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Réduire le coût des transferts

Les organisations internationales souhaitent réduire le coût des transferts, problème particulièrement aigu pour le continent, le plus cher pour ce type d’opérations financières.

Le coût moyen du transfert d’argent vers l’Afrique est le plus élevé au monde. L’enjeu pour les organisations inter-nationales (BAD, Banque mondiale, etc.) est de bancariser ces flux entrants en Afrique afi n qu’ils contribuent à l’économie. L’objectif, plus ou moins clairement affi ché, est de formaliser ces montants considérables en provenance des pays de l’OCDE dès leur arrivée sur le continent, alors que les transferts alimentent encore pour une grande partie le secteur informel. Selon la Banque mondiale, le continent a reçu 66,5 milliards $ de transferts d’argent des migrants en 2014, soit 11 % des 583 milliards $ à l’échelle mondiale.

Globalement, il s’agit de ressources importantes, inférieures aux investis-sements directs étrangers (750 milliards $) mais équivalents à la dette du secteur privé et supérieurs à l’aide publique au développement, laquelle n’augmente pas (un peu plus de 100 milliards $ en 2014). L’enjeu est important pour le continent africain. Selon Hans Timmer, directeur du Groupe des perspectives de développement à la Banque mondiale, « malgré l’impact de la crise économique mondiale sur les flux de capitaux privés, les flux d’envois de fonds vers les pays en développement demeurent robustes ».

Les préoccupations africaines rejoignent celles des opérateurs et banques internationales qui travaillent à développer des offres de transfert PtoP et PtoC au travers des nouveaux canaux de distribution digitaux.

Dans le trio de tête des pays destinataires, le Nigeria (21 milliards $, 31,4 % des flux de migrants entrants sur le continent), suivi de l’Égypte (19,6 milliards $, 29,5 %) et du Maroc (6,9 milliards $, 10,5 %). Le Yémen a reçu 3,4 milliards $ la même année, la Tunisie 2,3 milliards $, l’Algérie 2 milliards $, le Sénégal 1,6 milliard $, le Kenya 1,5 milliard $, l’Afrique du Sud et l’Ouganda 1 milliard $ chacun, le Mali 900 millions $. Pour les 41 pays africains pour lesquels la Banque mondiale a des données, les transferts d’argent des migrants contribuent à hauteur de 4,2 % au PIB (20 % pour le Liberia ou la Gambie). Du point de vue du pays expéditeur, les flux au départ de la France représentaient 13,4 milliards $ en 2013, contre 4,4 milliards$ en 2003.

Un tiers est dirigé vers le Maghreb. On estime qu’en parallèle 15 milliards $ circulent de façon informelle au départ de la France. Pourtant, confie Doula Mokao, commerçant touareg de Foudouk au Niger, un transfert reste cher et sous forme d’espèces dès que l’on n’est pas en ville : « J’utilise MoneyGram principalement et Ria pour envoyer des fonds à ma famille lors de mon voyage en France tous les ans. Que je dépose des espèces au guichet en France ou que j’envoie par Internet, il faut de toute façon aller en ville au guichet pour récupérer les fonds au Niger».

Ce qui a un coût, puisqu’il faut parcourir 117 km pour aller à Agadez recouvrer la somme. Dans les États de la Zone franc, à faible niveau de bancarisation, l’essentiel des opérations de transfert prend la forme de transferts instantanés dont l’exécution intervient selon les pays, soit dans des guichets propres aux sociétés de transfert d’argent, soit par l’intermédiaire d’agents et sous-agents (banques commerciales, institutions de microfinance et agences postales).

Au Maroc, ils représentaient en 2012 encore 32 % des montants transférés. Les transferts bancaires moins rapides prenant un jour ou plus demeurent marginaux d’autant que le coût de l’interface SWIFT reste souvent supérieur à celui du transfert rapide offert par les opérateurs. Les mandats postaux semblent avoir partout disparu. 

Les organisations internationales veillent

Le G20 développement a invité les différents pays à produire un plan d’action visant à réduire le coût des transferts d’argent. La moyenne mondiale fait état d’un coût du transfert de 7,5 %, alors que le Trésor français et l’AFD l’ont évalué à 7,2 % pour la France. Un coût de 5 % à horizon 2015 fixé par la Banque mondiale dans le cadre des Objectifs du millénaire n’est clairement pas atteint. Les 17 Objectifs de développement durable (ODD, qui prennent pour la période 2015-2030 le relais des Objectifs du millénaire OMD, adoptés en 2000) discutés en juillet 2015 à Addis Abeba, veulent porter ce coût en 2030 à 3 % en moyenne mondiale, et 5 % maximum par couloir, c’est-à-dire entre deux pays. 

Selon les derniers chiffres de la base de données Send Money Africa de la Banque mondiale, les Africains déboursent plus que n’importe quel autre groupe de migrants pour envoyer de l’argent chez eux. L’Afrique subsaharienne est la destination la plus coûteuse du monde en la matière : les frais moyens de transfert depuis l’étranger de 200 $ sont de 11,5 % fin 2014 (contre 12,4 % en 2012).

Selon la base de données Remittance Prices Worldwide, le coût moyen de transfert mondial de 200 $ a légèrement diminué à 7,7 % au 1er trimestre 2015, contre 8 % au dernier trimestre 2014. Le coût moyen mondial de transfert via les opérateurs de transfert d’argent a diminué à 8 % au 1er trimestre 2015 (8,2 % fin 2014). Fin 2014, le transfert d’argent vers Singapour ou les Émirats arabes unis était le moins cher, quand il dépasse 8 % vers l’Asie de l’Est, le Pacifique et la région MENA. Les transferts d’argent vers l’Asie du Sud bénéficient des tarifs les plus faibles au monde (6 %). 

Le fait de ramener le coût des transferts d’argent à 5 % du montant transféré restituerait 4 milliards $ aux migrants africains et à leurs familles. « Le coût élevé des transactions réduit le montant des envois de fonds, qui constituent un moyen de subsistance pour des millions d’Africains », selon Gaiv Tata, directeur du département des pratiques mondiales en matière d’inclusion et d’infrastructure financière à la Banque mondiale. « Les envois de fonds aident beaucoup les ménages à faire face aux besoins immédiats et à investir dans l’avenir : la réduction des frais de transfert aura donc un effet notable sur la pauvreté».

Consacrés essentiellement aux dépenses d’éducation, de santé, de consommation courante, les transferts d’argent des migrants jouent un rôle essentiel dans la réduction de la pauvreté et sont un enjeu majeur du financement du développement, aux côtés de l’aide publique au développement mondiale. Selon l’AFD, il s’agit souvent de petites sommes transférées de façon régulière (200 à 300 euros en moyenne). David Boucher, président de Paytop, confirme : « Dans notre activité transfert d’argent, on retrouve une population plutôt étrangère et assez jeune. On le constate dans les paniers moyens : en ce qui concerne les transferts, ils sont de 250 euros, alors que sur le change, nous sommes dans une fourchette comprise entre 600 et 650 euros. » 

Malgré l’impact de la crise économique mondiale sur les flux de capitaux privés, les fl ux d’envois de fonds vers les pays en développement demeurent robustes.

Pour Massimo Cirasino, de la Banque mondiale, « il est possible de mettre en oeuvre des mesures concrètes pour abaisser le coût des transactions en procédant à des réformes d’ensemble portant sur les points suivants : la transparence, la concurrence, la suppression des obstacles juridiques, l’amélioration de l’infrastructure des systèmes de paiement, et l’amélioration de la gouvernance et de la gestion des risques pour les prestataires de services d’envoi de fonds. La réduction des coûts n’entraînera pas forcément une compression des bénéfi ces pour ces derniers, car le coût des services dépend souvent de facteurs extérieurs. En revanche, une baisse des coûts entraînera une intensification des transactions de la part des travailleurs expatriés, et, partant, une augmentation du volume à traiter par les prestataires de services ».

L’aide de la technologie

À l’heure actuelle, selon Send Money Africa, ce sont les banques qui pratiquent les tarifs les plus élevés parmi tous les prestataires de services d’envoi de fonds. Elles sont en outre souvent le seul circuit fi nancier auquel les migrants africains ont accès. Pour la Banque mondiale, « les améliorations technologiques contribuent à réduire les coûts. En particulier, les coûts de transfert de fonds dans la région d’Asie du Sud sont susceptibles de diminuer davantage au fur et à mesure que les sociétés de transfert de fonds et opérateurs de monnaie mobile collaborent avec les banques de la région pour fournir des services de transfert instantané d’argent (par exemple, en Inde et au Pakistan). Des entreprises similaires voient également le jour en Afrique. Par exemple, au Zimbabwe, une société de cartes de crédit propose des services de transfert de fonds aux possesseurs de comptes d’une banque donnée ». La digitalisation des transferts d’argent domestiques vers les zones rurales a permis d’en réduire le coût de 20 % au Cameroun.

En février 2015, Paytop revendiquait 50 000 comptes pour sa carte Master-Card multidevises prépayée et rechargeable en ligne, 18 mois après son lancement. L’innovation réside dans l’absence de frais bancaires lors des opérations de retrait, de transfert d’argent et de paiement à l’étranger. Outre les cartes multidevises, Paytop propose le transfert d’argent, l’achat de devises livrées à domicile et le transfert de crédits de communication (Airtime). Son président, David Boucher, a bien d’autres projets en tête : « Au niveau international, de nouvelles pratiques se font jour. De nombreux pays émergents sont à la recherche de nouvelles formes de transfert. En Afrique, par exemple, vient de voir le jour un nouveau projet qui permettrait d’acheter de l’électricité pour réaliser localement des règlements de consommation électrique. Tout cela alimente notre réflexion. » L’opérateur africain de transfert d’argent Money Express s’est allié à KCS Transfer pour étendre son réseau en émission ; la valeur ajoutée de KCS repose sur son utilisation des DAB en émission et en retrait : dès lors que le DAB est paramétré, ce qui suppose l’accord de la banque, le client peut débiter sa carte pour transférer l’argent vers le bénéfi ciaire. Le service est également accessible en émission depuis Internet (acquisition carte).

La Banque mondiale expérimente en France et en Italie une application mobile (Pick Remit) qui indique localement où eff ectuer le trans- fert d’argent à moindre coût en fonction du pays expéditeur et destinataire. Suite à une décision du Comité interministériel pour la coopération internationale et le développement (Cicid) du 18 juin 2006, l’AFD a constitué, en novembre 2007, l’Observatoire des coûts d’envoi d’argent à l’étranger via un site Internet envoidargent.fr, dont le principal objectif est d’« encourager la transparence des coûts et une meilleure connaissance des modalités de transfert ». La jeune société Afrimarket propose aux migrants une autre façon d’aider leur famille restée au pays en achetant des biens – Cash to Goods – au lieu de Cash to Cash –, ce qui présente un double avantage : diminuer de 12,5 % à 5 %, en moyenne, la commission payée par le client et lui donner l’occasion de contrôler la destination de son versement.

Une activité rentable pour les opérateurs

Selon le GSMA, Western Union et Bics’s HomeSend étaient, en 2013, les deux princi-paux hubs au niveau mondial, connectant 70 % des solutions mobiles supportant les transferts d’argent internationaux. Selon le rapport d’Épargne sans frontières de 2012, « partout, les marges bénéficiaires restent appréciables. Ce contexte semble favoriser la stabilisation et non la baisse des coûts des transferts et justifie d’autant plus une action des États aux plans national, bilatéral et multilatéral pour réduire ces coûts, en se basant sur les conclusions et recommandations du Sommet du G20 à Cannes de novembre 2011 ». 

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Written by African Banker

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