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Salaheddine Mezouar* en appelle aux partenariats grandes entreprises – PME

  • Publiéjuillet 4, 2018

Cela dit, et avec du recul, le texte reste bon, dans la grande majorité de ses dispositions, mais il doit s’adapter à la nature du marché du travail et des contraintes des entreprises. Par exemple, lorsque vous recrutez une personne pour une mission qui doit durer trois ans et à l’issue desquels la raison même d’être de cette mission a disparu, que faites-vous ? Quid encore du contrat d’intérim qui ne peut être renouvelé ?

Toutes ces contraintes poussent les entreprises, soit à ne pas recruter, soit à trouver un moyen de s’accommoder des textes : ce n’est dans l’intérêt de personne. Le Code du travail doit prévoir des contrats de mission et des contrats de chantier, tout comme il doit considérer élargir les durées d’intérim.

C’est ce que nous appelons la flexisécurité du marché du travail et qui est interprétée par nos partenaires sociaux comme une fragilisation des emplois. Or, pensez-vous qu’un chef d’entreprise recrute avec l’idée de licencier ? Non, un chef d’entreprise ne licencie que s’il est contraint et souvent ce n’est qu’en ayant épuisé plusieurs autres solutions.

Ce sont, entre autres, ces éléments que nous discuterons lors du dialogue social, tout comme la nécessité impérieuse de réglementer le droit de grève. Lors du dernier round de ce dialogue, au cours du mois d’avril, la CGEM a proposé une batterie de mesures et elle continuera à le faire. Les syndicats sont nos partenaires et nous aborderons le dialogue social dans un esprit positif. L’entreprise a besoin que ses salariés aient un emploi digne et décent. Les salariés ont besoin que l’entreprise soit viable et compétitive. Partant de ce postulat de base tout est possible.

Le Maroc a connu récemment des protestations sur fonds de désarroi économique et social dans certaines régions, à Jerada, ancienne région charbonnière, à El Hoceima, ville de pêche. On constate un grand déséquilibre entre les régions dynamiques et celles en reconversion ou excentrées qui souffrent. Ces déséquilibres ne sont pas résolus par les plans d’investissement public. Quel est le rôle du secteur privé et de la Confédération patronale dans ces régions ?

Il est de susciter une dynamique d’investissement dans les régions ; c’est l’un des points clés de notre programme. Pour cela nous devons être associés de manière effective dans la gouvernance économique locale des régions et notamment à travers les conseils régionaux d’investissements, les comités régionaux de l’environnement des affaires, et la réalisation des plans de développement régionaux.

Nous sommes présents dans 17 villes du Royaume et nous avons les ressources pour accompagner l’émergence de bassins d’activité et d’emplois locaux. Nous allons également, à l’instar de ce que nous avons engagé en 2015 pour les provinces du Sud (6 milliards de DH d’investissement, 10 000 emplois programmés), lancer des initiatives de mobilisation d’investissements en faveur des régions.

Le Maroc a officiellement demandé à intégrer la Cedeao en février 2017, juste après le retour au sein de l’Union africaine. La CGEM s’active déjà sur le continent pour comprendre certaines réticences exprimées des secteurs privés ouest-africains à l’entrée du Maroc. Comment imaginez-vous votre rôle dans ce dossier ?

Je le suis de très près. Effectivement, la CGEM est déjà mobilisée depuis octobre 2017 dans ce dossier, en partenariat avec le ministère des Affaires étrangères. Nous avons rencontré les patronats de plusieurs pays de la Cedeao et nous nous sommes réunis avec la FOPAO (Fédération des organisations patronales d’Afrique de l’Ouest), il y a quelques semaines, à Niamey au Niger.

Le secteur privé de la Cedeao exprime des réticences et pose des questions. C’est naturel. Notre rôle est de démystifier la question et d’expliquer les impacts de l’adhésion et les échanges fructueux que nous avons eus. L’incompréhension se nourrit de l’absence de dialogue.

Aujourd’hui la question n’est pas de savoir quel sera l’impact du secteur privé marocain sur le reste, mais plutôt comment le secteur privé de la Cedeao, Maroc compris, pourra tirer profit de cette adhésion.

Quelles chaînes de valeurs peuvent être construites ? Qui y produira quoi et pour quel marché ? Il faut raisonner en bloc économique et nos confrères adhèrent à cette démarche. Par exemple, on peut imaginer que dans l’industrie automobile, la Côte d’Ivoire, qui produit du caoutchouc, se greffe à l’écosystème marocain en fournissant des pneus et que le Nigeria, qui a une expérience prouvée, fabrique des pièces détachées. Les exemples sont nombreux et nous pouvons faire de 15+1 non pas 16, mais bien plus. Nous exploiterons les évidentes synergies.

Pourtant, en intégrant la Cedeao, le Maroc devra adopter le Tarif extérieur commun de la Communauté, ce sera une remise en cause des précédentes politiques de libre-échange et des traités signés avec les États-Unis ou l’Union européenne. Y a-t-il un risque que les entrepreneurs marocains perdent des parts de marché dans des zones qui représentent 75 % des exportations ?

Tout cela fera partie des négociations commerciales, dans le cadre du processus d’adhésion. On ne voit que la Cedeao mais on oublie que le Maroc fait également partie de la future Zone de libre-échange continentale africaine.

Écrit par
Olivier

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