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PME: des goulets d’étranglement

Les petites et moyennes entreprises constituent la base du tissu économique du Tchad. Elles ne bénéficient pas d’un environnement favorable. L’État tente d’y remédier, mais les progrès sont encore lents à se concrétiser.

Les PME représentent près de 90 % des entreprises au Tchad. Leur nombre s’est fortement accru ces dix dernières années, surtout pour les micros et petites entreprises du secteur non structuré ou informel. Comme dans de nombreux pays africains, elles sont non seulement le moteur de la croissance, mais également un levier puissant du secteur privé dont l’impact en matière de développement n’est plus à démontrer.

Les PME tchadiennes présentent aujourd’hui des enjeux majeurs en matière de contribution à l’intégration économique sous-régionale, par leur capacité à constituer un réseau de sous-traitance et de partenariat avec les grandes entreprises, de participation à la cohésion sociale et de création de richesse.

Pendant de nombreuses années, les politiques économiques menées au Tchad se sont focalisées sur la promotion des grandes entreprises publiques et de filiales d’entreprises étrangères de substitution aux importations. Très peu d’attention était accordée aux PME.La création, en 2011, d’un ministère des Petites et moyennes entre-prises et d’un ministère du Microcrédit avait marqué le début d’une prise de conscience par les autorités de l’importance que représente cette catégorie d’acteurs du secteur privé dans la création de richesses, la diversification de l’économie, la création d’emplois et la réduction de la pauvreté.

« Le Tchad ne disposant pas d’une tradition industrielle marquée, son expansion économique doit s’appuyer sur le développement durable des PME aux activités diversifiées et novatrices. Ce développement ne peut s’effectuer sans un soutien cohérent et structuré des pouvoirs publics, incluant la notion de mise à niveau des PME par rapport à la concurrence internationale », note Tahir Mourno Adam, secrétaire général du ministère de l’Économie, du commerce et du développement touristique.

Les PME tchadiennes présentent aujourd’hui des enjeux majeurs en matière de contribution à l’intégration économique sous-régionale, par leur capacité à constituer un réseau de sous-traitance et de partenariat avec les grandes entreprises, de participation à la cohésion sociale et de création de richesse. Pour l’heure, elles peinent à être dynamiques et compétitives, faute d’institution financière spécialisée dans le financement des PME et d’accès au crédit en synergie avec les institutions bancaires et financières existantes.

Nonobstant leur rôle important, les PME formelles font face à la concurrence déloyale de l’informel. « L’importance du secteur informel, reconnaît Tahir Mourno Adam, est pour le moment mal saisie dans l’économie tchadienne, faute de structuration, d’organisation, de données statistiques fiables et de modélisation économétrique. » Il est indéniable que le secteur informel est le premier goulet d’étranglement de l’économie formelle. Il est animé par des entreprises qui n’ont aucune existence juridique, emploient des salariés ni qualifiés ni inscrits à la protection sociale, et ne paient pas d’impôts ou taxes. Ce qui affecte les résultats économiques. 

Le relèvement du plafond de financement pourrait inciter les banques à s’installer sur l’ensemble du pays.

Selon le Livre blanc édité par le patronat en 2012, le secteur privé au Tchad est fort de 8 282 entreprises qui, du point de vue fiscal, se répartissent ainsi : 7 000 entreprises au régime libératoire, 810 au régime simplifié et 472 au bénéfice réel ; la moitié de ces dernières contribue à hauteur de 70 % à 80 % aux rentrées fiscales du pays. Pour alléger le poids qui pèse sur les entreprises formelles, Bichara Doudoua, président du Conseil national du patronat tchadien, ne cesse d’appeler à un élargissement de l’assiette fiscale. Une de ses cibles principales : les quincailleries, très prospères dans un pays en plein chantier : « L’État n’arrive pas à recadrer et à formaliser cette activité, pourtant, elle enregistre des recettes énormes sans être imposée. » Le gouvernement a décidé de promouvoir les mesures fiscales et réglementaires pour créer un environnement favorable aux PME et les appuyer. Preuve de cette volonté : la réduction, dans la loi de Finances 2015, du taux d’imposition des bénéfices des sociétés de 40 % à 35 %. 

Les PME sont confrontées à bien d’autres contraintes qui freinent leur développement, notamment l’accès au crédit bancaire classique. Elles ne sont pas toujours en mesure de faire face aux critères d’éligibilité et à la faiblesse de l’offre de microfinance. « Nous avons très peu de programmes et projets liés au développement des PME à fort potentiel pour l’accélération de la croissance et renforcement de la compétitivité de l’économie tchadienne, et les infrastructures de soutien aux PME sont quasi inexistantes », déplore Tahir Mourno Adam. 

Mawata Wakag-Gomon, secrétaire général de l’Association professionnelle des établissements de crédits du Tchad, fait observer : « On n’arrive pas toujours à cerner ces entreprises-là, qui ont beaucoup de mal à produire une information formalisée. » Le Conseil monétaire et financier national du Tchad a pris, le 7 mars 2015, une résolution demandant à la Banque centrale d’augmenter le plafond de refinancement des banques commerciales et recommandant que le montant actuel de 60 milliards F.CFA soit porté à 100 milliards de F.CFA, pour permettre à ces banques de mobiliser davantage de ressources. Une mesure qui devrait, selon Kordjé, Bédoumra ministre des Finances et du budget, « inciter d’autres banques à venir s’installer sur l’ensemble du pays ». 

Cette méfiance des banques commerciales à l’égard des PME est favorisée par l’absence de cadre réglementaire. « La Stratégie nationale de développement des PME constitue actuellement le cadre réglementaire », confie le secrétaire général du ministère de l’Économie, qui révèle qu’« une étude de faisabilité sur le fonds de garantie pour les PME est en cours de réalisation ». Sa mise en oeuvre n’est pas encore effective, « ce qui rend contraignant leur accès au financement bancaire ». 

Pour l’économiste Antoine Doudjidingao, le seul accès au financement n’est pas suffisant pour promouvoir l’entrepreneuriat au Tchad ; il dénonce le manque d’innovation, la peur du risque et la situation de quasi-monopole dans certains secteurs. « Énormément d’opportunités ne sont pas suffisamment exploitées, explique l’économiste. Les secteurs agricoles, pastoraux, énergétiques, touristiques, etc. n’ont pas du tout bénéficié de l’attention des hommes d’affaires tchadiens. » 

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