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Portrait : Mossadeck Bally, fondateur et PDG d’Azalaï

Avec l’ouverture de son neuvième et plus grand hôtel en Afrique de l’Ouest, Mossadeck Bally fait émerger un grand groupe exclusivement africain, appliquant les normes internationales, grâce à son école hôtelière.

Par Christine Holzbauer

Fils d’un riche commerçant de Tombouctou, Mossadeck Bally, 56 ans, est né à Niamey. Il a entamé ses études dans la capitale du Niger avant de revenir au Mali où il était destiné à intégrer les affaires familiales pour en prendre la suite. Mais, l’import-export n’était pas assez gratifiant pour ce bâtisseur qui avait envie de laisser une trace. Après un Master en Management & Finances à l’université de San Francisco, il entre en apprentissage chez son père. « J’ai beaucoup appris avec lui, car c’était un grand homme d’affaires, se souvient-il. Rien dans l’éducation que j’ai reçue ne m’a préparé à diriger un groupe hôtelier. Mais il m’a toujours poussé et encouragé pour que je puisse mener à bien mes projets. »

Jusqu’au rachat en 1994 du Grand Hôtel de Bamako, après sa mise en vente par l’État malien à qui il doit de pouvoir exercer, aujourd’hui, le métier dont il avait toujours rêvé : « C’était un coup de chance que je puisse me porter acquéreur d’un hôtel aussi bien situé au centre de Bamako que le Grand Hôtel ! », reconnaît-il. La chance étant l’ingrédient nécessaire à toute réussite, comme il aime à le répéter, il a ainsi pu bifurquer durablement vers le tourisme d’affaires. « Ma banque avait accepté de me prêter 1 milliard de F.CFA pour rénover le Grand Hôtel et j’ai investi jusqu’au dernier sou pour que le résultat réponde aux exigences de la clientèle. » Avec sa famille, il détient la majorité des parts de la chaîne. Le fonds Cauris et la SFI, filiale de la Banque mondiale, sont aussi actionnaires.

Résilience

Face au succès rencontré, il se lance dans la construction d’un second hôtel à Bamako, l’Azalaï Salam, situé sur les berges du fleuve Niger, et qui est devenu une référence parmi les établissements 5 étoiles de la capitale malienne. Son principal concurrent, l’hôtel de l’Amitié, longtemps dans le giron du groupe Accor, a intégralement été loué par la Mission des Nations unies pour le Mali. Le patron du groupe Azalaï dont le siège est à Bamako – même si lui est toujours en déplacement à la recherche de nouvelles opportunités – n’a aucun regret : « Au contraire, nous avons ainsi

pu récupérer toute la clientèle d’entreprise haut de gamme qui ne pouvait plus descendre à l’Amitié. » L’un des autres établissements sur les quatre qu’il a ouverts à Bamako, l’hôtel Azalaï Nord-Sud, situé dans l’ACI 2000, le nouveau quartier des affaires, a été loué par la mission de l’Union européenne déployée au Mali. Une rente bienvenue pour un groupe qui a été obligé de fermer deux hôtels à Bamako, pendant huit mois, en 2012.

« Évidemment que nous souffrons de la crise au Mali », s’exclame le patron du groupe Azalaï qui souligne que le tourisme d’affaires « est plus résilient que le tourisme de loisir ». In fine, les hommes d’affaires voyagent « quelle que soit la situation dans le pays. Même s’il faut parfois qu’ils retardent leur venue. Les diplomates et les militaires, eux, viennent et ils prennent le relais », affirme-t-il. Comparé aux hôteliers du nord du Mali, « qui ont carrément dû tous fermer », il ne se plaint pas.

En revanche, Mossadeck Bally ne voit pas d’issue « avant au moins trois ans » pour une relance du tourisme. « Pour que des touristes reviennent visiter le pays Dogon, Djenné, Mopti ou Tombouctou, il faudra rétablir la confiance et reprogrammer le Mali dans les circuits des tour-opérateurs. Tout cela prendra du temps. Et, encore, à condition que la sécurité revienne durablement… » Azalaï hôtel Salam a bénéficié de nombreuses aides de l’État pour s’agrandir avec la construction de pavillons annexes afin de pouvoir accueillir un maximum de délégations officielles lors du sommet Afrique-France des 13 et 14 janvier 2017.

Mise aux normes

« Pour le public que nous visons, il est important d’être très bien situé. C’est pour cette raison que nous rachetons toujours nos établissements dans les centres-villes avant de les transformer», explique Mossadeck Bally.

Pionner dans l’industrie hôtelière en Afrique de l’Ouest depuis plus de deux décennies, l’entrepreneur panafricain a été salué par la BAD pour son « leadership d’affaires optimiste et visionnaire ». Après l’ouverture de neuf hôtels Azalaï, le dernier en date inauguré à Abidjan le 15 décembre 2016 « sera notre bateau amiral compte tenu de sa capacité », poursuit-il avec fierté. Azalaï fait partie des rares chaînes hôtelières 100 % africaines. La clé de son succès? Faire en sorte que les hommes d’affaires en déplace- ment à Bamako et dans les autres capitales ouest-africaines « retrouvent la même qualité de service et les mêmes prestations partout ».

Dans tous les établissements qu’il a rachetés et rénovés, il s’est efforcé d’élever le niveau en répondant aux normes internationales pour en faire des hôtels 4 ou 5 étoiles. Avec la création de l’école hôtelière Azalaï « Chiaka-Sidibé », une initiative personnelle financée sur fonds propres, la société a franchi une nouvelle étape. L’école offre aux étudiants, dont la première promotion de 40 personnes vient de sortir, des outils d’apprentissage dans l’enceinte de Azalaï Hôtel Dunia. Les étudiants ont la possibilité de présenter leurs travaux pratiques dans la salle de restau- rant et la cuisine de l’hôtel avec des professeurs venus de France ou de Suisse. Et aussi de Monaco, dont Mossadeck Bally est le consul honoraire au Mali.

Nouvelles implantations

Il a également rénové l’hôtel 24-de-Setembro en Guinée-Bissau, considéré comme un joyau dans la sous-région, et « l’Indépendance » à Ouagadougou qui a dû être fermé après l’insurrection d’octobre 2014. « Nous avons reçu l’autorisation des autorités burkinabè de commencer les travaux. Nous allons complètement le rénover et augmenter la capacité de 176 chambres actuellement à 230 chambres », se réjouit l’entre- preneur. Qui ambitionne désormais de s’im- planter durablement dans toute l’Afrique de l’Ouest.

«Notre but, c’est d’être présents dans les huit pays de l’Uemoa, puis de nous étendre au Ghana, au Liberia et, évidemment, au Nigeria». Déjà, en mai 2016, il a rouvert à Nouakchott l’Azalaï Hôtel Marhaba après une reprise en main totale du management. Et rêve, maintenant, de faire de même au Togo où tous ses efforts d’acquisition ont été vains, jusqu’à présent. Aujourd’hui, il regarde l’avenir avec optimisme compte tenu, aussi, de cette diversification qui lui permet de passer à travers les crises.

Il prévoit, grâce à un plan de développement stratégique, d’inves-tir 165 millions de dollars dans la sous- région pour répondre à l’accroissement de la demande et ouvrir de nouveaux hôtels Azalaï d’ici à 2018. Les projets d’ouverture des prochaines unités sont prévus à Sélingué au Mali, à Dakar au Sénégal où il a déjà acquis un terrain en bord de mer, à Niamey au Niger et à Conakry en Guinée.

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