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Profiter des richesses de l’Afrique

Des richesses. Créé sous l’égide de la BAD, le nouveau Centre de gestion des ressources naturelles veut aider les pays africains à maximiser toutes les richesses du sous-sol, de la terre et de la mer.

Créé en 2013 au sein de la BAD (Banque africaine de développement), le Centre africain des ressources natu- relles (CARN) veut aider l’Afrique à mieux tirer parti de ses richesses naturelles. Ce Centre est très novateur dans sa concep-tion comme dans son fonctionnement. Sa directrice, la Botswanaise Sheila Khama, vient du secteur privé minier ; elle rappelle que les interventions de CARN portent sur l’ensemble des ressources « durables » et « non durables », comme l’eau, les forêts, les pêcheries, la terre, le pétrole, le gaz et les minerais. C’est-à-dire la quasi-totalité des immenses richesses naturelles dont regorge le continent et qui, à ce jour, sont peu ou mal exploitées.

Sheila Khama, directrice du CARN

« La vocation du Centre est de conseiller les gouvernements ainsi que les instances régionales ou sous-régionales sur une meilleure gestion, en amont, de ces ressources. Notre but est de les aider à relever les défis d’ordre straté-gique, juridique et ceux résultant du manque de capacités institutionnelles quant à leur conservation ou bien de les aider à mieux saisir les opportunités qu’offre leur exploitation. » Hormis quelques grandes compagnies minières, pétrolières, gazières ou bien agroa-limentaires, rares sont les études à grande échelle menées sur les richesses naturelles du continent. D’où le nécessaire cautionne-ment de l’institution panafricaine sur une matière aussi sensible… Très vite, le besoin s’est fait sentir de renforcer le conseil aux pays membres régionaux sur ces ressources jugées « cruciales pour le décollage économique des États africains » grâce à davantage de sensibilisation, d’assistance technique et de production de savoir. À aucun moment, toutefois, il n’a été envisagé de confier à Sheila Khama l’élaboration d’une stratégie globale relative à l’ensemble des ressources naturelles de l’Afrique. Le document de stratégie 2015-2020 du CARN, mis en ligne en juin 2015 par la BAD, lève d’ailleurs toute équivoque à ce sujet : « La présente stratégie vise plutôt à opérationnaliser le Centre en mettant ses activités dans le contexte de la stratégie décennale de la Banque et des stratégies sectorielles pertinentes déjà adoptées par la BAD. Le but est de compléter et de collaborer avec les départements de la Banque et les initiatives régionales telles que celles de l’Union africaine. » On comprend mieux, devant l’ampleur de la tâche, qu’il ait fallu du temps au CARN pour démarrer ses activités. Même si le maintien de ce lien ombilical avec la BAD permet au Centre de mobiliser l’expertise et les ressources humaines internes à la Banque et de mettre en oeuvre une grande variété de programmes, en collaboration avec les dépar-tements concernés au sein de l’institution. Cette complexité se retrouve, également, au niveau des sources de financement : en plus des contributions de la BAD, le CARN peut percevoir des rétributions pour ses activités de conseil et a la possibilité de nouer des partenariats. La création d’un « fonds fiduciaire multi-donneurs » a également été prévue.

Richesses naturelles

Ce fonds, placé sous la supervision d’un conseil de gouvernance, tarde pour l’instant à se constituer. Son but est de financer des programmes comme l’Initiative sur les politiques foncières ou la Vision minière africaine en ligne avec la stratégie décennale de la BAD, sans toutefois jamais accorder de prêts, ce qui reste l’apanage de la Banque. Pour Thomas Viot, expert en ressources extractives au CARN, les richesses naturelles de l’Afrique représentent une grande opportunité économique pour les populations. À condition, bien sûr, d’être exploitées au service du plus grand nombre et avec circonspection ! « En 2012, les ressources naturelles représentaient 77 % des exportations et 42 % des revenus des États, note-t-il. Aujourd’hui, près de 20 millions d’Africains sont employés dans le secteur des pêches qui génère, chaque année, 24 milliards $ de chiffre d’affaires et 90 millions de personnes dépendent quotidiennement de ce secteur pour leur survie. » Le continent héberge, également, « la deuxième plus grande forêt tropicale au monde » après l’Amazonie. Plus de 70 % de la popula- tion d’Afrique subsaharienne dépendent ainsi, directement, des forêts pour leur subsistance. En Afrique, l’étendue des terres est vaste et encore peu exploitée, car la terre revêt une valeur économique, sociale, culturelle et onto-logique. Elle définit l’identité sociale, l’organi- sation des rites religieux, la culture, le genre, l’ethnicité et la nationalité. « La terre est le bras économique et spirituel du continent », affirme-t-il. En ce qui concerne les ressources hydrau-liques, le bilan est plus contrasté. « L’Afrique reçoit les plus importantes pluviométries annuelles comme au coeur du bassin forestier du Congo. Mais elle est, aussi, le deuxième conti- nent le plus aride de la planète », explique-t-il. Un paradoxe qui risque encore de s’accroître avec les dérèglements climatiques actuels.

Optimiser le développement

Quant aux ressources extractives (mine-rais, pétrole et gaz), elles constituent déjà une manne financière pour les États, mais l’espoir réside dans le fait que la plus grande partie reste encore à découvrir. « En 2012, le secteur des mines et hydrocarbures représentait 28 % du PIB du continent, précise Thomas Viot. Mais l’Afrique possède environ 30 % des réserves mondiales de minerais, presque 10 % pour le pétrole et 8 % pour le gaz avec, jusqu’à présent un faible niveau d’exploration. Ce qui veut dire que les potentiels sont énormes. » Il note, par ailleurs, que la mise en exploitation de ces ressources représente, aujourd’hui « les plus gros investissements réalisés sur le continent ». Le rôle du CARN est, donc, d’aider « à opti- miser le développement économique par l’inté- gration aux économies locales, par le développe-ment d’infrastructures transfrontalières, par la gestion des revenus et par la conception et la mise en oeuvre de politiques adaptées », précise-t-il.

Information ciblée

De son côté, Sheila Khama considère que les États africains étant les premiers clients du Centre, le savoir généré sur tous les sujets touchant à la préservation et à l’exploitation des ressources naturelles leur est d’abord destiné. Même s’il est important que les orga-nisations de la société civile et les opérateurs économiques soient de plus en plus asso-ciés. « L’arrivée d’un nouveau président à la tête de la BAD nous conforte encore plus dans notre détermination à rechercher des solutions communes à beaucoup de problèmes communs à nombre de pays africains en matière de gestion de leurs ressources naturelles », explique-t-elle. Car la vraie valeur ajoutée du CARN, à son sens, c’est justement de « pouvoir travailler en bonne intelligence avec toutes les autorités nationales, régionales et continentales sur de l’information ciblée ». Elle en veut pour preuve la grande étude sur la pêche illégale en Afrique de l’Ouest sur laquelle le CARN a choisi de travailler, en priorité, compte tenu de l’importance de ce secteur pour nourrir des dizaines de millions de bouches africaines. « De précédentes études ont montré l’impact négatif sur la ressource halieutique des prises industrielles chinoises au large des côtes ouest- africaines. Les pêcheurs européens ne sont, d’ailleurs, pas non plus en reste, affirme-t-elle. Nous avons préféré nous focaliser sur les politiques et les législations des États pour arrêter, poursuivre et juger les fraudeurs. Nous avons, aussi, travaillé en partenariat avec la Cedeao, afin que la lutte contre cette pêche illégale puisse être menée à un niveau régional. » La préservation de la ressource forestière relève « de la même logique ». Le but étant de mettre en place des politiques suffisamment dissuasives « pour faire cesser les coupes illégales qui représentent une sérieuse spoliation pour les populations », poursuit-elle.

Quant à l’eau et la terre, « il s’agit de réconcilier les nécessités d’une exploitation qui soit rentable avec celle de la conservation de la ressource pour les prochaines générations ». A-t-on obtenu des résultats ? « Ce n’est pas notre rôle de nous substituer aux gouvernements. Juste d’apporter des éléments d’appréciation ou des preuves leur montrant pourquoi il est toujours mieux de défendre les intérêts de leurs concitoyens. Et je ne crois pas que les gouvernements soient a priori corrompus ou bien qu’ils cachent sciemment des informations. Souvent, ils ne prennent pas les bonnes décisions parce qu’ils n’ont pas les capacités de conduire des études préalables ! »

Ainsi, en matière de ressources extractives, la patronne du CARN estime qu’il est très important de décupler les capacités de négociations des gouvernements en les incitant à toujours plus de transparence. « Nous sommes intervenus dans la négociation du contrat entre Rio Tinto et le gouvernement de Guinée, l’un des plus importants jamais conclus dans le monde, pour qu’un seul pôle de négociation soit mis en place. En Tanzanie, nous intervenons également dans un énorme projet gazier offshore dans un souci de transparence… Comme nous l’avons fait au Botswana en faveur d’une réforme foncière qui permette de clarifier la propriété des terres. » Aujourd’hui encore, cet épisode est cité comme l’un des meilleurs exemples d’une intervention du CARN « combinant une gestion responsable avec une grande efficacité opérationnelle sur le terrain », souligne-t-elle.

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Written by christine

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