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Samba Bathily : Enlevez les frontières !

Et quels ont été les projets dans lesquels les pires difficultés ont été rencontrées ? Quel est le scénario-type d’un projet qui n’aboutit pas ?

Le plus souvent, les problèmes les plus difficiles, ce sont des questions d’homme. Vous venez dans un pays, vous avez un interlocuteur qui, dans le système, aime certaines personnes et d’autres pas… Et ceux qu’il aime vont vous faciliter la tâche, et ceux qu’il n’aime pas vont vous rendre la tâche difficile. La plupart des problèmes en Afrique, ce sont des problèmes de personnes. Quand cette difficulté est passée, 70 % du travail est fait !

Les difficultés structurelles inhérentes au continent sont-elles surmontables ?

Tout est surmontable ! Les conflits de personnes, que nous rencontrons dans tous les pays africains, sont hors débat et ne doivent pas bloquer les projets. Au sein d’un groupe d’hommes d’affaires, vous avez des velléités contraires… Nous devons engager des grands projets dans lesquels chacun aura intérêt à jouer, à partager la même philosophie. Et tout le monde va gagner.

L’Initiative AfroChampions a été conçue pour tout le monde. Nous ne parlons pas que pour nous-mêmes. Nous voulons qu’il y ait des champions dans tous les secteurs. Dans chaque pays, des dizaines de Dangote ! Cela permettra demain au continent de faire des investissements massifs. Car il y a de l’argent en Afrique, mais il part ailleurs.

L’argent gagné par les Africains doit être réinvesti en Afrique. C’est un des points fondamental de la Charte AfroChampions. Pourquoi ? Parce que les Africains ne consomment pas leurs propres produits. Par exemple, si nous fabriquions les habits que nous portons, je vous laisse imaginer le nombre de milliards de dollars qui demeureraient sur le continent.

Si tous les Africains portaient – ne serait-ce que trois jours par semaine – des habits fabriqués par des Africains, cela créerait des emplois pour les designers, pour les tailleurs, pour les vendeurs de tissus africains. Je vous donne un autre exemple : on ne se soigne pas en Afrique !

Quand quelqu’un a de l’argent, il va se faire soigner ailleurs. Imaginez le nombre d’hôpitaux que nous pourrions créer en Afrique ! Et même exporter notre expertise à l’extérieur du continent… Les Africains ne vont pas en vacances en Afrique ! Quand quelqu’un a de l’argent, il va ailleurs… si vous additionnez tout cela, tout ce que gagne l’Afrique repart. Il est grand temps que nous en conservions une partie pour développer ce continent.

Quelles sont les spécificités de ce modèle africain qu’AfroChampions appelle de ses voeux ? En quoi ce modèle se distingue-t-il des autres régions du monde ?

Le modèle africain doit être simple. Il doit être d’abord basé sur notre Histoire. Avant, il n’y avait pas de pays : il n’y avait ni Mali, ni Sénégal, etc. Les frontières sont récentes ! Les accords de la ZLEC parlent de free trade agreement… mais le commerce transsaharien a existé, dans le passé, pendant des millénaires ! Les caravanes allaient du nord au sud sans entraves ni barrières douanières…

Pourquoi ne pas revenir à ces valeurs, aujourd’hui ? Enlevez les frontières ! C’est ce que la ZLEC demande. Enlevez ces frontières, pour que chacun puisse voyager et investir librement. Le problème vient de ces questions de nationalités : nous avons été divisés entre Sénégalais, Guinéens, Maliens… alors que cela ne correspond à rien ! Pourquoi rentrer dans ces carcans, qui ont été dessinés, juste pour nous rendre faibles ? Nous devons sortir de cette situation, et revenir à nos valeurs.

Revenir à nos valeurs, cela suppose aussi une révolution culturelle. Parce que nous avons une culture qui est formidable, des valeurs de partage qui ont été oubliées ! Autrefois, dans un même village, l’éducation de l’enfant, c’était tout le monde, ce n’était pas seulement les parents. Aujourd’hui, tout le monde est confiné dans sa maison, dans son petit patelin. L’Afrique avait tout ! Mansa Moussa, Empereur du Mali, du XIVe siècle était l’homme le plus riche du monde. L’Afrique était le continent qui avait le plus de richesses.

Aujourd’hui, nous avons atteint une taille critique : nous sommes 1,3 milliard, et nous serons bientôt 2 milliards. Nous allons dépasser tout le monde ! Si nous conservions cette richesse et si les Africains commerçaient entre eux, si l’argent gagné en Afrique était dépensé en Afrique, et surtout, si une partie de la valeur ajoutée apportée par l’ouverture de l’Afrique aux investisseurs étrangers demeurait sur le continent… C’est tout ce que nous demandons ! Il n’est pas possible de continuer à piller l’Afrique et de laisser perpétrer cette spoliation que nous subissons tous les jours ! Les Africains doivent prendre conscience qu’ils ont une force, qu’ils sont une force. C’est pourquoi ils doivent s’unir.

Dans l’immédiat, quel impact concret attendez-vous des initiatives AfroChampions – Le Club, la Bourse Djondo, le Centre des Recherches, la tournée de sensibilisation ?

J’en reviens à cette idée de synergie qui transcende les frontières. Tous ces projets visent à favoriser dans chaque pays le développement de champions dans les secteurs les plus divers et à les faire se rencontrer. Ainsi, dans le domaine du solaire, si je souhaite développer un projet, je saurai que je peux trouver dans chaque pays un interlocuteur fiable qui me permettra d’accélérer mon développement.

Aujourd’hui, ce n’est pas le cas ?

C’est souvent difficile… Quand vous arrivez dans un pays qui n’est pas le vôtre, les gens vous voient en concurrent plutôt qu’autre chose, alors que nous pourrions être des partenaires ! Car tout le monde profitera de l’intégration régionale. Je possède une expérience, qui s’ajoute à celle des autres.

Mettre ces expertises en synergie ne peut qu’aider tout le monde. Un pays qui n’a pas de valeur ajoutée ne doit pas voir un projet venu de l’extérieur comme un concurrent, mais comme une aide à s’intégrer régionalement. À cet égard, nous pouvons attendre un autre impact d’AfroChampions : nous permettre d’avoir l’oreille des dirigeants.

Pouvoir faire passer des messages, qui vont contribuer au développement du groupe et en même temps du continent. J’ai souvent remarqué que les dirigeants manquent souvent moins de volonté que d’information. Cette information doit mieux circuler entre les dirigeants, les acteurs de la société civile et les opérateurs économiques, qui pourront apporter leur soutien aux projets dans lesquels ils auront compris le bénéfice qu’ils peuvent en tirer.

Le manque d’information est une des raisons pour lesquelles un pays comme le Nigeria n’a pas voulu signer les accords sur la ZLEC. Ils n’en ont pas compris toute la portée, alors que par la taille de leur population et de leur économie, ils seraient ceux qui pourraient en tirer le plus de profit.

Les premiers gagnants seront ceux qui sont déjà, aujourd’hui, en position favorable…

Oui, il y a un manque d’information ! Certains ont même prétendu que c’est Dangote qui a bloqué, mais c’est faux. C’est le plus grand producteur de ciment en Afrique. Si sa production peut être écoulée dans tous les pays, c’est gagnant pour le Nigeria ! 

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