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Pétrole : baisse du prix

Grand connaisseur des marchés pétroliers, Xavier Houzel ne se montre guère optimiste : rien n’indique une hausse des cours du pétrole à moyen/long terme, sauf à miser sur une reprise économique mondiale

Comment expliquer la chute du prix des hydrocarbures ? 

La baisse des cours a d’abord résulté de l’arrivée sur le marché intérieur américain du gaz et de l’huile de schiste contenus dans les roches sédimentaires argileuses. Cette offre nouvelle a rendu l’économie américaine quasi autosuffisante en hydrocarbures. Puis, les producteurs américains se sont mis à exporter leurs surplus, alors que la consommation mondiale stagnait, y compris en Chine. L’effondrement des cours n’a pas été immédiat dans la mesure où plusieurs pays producteurs – en particulier la Libye (en état de guerre civile) et l’Iran (sous embargo) – avaient diminué leurs exportations. L’Arabie saoudite, le plus gros exportateur de brut, n’a pas jugé opportun de réduire sa production comme elle aurait pu le faire alors. Aujourd’hui, l’excédent de l’offre par rapport à la demande mondiale est évalué à 1 million de barils par jour. Les pays de l’OPEP n’ont pas réussi à s’entendre pour réguler leurs exportations et soutenir les cours. 

Le prochain retour sur le marché des bruts de Libye et d’Iran, conjointement avec l’augmentation prévisible de la production en Irak et le désir légitime de ces trois pays de recouvrer leurs anciennes parts de marché, devraient précipiter les cours vers la baisse, d’autant plus que l’économie mondiale entre en récession. La « face cachée » de cette situation est indéniablement géopolitique, dans la mesure où ni l’attitude des États-Unis, ni les arrière-pensées de l’Arabie saoudite ne sont neutres. D’autant que la Russie et l’Iran vont considérablement souffrir de la diminution de leurs revenus, si le niveau des prix ne se redresse pas. 

Peut-on mesurer les retombées en termes de rentrées de devises et d’investissements pour les pays africains producteurs de pétrole et gaz?

Évidemment, les rentrées de devises des pays producteurs ont diminué au prorata, et les budgets des États ont dû être revus ou devront l’être en conséquence, avec des effets qui pourraient devenir dramatiques – au Nigeria, par exemple – si les cours continuaient de chuter. Car les coûts d’extraction de l’énergie fossile sont plus élevés en Afrique, où les forages s’effectuent souvent en eau profonde, qu’au Moyen-Orient. En dessous d’un certain prix de vente, lorsque son niveau devient inférieur à celui du prix de revient, les investissements s’arrêtent, avec des effets néfastes à moyen et à long terme. Le coût du baril d’huile de schiste sur le sol américain revient en moyenne à 35-40 $ par baril : en dessous de ce niveau pour le prix de vente, les forages ne sont plus rentables. Il arrivera un moment, si les cours continuaient de baisser, où la production de gaz et d’huile de schiste pourrait s’interrompre presque brutalement en Amérique, faute de nouveaux forages. Ce n’est pas encore le cas ; mais des signes avant-coureurs de ce phénomène sont déjà visibles, et il faudra un certain temps pour que l’effet de résilience relance l’importation et dope, par conséquence, la demande internationale. 

Quels sont les signes qui confirment que cette tendance baissière va durer ? 

Tant que la Libye et l’Iran n’ont pas encore physiquement repris leurs exportations (mettons à hauteur de 1 million de barils par jour, chacun), que l’Irak n’a pas résolu son différend de principe avec sa province kurde et que la sécurité de ses champs pétroliers n’est pas retrouvée, on peut tabler sur un maintien des cours du brut tant bien que mal à une moyenne de 40 $ par baril, car la production américaine a l’air de se stabiliser, au lieu d’augmenter. 

Reste la grande inconnue, qui est l’alternance de la guerre et de la paix, sachant que les bruits de bottes font toujours bondir les cours du pétrole. Un peu d’espoir pourtant : la baisse du prix de l’énergie profite à ceux qui n’ont pas la chance d’en être producteur, et devrait, si elle était durable en restant modérée, aider à la reprise générale de la croissance, toutes choses étant égales par ailleurs. 

En revanche, si l’Arabie saoudite et l’Iran n’arrivaient pas à s’entendre entre-temps pour restreindre leurs exportations respectives et pour convaincre les autres producteurs de limiter le volume global de leurs exportations au moment où ces trois exportateurs reviennent sur le marché, les cours du brut et du gaz pourraient très bien s’effondrer – à 20 $ ou moins – et conduire à la crise. En effet, tout indique que l’économie mondiale est entrée en période durable de stagnation – avec un effet multiplicateur baissier sur la demande d’énergie.

Les énergies renouvelables commencent à sérieusement concurrencer les hydrocarbures fossiles. Les importantes découvertes de gisements de gaz en Méditerranée orientale contribueront également à tirer vers le bas le prix de l’énergie fossile. D’importants progrès technologiques, dont l’effet concurrentiel devrait être majeur, sont attendus, non seulement dans l’extraction du gaz et des huiles de schiste, mais aussi dans les domaines de l’énergie solaire, voire de l’éolien. Les économies d’énergie sont un dernier facteur pesant sur la demande, donc sur les prix de l’énergie en général. Reste la grande inconnue, qui est l’alternance de la guerre et de la paix, sachant que les bruits de bottes font toujours bondir les cours du pétrole. Un peu d’espoir pourtant : la baisse du prix de l’énergie profite à ceux qui n’ont pas la chance d’en être producteur, et devrait, si elle était durable en restant modérée, aider à la reprise générale de la croissance, toutes choses étant égales par ailleurs. 

Cette réduction des rentrées dues à la manne pétrolière va-t-elle pousser certains pays pétroliers à diversifier leurs économies ? 

C’est presque un voeu pieux : il faut de tels avertissements pour pousser à la sagesse des pays ayant succombé jusqu’alors à la facilité. Dans tous les cas de figure, les dirigeants des pays bénéficiant de la manne pétrolière doivent penser aux générations futures et réinvestir par principe le fruit de l’abondance pendant qu’il en est encore temps et par mesure de précaution pour diversifier leurs économies.

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