique, soit une enveloppe de 300 milliards de F.CFA (457 millions d’euros).

Pour le gouvernement, l’idée était de donner « au menuisier du coin » une partie de cette manne. Mais pour gagner un marché public, il faut se formaliser, être en règle avec le fisc, avoir la capacité de produire en quan­tité.

Bref, respecter autant de critères et de procédures complexes dont l’écrasante majo­rité des artisans ignorent même l’existence. Certes, pour contourner cet obstacle, certains d’entre eux se regroupent pour capter des marchés ou pratiquent la sous-traitance.

Pour remédier au manque de qualification, l’APDA a engagé deux programmes priori­taires : la « valise diagnostic » pour les mécani­ciens et l’équipement des menuisiers en petits matériels importés d’Inde. En fait, « quel que soit le talent d’un artisan, s’il n’a pas accès à des outils modernes, il aura du mal à vivre de son art », souligne Amdy Moustapha Thiam.

Le levier du tourisme

En tant que domaine transversal – il suffit de regarder sa valse institutionnelle, tantôt rattaché au tourisme, tantôt à la formation professionnelle, comme c’est le cas actuelle­ment, pour s’en rendre compte – l’artisanat peut tirer d’autres pans de l’activité.

Partant du principe que « le touriste est toujours attiré par quelque chose », les autorités veulent en faire le moteur de relance du tourisme dure­ment affecté par différentes crises ces dernières années et par le recul du balnéaire. « Nous voulons promouvoir un tourisme artisanal, puisque l’artisanat reflète de multiples facettes de notre culture », explique Pape Hamady Ndao.

C’est dans cette perspective que s’inscrit l’or­ganisation du premier Salon international de l’artisanat de Dakar (SIAD) par le ministère de la Formation professionnelle, de l’appren­tissage et de l’artisanat, du 15 au 20 mai 2017.

Une rencontre qui avait pour objectif de servir de vitrine aux artisans sénégalais et de mettre en exergue leur « vocation économique ». À cette occasion, l’APDA a signé une convention avec la Maison de l’artisanat du Maroc afin de s’ins­pirer de son expérience en matière de promo­tion de l’artisanat.

L’Agence travaille aussi sur un projet appelé « Prolabel » visant à labelliser les produits artisanaux comme la fameuse Dall Ngaye (chaussure de Ngaye). Une initiative à saluer à l’heure où le Made in Sénégal cherche à s’exporter.

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