Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Uncategorized

Sénégal : Auchan face à la fronde du commerce de proximité

Les responsables d’Auchan, eux, insistent sur les importants investissements réalisés au Sénégal : 65 milliards de F.CFA (99 millions d’euros) en quatre ans, 1 500 emplois créés – sur un objectif de 5 000 – et 335 fournisseurs locaux qui « n’ont plus besoin d’intermédiaires pour vendre leurs productions ». « Dans les supermarchés Auchan, il n’y a pas de Blancs qui y travaillent, il n’y a que des Sénégalais et des Africains », explique Bassirou Bâ, le président du collectif « Auchan reste ».

La multinationale promet aussi de promouvoir le Made in Sénégal comme preuve de son engagement sur la durée. D’après Laurent Leclerc, directeur général d’Auchan Sénégal, la priorité sera ainsi donnée aux produits locaux, par la création de filières sur les fruits et légumes, offrant des garanties de volumes auprès des exploitants.

Grâce à sa bonne connaissance du marché sénégalais, Auchan s’est positionné, dès son arrivée, entre le luxe et le commerce de détail. Une manière de ratisser large et de toucher une large gamme de clientèle. « Nous savons que les clients sénégalais n’ont pas toujours un gros budget, notamment en milieu de mois, pour acheter les petites quantités, et nous avons souhaité en tant qu’acteur de la grande distribution répondre à leurs besoins », explique un responsable d’Auchan.

Réaction tardive de l’État

Après la levée de boucliers des commerçants et « conscient de la fonction sociale » que revêt le commerce de proximité, l’État a décidé de réagir. Macky Sall a demandé à son gouvernement de prendre toutes les mesures nécessaires à l’actualisation de la réglementation sur la gestion de l’urbanisme commercial. Le ministre du Commerce, Alioune Sarr, a reçu des représentants de l’Unacois/Jappo et d’Auchan pour engager la réflexion autour de cette question. « L’idée, c’est de voir comment permettre la cohabitation pacifique entre le commerce de proximité et la grande consommation », explique-t-il.

Pour combler le vide juridique et encadrer le secteur, il annonce un projet de décret organisant les commerces et la grande distribution au Sénégal, le lancement d’une concertation nationale à l’issue de laquelle un cadre juridique « approprié » sera instauré, ainsi qu’un comité de pilotage réunissant tous les acteurs. De son côté, l’Agence de développement et d’encadrement des PME (Adepme) travaille sur des pistes d’accompagnement pour aider les acteurs locaux à faire face à la concurrence à travers un certain nombre de mécanismes comme la franchise locale ou le développement de coopération interprofessionnelle entre producteurs, grossistes, distributeurs et détaillants.

L’échec des tentatives locales

Face aux plaintes des commerçants locaux, la question qui revient souvent, c’est pourquoi ils ne font pas comme Auchan ? Mais les rares tentatives d’entrepreneurs locaux dans le secteur de la grande distribution se sont soldées par un échec. C’est le cas de l’initiative de l’homme d’affaires Serigne Mboup (patron de la holding CCBM), l’un des premiers à s’y essayer, avec les magasins Pridoux, sans réel succès. Sa deuxième tentative, les « Easy boutiques » (à bas prix) n’ont guère connu un meilleur sort.

« La grande distribution française s’est développée en se reposant sur un tissu industriel solide qui assure les phases de production, de transformation et de conditionnement des produits. Or, force est de constater que le Sénégal est loin d’être à ce niveau de solidité d’architecture économique », constate Papa Cheikh S. Sakho Djimbira, du Consortium sénégalais pour la recherche économique et sociale (CRES).

En effet, le métier de la distribution est fortement caractérisé par l’obligation de maîtriser les coûts, notamment à travers des économies d’échelle. À défaut de voir Auchan « dégager », une exigence peu réaliste, certaines associations de consuméristes préconisent d’exiger des chaînes de distribution qui s’installent au Sénégal de promouvoir le « consommer local », en proposant, à l’instar de l’Inde, entre 40 % et 50% de produits locaux dans les rayons. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

Share This