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Rémy Rioux (AFD) : « A l’heure du tout Afrique »

Des voix s’élèvent pour mettre en cause le principe de l’Aide au développement. Laquelle enfermerait les pays dans une logique les empêchant de se prendre en charge ou de suivre un schéma de développement en adéquation avec leur vocation. Cet outil est-il toujours pertinent ?

Je vais sur le terrain très régulièrement. Pour visiter nos projets, aller à la rencontre de nos partenaires. Aussi bien les chefs d’État et les ministres, que les maires, les entrepreneurs, les paysans, les jeunes qui innovent. Eh bien oui, le monde change, il est en mouvement et c’est une excellente chose ! Si la réduction de la pauvreté demeure une priorité, beaucoup de pays et de territoires se sont enrichis. Et puis, nous avons clairement conscience désormais des « biens communs » à l’ensemble de l’humanité qu’il nous faut impérativement préserver : le climat, la santé, la biodiversité, la stabilité financière, etc.

Cela ne veut pas dire que la politique de développement, notre capacité d’action collective dans la mondialisation, n’a plus de pertinence. Elle reste essentielle, même s’il faut certainement la redéfinir et la transformer, comme s’y emploie Emmanuel Macron.

Elle est désormais au service des Objectifs de développement durable dont la logique puissante est en train de se déployer. Tous les pays du monde ont désormais le même agenda, constitué des 17 ODD. Cela veut dire que nous sommes tous des pays en développement, des pays en transition, à partir de points de départ très différents bien entendu. Et nous devons tous converger vers des sociétés à développement humain élevé et à faible empreinte écologique. Et le faire vite !

Et puis, la politique de développement, c’est une politique qui doit marcher dans les deux sens. Une politique de l’amitié et de l’échange. Nous sommes tous voisins et nous devons échanger sur nos expériences pour nous réinventer et nous mettre collectivement sur des trajectoires de développement durable, moins émissives en CO2, moins inégalitaires, plus inclusives et résilientes.

Pour aller dans cette direction inédite et ambitieuse, je préfère parler de solidarité et de coopération plutôt que d’aide. Et parler du Sud, à mesure que l’équilibre du monde se déplace, plutôt que, de façon trop simple et un peu condescendante, des « pays en développement ». Les pays émergents et en développe­ment représentent déjà 60 % du PIB mondial. L’investissement est plus fort au Sud qu’au Nord. La part de l’investissement dans le PIB est la même dans la zone euro qu’en Afrique subsaharienne, dont on dit pourtant qu’elle traverse une crise. La politique de développement doit se transformer pour répondre à la transformation du monde.

Le président Emmanuel Macron dit qu’il n’y a pas de « politique africaine ». Mais, qu’il le veuille ou non, l’Afrique est liée à la France. Comment interprétez-vous la position présidentielle en la matière ?

J’ai eu l’honneur d’accompagner le président de la République à Ouagadougou, en novembre 2017. Il a parlé sans filtre à la jeunesse et elle l’a écouté, dans un moment de grande intensité. « Lorsque je vous parle de vous, je vous parle aussi de moi », leur a-t-il expliqué.

Je veux que la voix des banques de développement soit mieux entendue dans les débats internationaux sur le financement du développement.

Sans donner de leçons car « je suis comme vous, d’une génération qui n’a jamais connu l’Afrique comme un continent colonisé », parce que le rôle de l’Afrique sera central pour notre siècle et qu’il « s’y jouera une partie du basculement du monde ». Il a exposé une vision « Tout Afrique », pour faire tomber « ces barrières qu’on a longtemps mises dans nos représentations, dans nos lectures, dans nos analyses. Ce ne sont plus les barrières de l’Afrique d’aujourd’hui. Elles ne viennent que plaquer en quelque sorte un passé qui doit passer, des représentations qui ont été, des constructions qui doivent évoluer. »

C’est en cela qu’il n’y a plus de politique africaine de la France. À nous, à l’AFD, de transformer cette vision en action pour convaincre la jeunesse africaine que nous la considérons et que nous souhaitons contribuer à apporter des solutions aux problèmes auxquels elle fait face.

Abordons les sujets qui fâchent en Afrique : mal-gouvernance, patrimonialisation, pillage, etc. Comment faites-vous pour cheminer entre toutes ces contraintes ? La France ne saurait rester inerte face à cette situation.

Évidemment. C’est un risque sérieux face auquel les banques de développement ont mis en place des procédures strictes. L’AFD a toute la rigueur d’une institution financière, supervisée par la Banque de France et appliquant les meilleures normes en matière de lutte contre la corruption ou le blanchiment d’argent. Notre action dans le domaine de la gouvernance connaît également une croissance rapide, avec plus d’un milliard d’euros d’engagements en 2017. Et puis, nous mettons fortement l’accent sur l’évaluation de nos projets pour montrer aux populations du Sud que nous servons et à nos concitoyens que leur engagement a permis la réalisation de projets et la mise en oeuvre de politiques publiques qui ont changé la réalité.

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