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Rain Forest Management: le pari

La société forestière gabonaise Rain Forest Management est la première, en Afrique, à s’être lancée dans la construction de meubles et d’ouvrages en bois. Si cette stratégie semble prometteuse, elle tarde encore à porter ses fruits.

En dépit des obstacles, d’une taille modeste à l’échelle de l’Afrique, les ambitions du gabonais Rain Forest Management restent intactes : être à la fois producteur de bois, transformateur du produit brut, et fournisseur de maisons en bois et autres produits finis.

« Pour les produits de 2e transformation, nos ambitions sont internationales. Notre production actuelle est exclusivement écoulée en Asie, en Europe et au Moyen-Orient. Notre petite taille n’est en rien un obstacle aux objectifs que nous nous sommes fixés », explique René Mboungana Guibouanga, directeur administratif et des ressources humaines de l’entreprise La 2e transformation qui correspond au tranchage, au séchage et au rabotage, constitue, pour le moment, la principale source de revenus de RFM qui a enregistré, au cours de ces dernières années, des chiffres encourageants et en constante croissance : 5,6 milliards de chiffre d’affaires en 2012, contre 3,7 milliards de F.CFA en 2011. Pour le marché local, l’entreprise se consacre à l’ébénisterie et espère, d’ici quelques années, couvrir tout le Gabon, et à terme, la sous-région. « Nous avons choisi l’ébénisterie car au Gabon, il s’agit d’une activité essentiellement artisanale. Nous sommes ainsi les premiers à proposer des produits industrialisés. »

ENCADRE

Un choix politique maintenu  Située en plein cœur de la forêt équatoriale, dans la province de l’Ogooué Ivindo, l’usine de transformation de Rain Forest Management semble ordinaire. Pourtant, elle est la matérialisation d’une ambition parfois jugée démesurée par bon nombre d’observateurs, mais chère au président gabonais. On se souvient que quelques mois seulement après son investiture, en 2009, Ali Bongo Ondimba avait décidé d’interdire l’exportation de bois qui n’avait pas fait l’objet d’une transformation préalable sur le sol gabonais. Malgré une biodiversité riche et dense regorgeant de centaines d’essences de bois originales, le Gabon se contentait jusqu’en 2009, d’exporter son bois uniquement sous forme de grumes. En adoptant cette mesure, l’objectif du président gabonais était alors, non seulement de dynamiser l’industrialisation du pays en contraignant les acteurs du secteur à se lancer dans la création d’usines de transformation, mais aussi et surtout de valoriser le bois qui se vendrait plus cher, transformé que brut. Ainsi est née RFM, à partir de capitaux malaisiens, réunis dès 2008. Après le secteur pétrolier, le bois est le deuxième contributeur aux exportations du pays en termes de recettes, et constitue la voie idéale permettant à l’État de diversifier l’économie, encore trop dépendante des recettes pétrolières ; le secteur pétrolier représente à lui seul 60 % des recettes fiscales et 50 % du PIB. Pour faire du secteur bois le pilier de l’industrialisation, des réformes encourageant la transformation locale devaient être décidées. En février 2010, le Gabon se dote d’un Fonds national forestier, et un an plus tard, d’un Bureau Industrie Bois (BIB) — fruit d’une convention entre l’État et l’ambassade de France au Gabon. Les acteurs sont censés participer à la restructuration de la filière, par des mesures fiscales incitatives, l’accompagnement des PME et des petits permis forestiers, une assistance technique, la réforme du Code forestier, le développement durable et une politique de reboisement. Tout est fait pour rendre effective la mise en oeuvre du processus d’industrialisation de la filière. Restait désormais aux entreprises de se lancer. 

Continuité de la stratégie 

La première à s’être arrimée à cette nouvelle vision était bien sûr la Société nationale des Bois du Gabon (SNBG), propriété de l’État gabonais. Noyau du « Gabon vert », un des trois piliers du Plan stratégique Gabon émergent engagé par le Président, la SNBG a entrepris de construire, depuis 2010, trois usines de transformation de bois, et de sécuriser son approvisionnement en grumes grâce à l’achat de nouveaux permis forestiers. Mais la major du secteur, désormais spécialisée dans les activités de sciage, de séchage et de déroulage du bois, ne se limite pour le moment, qu’à une transformation de 2e niveau et exporte des planchettes, des chevrons, des lattes, ainsi que des placages de bois, entre autres. « La décision du président de la République d’encourager la transformation locale de nos matières premières, notamment dans le secteur bois, est en parfaite adéquation avec nos ambitions dès la création de Rain Forest Management en 2008. En effet, nous n’avons jamais été dans une vision d’exportation de grumes. Aujourd’hui, alors que d’autres ont dû revoir leur stratégie et l’orientation de leurs activités, nous, nous sommes dans la continuité », explique René Mboungana Guibouanga, directeur administratif et des ressources humaines de l’entreprise. Une stratégie qui fait aujourd’hui de cette entreprise de 723 salariés, une pionnière du 3e niveau de transformation du bois au Gabon.

Avec une capacité de production de 300 portes et fenêtres par jour, Rain Forest Management propose au marché gabonais plus de 50 modèles allant de 65 000 F.CFA pour les produits destinés aux revenus modestes, à 250 000 F.CFA pour les modèles de luxe. « Nous pratiquons les prix du marché. Et pour certains modèles, nous sommes en dessous des prix pratiqués par les artisans, alors que mes produits sont mieux traités. » En effet, selon René Mboungana Guibouanga, RFM ferait la différence grâce à sa technique de séchage du bois avant traitement, qui rendrait ses produits plus solides et durables. « Pendant la 2e phase de transformation, nous faisons passer des tests d’humidité à notre bois pour nous assurer de sa bonne qualité. Ensuite, nous procédons à sa transformation en produits finis. Grâce à cette technique, nous sommes en mesure de proposer à notre clientèle des produits de très grande qualité et appelés à durer des dizaines d’années. » Outre la fabrication des portes et fenêtres, RFM s’est également lancée dans la construction de maisons écologiques 100 % en bois.

 Valoriser le bois gabonais

Non sans fierté, René Mboungana Guibouanga, en faisant visiter une des maisons témoins, relate : « Nos chalets sont construits principalement avec du padouk, du muvingi ou encore du bilinga, des essences connues pour leur solidité et leur résistance à l’humidité. Notre objectif est de proposer aux Gabonais de nouvelles habitudes de consommation à travers l’utilisation de matériaux écologiques. Nous souhaitons également valoriser nos essences locales grâce à ces habitations faites en bois 100 % gabonais, du parquet au plafond.»

Malgré une forêt qui couvre plus de 80 % de son territoire et qui dispose de plusieurs centaines d’essences de bois, les constructions en bois ne font pas partie des habitudes de consommation des populations qui privilégient des matériaux tels que le béton, plus durables, mais également plus chers.

« Une maison de trois chambres avec 150 m2 habitables, coûterait 30 millions de F.CFA si elle était construite avec du ciment. La même maison en bois reviendrait beaucoup moins chère. Et l’idée selon laquelle les habitations en bois ne seraient pas durables est fausse. Nous proposons par exemple des logements en bois dont la durée de vie est estimée à 50 ans. » L’ambition de RFM est claire : « Nous souhaitons changer les habitudes de consommation des Gabonais et les amener à consommer écologique et responsable. »

Cet ambitieux pari est retardé par des obstacles pas toujours aisés à surmonter. « À l’heure actuelle, nous ne sommes pas en mesure d’utiliser pleinement notre capacité de production car nous avons seulement 54 000 hectares de forêt exploitable, RFM dispose d’une capacité de production de 150 000 m3 par an, et ne parvient pas à fonctionner 12 mois sur 12 », explique René Mboungana Guibouanga.

Une filière bois à revoir

« Par rapport à notre capacité de production, 54 000 hectares de forêt, c’est logiquement trois ans d’exploitation. Et étant soumis aux règles de l’exploitation sous aménagement, notre usine, à plein-temps, ne fonctionne que six mois dans l’année. »

Pour éviter de mettre au chômage les 486 salariés que l’usine emploie, RFM est contraint de n’utiliser que 70 % de ses équipements, soit huit machines sur douze. Une organisation qui lui permet d’étaler ses activités sur huit mois dans l’année. « Jusqu’à présent, nous avions bénéficié du coup de pouce d’Olam dont nous transformions le bois. Mais Olam Bois ayant fermé, nous aurions besoin, au bas mot, de 50 000 hectares de plus pour pouvoir atteindre tous nos objectifs. Avec 100 000 hectares, nous pourrions procéder sans problème à l’aménagement forestier et tenir au moins une dizaine d’années. » Outre cet appel lancé en direction du ministère en charge de la Forêt pour l’obtention d’un permis d’exploitation de plus grande importance, le cas RFM a également permis de toucher du doigt un autre problème : l’absence de partenariats entre tous les acteurs du développement du pays.

« Au moment où l’État a officiellement lancé, par le biais de la SNLS (Société nationale du logement social), les chantiers des logements sociaux au Gabon, nous nous attendions à être sollicités pour la fourniture en portes et fenêtres. Malheureusement, il n’en a rien été. Les premiers lots sont en passe d’être livrés et nous n’avons pas été associés à cet ambitieux projet. » Un important marché qui, s’il lui avait été attribué, aurait donné un coup d’accélérateur à l’activité d’ébénisterie de l’entreprise. « L’État gagnerait à associer tous les acteurs du projet d’industrialisation du pays aux chantiers d’envergure dont il est l’instigateur. Car le plus dur pour des entreprises telles que la nôtre est d’accéder à des marchés pouvant nous permettre de maintenir notre activité et préserver l’emploi des Gabonais. »

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