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Rester le premier choix

Ce n’est pas un financier, mais un spécialiste du développement de l’agriculture, que présente le Nigeria en la personne de Akinwumi Adesina. Sa vision repose sur la poursuite de la décentralisation et sur le soutien accru aux initiatives privées.

Akinwumi Adesina Ministre de l’Agriculture et du développement rural (Nigeria)

 

Quelle serait la première mesure que vous prendriez, si vous étiez nommé président de la BAD ?

Je ferais en sorte que la BAD soutienne une croissance inclusive afin que la vie du plus grand nombre s’améliore concrètement. Pour cela, l’institution devra se concentrer sur les secteurs à fort impact comme les infrastructures ou l’agriculture. Il sera aussi essentiel de convaincre le secteur privé d’investir davantage sur le continent. C’est la clé pour créer des emplois.

 Quelle est la meilleure raison de voter pour vous ?

J’ai vécu et travaillé dans 15 pays africains, donc je connais très bien le continent. Je suis resté pendant dix ans dans des pays francophones, comme le Mali, le Niger, la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Cameroun. Cette expérience m’a permis de comprendre leurs situations. Je saurai être un pont entre ces pays et l’Afrique anglophone.

La finance n’est pas l’unique compétence nécessaire pour relever les défis importants du continent. Tout au long de ma carrière, j’ai acquis de l’expérience dans le champ beaucoup plus vaste du développement, et en particulier du développement rural.

Au Nigeria, j’ai atteint des millions de personnes grâce à des projets qui avaient de fortes retombées sur leur quotidien. J’ai travaillé au niveau des communautés et c’est ce qui permet d’affirmer que je suis capable de connecter les niveaux macroéconomique et microéconomique, condition essentielle pour parvenir à une croissance inclusive. J’ai grandi dans une zone rurale. Pour moi la pauvreté, ce n’est pas seulement des statistiques. Je l’ai connue. J’ai réussi à m’en sortir et à aller à l’école. Ce parcours ne devrait pas être une exception, il devrait apparaître comme normal. C’est pourquoi j’ai envie de m’impliquer pour créer de l’espoir et donner des opportunités à chacun. Au Nigeria, j’ai aussi été à la tête d’un ministère de plus de 7 000 employés. Je sais comment diriger des équipes dans un organisme complexe. C’est grâce à tous ces niveaux de compétences que je sais que je peux être président de la BAD.

Dans ce milieu très concurrentiel, la BAD n’a pas d’autre choix que de devenir plus fl exible, plus effi cace et plus compétitive par rapport aux concurrents.

Que faut-il changer dans le « logiciel » de la BAD pour que l’Afrique décolle durablement ?

Il faut d’abord s’intéresser à la structure même de la Banque, pour qu’elle puisse répondre à tous ses mandats de manière plus efficace. Elle doit avoir un impact dans les pays, et je veillerai pour cela à ce qu’elle approfondisse le processus de décentralisation. La BAD doit être plus proche de ses clients pour mieux comprendre leurs besoins. Aujourd’hui, les pays africains peuvent s’adresser à plusieurs autres sources de financement. Mais la Banque doit rester leur premier choix, que ce soit en termes d’accès à des financements ou de conseils. Je souhaite améliorer de manière significative l’efficacité opérationnelle de la banque, réduire les délais entre la sélection des projets et leur mise en oeuvre. La BAD doit être plus flexible, avec un personnel encore mieux qualifié et bilingue.

Il faut aussi reconstruire l’intégrité en interne, la transparence et la responsabilité. Je suis d’ailleurs connu pour avoir été un champion de la lutte contre la corruption tout au long de ma carrière ! Au Nigeria, en trois mois, j’ai aidé à mettre fin à une corruption qui avait duré 40 ans dans le gouvernement, et je veux faire de la BAD la banque africaine de l’intégrité.

 Avez-vous un exemple concret où la BAD a fait ce que les autres banques n’ont pas fait et répondu ainsi aux besoins spécifiques de l’Afrique ?

La BAD a beaucoup fait pour les infrastructures sur le continent. Il faut environ 93 milliards $ par an pour combler le déficit de financement des infrastructures en Afrique. C’est un chiffre conséquent. La BAD a permis d’attirer les financements dans ce secteur, notamment en créant l’initiative Africa 50, c’est une chose dont nous devons être fiers. Elle a beaucoup oeuvré dans le secteur de l’électricité et soutenu les énergies renouvelables tout en favorisant l’intégration régionale. L’énergie produite à Victoria Falls est aujourd’hui transmise au Zimbabwe, en Namibie, au Botswana.

 L’Afrique va voir émerger des dizaines de nouveaux milliardaires ces prochaines années. Faut-il une taxe spéciale milliardaire pour financer le développement du continent ?

La Banque n’a pas pour mandat d’intervenir dans les politiques fiscales. Elles relèvent de l’autorité des pays. Je pense toutefois qu’ils doivent lever plus de ressources et améliorer leur manière de gérer les recettes fiscales. Dans le même temps, il ne faut pas décourager le secteur privé, qui est fondamental pour le développement de l’Afrique. Je veux amener la Banque à se concentrer beaucoup plus sur le marché intérieur des capitaux, que ce soit au travers des marchés d’actions, des fonds de pension, ou encore des fonds souverains. Ces derniers représentent 158 milliards $. Ils pourraient utilement être investis dans des infrastructures. Il y a beaucoup d’argent sur le continent. La banque doit trouver les instruments pour le mobiliser.

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