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Sandy Abena : la globe trotteuse la plus Africaine des Antillaises

Sandy Abena : la globe trotteuse la plus Africaine des Antillaises
  • Publisheddécembre 28, 2021

Lauréate France 2021 du concours international Black Travel Content Creator organisé par The Black Travel Alliance, Sandy (Abena) Salyeres, veut faire le tour de l’Afrique avec pour objectif de parcourir dix pays en dix mois.

Par Aïssatou Diamanka-Besland

Vous étiez une acheteuse internationale dans une grande entreprise à La Défense en France…

Je m’appelle Sandy Salyeres, alias Sandy Abena. Je suis acheteuse internationale Software dans une grande entreprise du CAC 40 basée à La Défense en France. Il y a à peu près sept mois, j’ai quitté mon travail, mon appartement, mes amis, ma famille… pour me lancer dans un « Tour du monde de l’Afro World ».

Savoir d’où vous venez, c’est important pour vous, ce qui explique d’ailleurs vos nombreux voyages ?

Je suis Guadeloupéenne. Je suis née et j’ai grandi à Paris. Pour mes parents, il était important que mon frère, ma sœur et moi sachions d’où on vient. Toute mon enfance et encore aujourd’hui, presque tous les ans, je vais très régulièrement en Guadeloupe.

Je ressens surtout l’envie de partager mes découvertes au plus grand nombre, car je réalise que nous ne connaissons que très peu de choses de notre histoire en tant qu’Afrodescendant. Je crée alors “Abenafrica” le 27 mai 2018.

Avec mes parents, j’ai fait des roadtrips en France et en Europe. Pendant mes années d’études, j’ai voyagé au maximum. Arrivée dans le monde du travail, je m’ennuie. Je ne me sens plus aussi stimulée intellectuellement.

Je décide alors d’entreprendre des projets que je n’avais jamais eu le temps de faire réellement : en savoir plus sur l’histoire noire. Au fur et à mesure de mes recherches, je ressens surtout l’envie de partager mes découvertes au plus grand nombre, car je réalise que nous ne connaissons que très peu de choses de notre histoire en tant qu’Afrodescendant. Je crée alors “Abenafrica” le 27 mai 2018. Pourquoi le 27 mai ? C’est la date de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe.

Abenafrica, c’est surtout un vrai prétexte pour mettre en évidence l’histoire et les cultures des communautés noires ?

Abenafrica est une plateforme qui ambitionne de mettre la lumière sur l’histoire et les cultures trop méconnues des communautés noires.

Il vise à la fois à inciter le monde à voyager dans “l’Afro World”, de visibiliser tous les événements et Black Business par le biais de l’Afro Agenda – agenda mensuel de tous les événements culturels Afro à Paris.

Cela dit, pendant près de trois ans, j’ai assumé mes fonctions de cadre en parallèle avec l’immense travail qu’impose la gestion de Abenafrica.

Cette année 2021, j’ai fait un choix (tout choix étant par ailleurs forcément subjectif) et je suis à présent à 100% sur Abenafrica…

…pour vous lancer dans le projet de parcourir en dix mois, dix pays d’Afrique.

Oui. Il y a deux raisons, l’une personnelle, l’autre pour être au service de ma communauté et du monde auquel je crois et j’appartiens.

Concernant la partie financement, je n’ai fait appel à aucun partenaire et pour l’instant, je ne fais aucune collaboration pendant mon voyage (hôtel, restaurant, etc,.), car je veux garder ma liberté de dormir où je veux, quand je veux, de changer de plan au dernier moment et surtout de recommander des endroits ou des activités, parce que je les aime vraiment et non parce qu’on m’a payé pour le faire.

Je prends très à cœur ma mission d’inciter les Afro-curieux à voyager en Afrique. Je veux que les informations que je partage soient le plus authentiques possibles. Je finance mes voyages à 100% grâce à mes économies.

J’ai également ouvert une cagnotte. Je suis vraiment reconnaissante, car certaines des personnes qui suivent Abenafrica sur Instagram participent parfois à cette cagnotte de manière à soutenir mon voyage et récompenser mon travail.

Personnelle : J’avais besoin de sortir de ces « souliers d’or et de ciment » qu’est pour moi le salariat ; c’est-à-dire le confort d’avoir une vie financièrement stable, un travail valorisant dans la société, mais au fond ne pas être heureux de ce qu’on fait.

Avant la dimension de voyage, ce projet est surtout un grand saut dans l’entreprenariat où je n’ai pas d’autres choix que de trouver une solution financière pérenne pour vivre ma passion, puisque je ne perçois plus aucun salaire, ni chômage.

Mon but est de démocratiser le voyage en Afrique. Initialement, je voulais faire dix pays de l’Afro World (donc pas uniquement l’Afrique), mais la Covid-19 en a décidé autrement.

J’ai quitté le territoire français grâce à un motif impérieux professionnel. Ensuite la seule « difficulté » est que je dois faire des tests de la Covid à chaque fois pour sortir de chaque pays, mais aussi en y entrant pour certains. Donc cela représente un certain coût.

Ensuite, j’ai dû annuler des pays, car les conditions d’entrées étaient trop strictes pour pouvoir voyager pleinement.

Votre envie d’Afrique débute à 18 ans au Ghana…

La première fois que j’ai posé le pied sur le sol africain, j’avais 18 ans. C’était mon premier “solotrip” et c’était au Ghana. Là-bas, on m’a dit que les filles qui sont nées un “mardi”, on les appelle Abena.

C’est une tradition née de l’Empire Ashanti dont le Ghana est l’héritier. Ainsi, huit ans plus tard, quand ai-je lancé ma plateforme, j’ai voulu faire un petit clin d’œil à ma première expérience africaine.

Et “L’Afro World”…

L’Afro World”, c’est un concept que j’ai inventé (marque déposée) et qui fait partie d’Abenafrica. Il désigne l’Afrique et tous les pays où on retrouve l’afrodescendance.

L’idée ici est que, aujourd’hui, de plus en plus d’initiatives mettent en avant l’Afrique, son potentiel, ses atouts cachés, etc., mais l’Afrique n’est pas seule, et ses enfants sont, à présent, éparpillés partout dans le monde.

En tant que Guadeloupéenne, je voulais faire le pont entre l’Afrique et sa toute première diaspora : les Antilles, les Afro d’Amérique latine, etc…

Vous êtes lauréate France 2021 du concours international Black Travel Content Creator organisé par The Black Travel Alliance, c’est quoi cette distinction ?

Cette organisation veut démocratiser le « Black Travel ». Ils partent du principe que si on voit peu de personnes noires voyager, c’est aussi parce qu’on a peu de représentations à la télé ou dans les magazines de personnes noires qui voyagent.

Ce fut un honneur pour moi d’être récompensée par une organisation dont la mission est de valoriser la communauté.

Vous avez déjà parcouru seule la RD Congo, l’Éthiopie, la Tanzanie, le Mozambique et vous êtes actuellement en Zambie. Que voulez-vous montrer ?

Mon amour et ma quête de découverte pour nos cultures africaines a démarré hors du continent africain.

A Cuba, c’était la première fois que je voyais une vraie communauté noire hors de France (et de ma Guadeloupe évidemment). Et là, l’histoire qu’on me racontait depuis toujours de la Traite transatlantique, ce « oui, vous les Antillais, vous venez d’Afrique » a pris tout son sens.

Il existait donc d’autres peuples comme nous (les Antillais), arrachés au continent et qui se sont développés et ont créé leur propres cultures, spiritualités, langues, hors de la “Terre Mère”.

Depuis mes 18 ans, il ne se passe pas une année sans que je fasse un voyage dans l’Afro World : Sénégal, Côte d’Ivoire, Ghana, Afrique du Sud, Kenya, Rwanda, RDC, Barbade, Martinique, Dominique, Éthiopie, Tanzanie, Zanzibar, Mozambique, Zimbabwe, Zambie, Botswana, etc.

Mon objectif ? Inciter l’afrodescendance à partir à la découverte des pays de chez elle. Cesser d’invisibiliser le continent africain dans nos plans de voyage : Il n’y a pas que Bali et Miami dans la vie ! En apprendre plus sur nos cultures et notre Histoire à travers le voyage.

Pourquoi est-ce si important pour vous de communiquer sur vos découvertes du continent…

Tout simplement pour mon devoir de représentation. Aujourd’hui, la raison pour laquelle les gens ne voyagent pas ou très peu en Afrique, ce n’est pas uniquement parce qu’ils pensent qu’il n’y a que guerres et pauvreté.

C’est aussi, parce qu’ils n’ont pas d’images de gens comme eux qui voyagent sur le continent. Contrairement à l’Asie, l’Europe et le reste où on a toujours un ami qui a été en vacances en Thaïlande ou en Road Trip aux États-Unis. Ce n’est pas qu’on ne veut pas aller en Afrique, c’est que cela ne nous vient même pas à l’esprit.

Si demain, on voit de plus en plus de gens aller faire leur stage à Dakar, leur lune de miel au Mozambique, leur premier emploi à Abidjan, il deviendra naturel d’y penser pour nous même.

Partager toutes mes aventures, ce n’est pas uniquement pour prodiguer des conseils et infos pratiques, c’est tout simplement pour montrer que c’est possible. Si moi, Guadeloupéenne, qui n’avais aucun contact en Afrique, si j’arrive à partir seule avec mes deux sac à dos, alors tout le monde peut le faire ! C’est ma mission.

Votre plus belle fierté aujourd’hui ?

Ma plus belle fierté, aujourd’hui, c’est de recevoir chaque jour des dizaines de photos de personnes qui ont fait le choix de partir après avoir vu mes vidéos sur Instagram. Des personnes qui me disent avoir annulé leurs voyages en Asie, Europe ou autre pour choisir un pays du continent.

Elles disent majoritairement qu’elles ne savaient pas que c’était possible de voyager aussi simplement et le fait de m’avoir vu les a convaincus !

Je suis aussi contente, car si j’ai commencé à voyager en Afrique depuis l’âge de 18 ans (à l’époque, il n’y avait pas Instagram), je vois de plus en plus de Youtubeuses et Instagrammeuses s’inspirer de mon travail et voyager à leur tour !

Plus nous serons nombreux et nombreuses à le faire, plus nous pourrons rapidement changer les choses.

En tant que Guadeloupéenne ayant grandi en France et membre de la diaspora, quelle idée aviez-vous du continent africain avant d’y poser les pieds ?

Je n’avais tout simplement aucune idée de ce qu’était l’Afrique. J’y suis allée pour le première fois en 2010 à l’âge de 18 ans au Ghana. Et à l’époque, il n’y avait pas autant d’images qui circulaient sur Internet et notamment sur les réseaux sociaux. Mes seules images de l’Afrique étaient les images misérabilistes de la télévision et des magazines, d’enfants aux ventres bédonnants qui meurent de faim.

En parallèle, j’ai été élevé par un papa guadeloupéen qui me disait que les médias nous mentent, que nous avons une histoire, que l’Afrique ce n’est pas sa réduction à la misère.

Il me disait qu’il y a des choses magnifiques en Afrique, qu’il n’y a pas que des guerres ou que des pauvres. Il y a aussi des intellectuels, une classe moyenne qui se développe, etc. Donc je pense que j’ai grandi avec ces deux images qui se confrontaient.

A 18 ans, en faisant mon premier voyage solo en Afrique au Ghana, j’ai décidé d’aller voir qui avait raison. Et c’était mon papa !

Vous avez vu l’Afrique. Et maintenant ?

Cela fait maintenant plus de 20 ans que je voyage dans le monde et 10 ans que je voyage en Afrique. S’il y a une chose dont je me suis rendu compte, c’est qu’il n’y a rien que j’ai vu dans ce monde qui n’existe pas déjà en Afrique. En réalité, c’est un peu normal, puisque l’Afrique est le berçeau de l’humanité.

Des célèbres champs de thé de Bali (Rwanda), aux magnifiques monts que vous retrouverez dans tout la RDC en passant par les sources de d’eaux chaudes, les piscines de sels et des châteaux du Togo et d’Éthiopie ou des plages paradisiaques de Tanzanie et du Mozambique, vous serez émerveillés par ce continent.

La dimension culturelle et historique est incroyable et multiple. Il n’y a pas de tourisme de masse comme en Europe ou en Asie. Dans la plupart des endroits merveilleux du continent, vous serez seuls au monde ! Tout ceci constitue le plus que l’Afrique a par rapport aux autres.

Vos prochains projets

Je suis en train de travailler sur des guides digitaux pour chacun des pays que je visite. Mon objectif est de devenir la plateforme incontournable pour les voyages en Afrique. Aujourd’hui, une personne qui veut voyager partout dans le monde, va automatiquement acheter son guide du Routard.

Demain, je veux que quelqu’un qui a pour projet de voyager en Afrique ait tout de suite l’automatisme de se procurer le guide voyage “Abenafrica” !

Ainsi, aurais-je accompli ma mission dans son entièreté : d’un côté, donner envie de voyager sur le continent, de l’autre, communiquer des informations pratiques, utiles et concrètes pour toutes celles et ceux qui veulent découvrir par quête personnelle ou se ressourcer.

@ADB

ENCADRE

Qui est Sandy Abena ?

Sandy Salyeres, alias Sandy Abena (30 ans) a un parcours classico-normal d’une bonne élève. Baccalauréat scientifique option mathématiques obtenu avec mention.

Suivi d’une classe préparatoire aux Grandes écoles. Elle a intégré ensuite l’École supérieure de commerce de Rennes. Pour finaliser le tout avec un Mastère spécialisé à l’Ecole d’ingénieur de Centrale Paris.

@ADB

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Par Aïssatou Diamanka-Besland

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  • Bravo

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