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Pétrole : pénuries récurrentes

Après plus de cinq ans de normalisation, les longues files d’attentes dans les stations-service sont de retour au Congo. Ces pénuries font peser de gros risques sur l’économie de cet important producteur.

Dans les dépôts de la Société commune de logistique (Sclog), principal fournisseur de produits pétroliers finis aux vendeurs à la pompe du Congo, les stocks ne sont que rarement à la hauteur des besoins de Brazzaville, Pointe-Noire et de l’hinterland. Dans les deux principales villes du pays, il ne se passe pas deux semaines sans qu’un jour ou l’autre, ne s’organisent de longues files d’attente dans les rares stations capables de livrer la précieuse essence. L’ambiance y est souvent tendue. « Nous venons d’assister à une bagarre et la police a dû intervenir. Un chauffeur de taxi s’en est pris violemment à un pompiste. Depuis plus d’une heure, il n’avait servi aucune voiture, préférant vendre son carburant aux porteurs de bidons de 25 litres. Sans doute que ceux-là lui glissent un peu d’argent et cela a énervé plusieurs chauffeurs », raconte un automobiliste de Brazzaville. 

D’autres infortunés automobilistes font état de produits trafiqués, l’essence ou le gasoil seraient mélangés avec un autre liquide, ce qui entraînerait la panne des véhicules. Pourtant, les services de ces vendeurs illicites de produits pétroliers valent toujours de l’or, en cas de pénuries. Contrairement aux marqueteurs (distributeurs à la pompe) dont les prix sont fixés par un arrêté et qui sont surveillés à la loupe par les régulateurs, ces vendeurs échappent à tout contrôle. 

Ainsi, ils se permettent de vendre à 1 000 F.CFA le litre de chacun des produits, alors que les prix officiels par litre sont de 305 F.CFA pour le pétrole lampant, 400 F.CFA pour le gasoil et 550 F.CFA pour le supercarburant. Ces augmentations anarchiques de prix ont des répercussions sur les ménages. Les prix d’autres produits augmentent et surtout, les tarifs des taxis flambent, de même que ceux des transports en commun. 

Par un système de tronçonnage des courses appelé « demi-terrains », l’usager est obligé de payer jusqu’à trois fois le prix de la course de taxi sur un trajet qui jusque-là se réglait à 1 000 F.CFA. Il n’en faut pas plus pour justifier l’absentéisme, particulièrement élevé dans les administrations. 

Les pénuries récurrentes posent le problème de libéralisation de l’importation des produits pétroliers. Tandis que le monopole détenu actuellement par la SNPC n’est justifié par aucun texte réglementaire.

Parmi les secteurs les plus perturbés par les pénuries récurrentes de carburant, les sociétés en charge de chantiers routiers n’ont pas caché leurs difficultés et leur colère. À Ouesso, où il est responsable des travaux pour la société Sinohydro, Rong Fan, un ingénieur d’origine chinoise, fait part de son désarroi : « Depuis la fin octobre, nous avons passé plusieurs semaines sans être livrés en carburant. Nous avons demandé de manière insistante à tous nos fournisseurs, rien n’a été livré jusqu’en février. Nous ne savons pas jusqu’à quand le stock reçu va durer. Il nous faut, par exemple, environ 10 000 litres de gasoil pour démarrer la station d’enrobage. Nous connaissons la même difficulté pour la station de concassage. » 

Sinohydro est chargée de construire la route qui relie Keita à Djoum, puis à la frontière du Cameroun, une route d’intégration sous-régionale très attendue par les deux pays. D’autre part, elle est chargée de moderniser les voiries urbaines de Ouesso, une ville située à plus de 800 kilomètres au nord de Brazzaville, près de la frontière camerounaise, retenue pour abriter les festivités de célébration tournante de l’indépendance du Congo, le 15 août prochain. À l’instar de Sinohydro, la China Road and Bridge (CRBC) et la China State Construction Engineering (CSCEC) sont également impliquées dans d’importants travaux liés à l’axe lourd Pointe-Noire-Brazzaville et aux Jeux africains de septembre 2015 à Brazzaville. Les trois sociétés ont écrit des lettres aux régulateurs pour faire part de leurs difficultés dues aux pénuries récurrentes de carburant, devenu l’obstacle majeur dans leur course pour l’achèvement des travaux. 

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