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Le fleuve Sénégal peine à se reconstruire

Le travail de restauration peine pourtant à s’organiser. Les 1 344 unités architecturales sont grignotées par l’érosion. Trois ans après la signa­ture du prêt de financement des travaux, seules 8 % des réfections ont été menées à bien ; 27 des 135 maisons concernées par le programme sont dans un état de péril imminent. Sans parler du manque de promotion : la ville a mis cinq ans à installer un panneau signalant qu’elle apparte­nait au patrimoine mondial de l’Unesco…

Faire vivre le grenier du Sénégal

Sous-exploités, les attraits touris­tiques de Saint-Louis ne manqueraient pas : de paisibles ruelles où les calèches, plus nombreuses que les voitures, offrent une balade dans le Sénégal des colonies. La ville est ceinte de parcs nationaux et de réserves naturelles qui jouissent d’une richesse animale, ornithologique notam­ment, exceptionnelle.

À l’instar du parc du Djoudj ou de la langue de Barbarie. Cette bande de sable de 40 kilomètres environ est elle-même menacée par l’érosion depuis qu’un chenal de quatre mètres de large a été creusé en aval du fleuve pour contrer la menace de crues sur la ville de Saint-Louis en 2003. « Ce n’est pas l’argent qui manque, insiste Suzanne Hirshi, ni le plan de travail, car il existe et il est bon. C’est uniquement un problème de coordination».

Les zones bordées par le fleuve Sénégal, humides, sont propices à la riziculture et à l’élevage piscicole. Le maraîchage et l’éle­vage régionaux assurent une bonne partie de la production nationale. Une ressource essentielle dans un pays qui considère l’agriculture comme un secteur clé de son économie.

Pour autant, difficile d’endiguer l’exode des travailleurs vers la capitale. C’est pour­quoi l’université Gaston-Berger (UGB), dirigée par Fatima Fall, veut encourager « l’entrepreneuriat rural » parmi les 45% d’actifs que comptent les trois départements de la région. L’UGB a inauguré son second incubateur de start-up, le 16 novembre 2017, sous la houlette de l’Agence espagnole de coopération.

La directrice de l’université se réjouit de l’initiative du Forum et y voit une opportunité unique d’impliquer les populations locales dans le rayonnement de Saint-Louis. Sa pépinière d’entreprises accompagne une vingtaine de porteurs de projets. De jeunes agriculteurs ou éleveurs locaux, tous âgés de moins de trente ans, qu’elle assiste dans leurs démarches admi­nistratives, logistiques ou comptables, afin d’éviter que le grenier du Sénégal ne conti­nue de se vider. 

ENCADRE

Amadou Diaw : Président de l’Institut supérieur de management de Dakar

Pourquoi avoir fait le choix de Saint-Louis pour organiser ce premier Forum ?

Le Forum s’est tenu dans une ville chargée d’histoire et détentrice d’un patrimoine culturel et immatériel particulier. La présence simultanée de 400 personnalités sur notre petite île est une forme de valorisation. Il s’agit pour nous de poser Saint- Louis sur la carte des villes africaines qui créent. Saint Louis peut parfaitement être considérée comme un patrimoine universel dont tout un chacun, sans exclusive, pourrait se réclamer. Pour reprendre ma présentation du Forum, « Folle ambition, pourrait-on croire, mais le plus grand arbre n’est-il pas né d’une graine menue ?»

Quelle est selon vous l’importance des initiatives privées, face à des programmes publics qui peinent à se concrétiser ?

L’organisation du Forum est une initiative privée. Elle émane de la société civile. Je ne pouvais imaginer une telle appropriation par mes concitoyens. Ils en ont fait leur affaire. Les institutions d’aide et de coopération étaient invitées à venir écouter l’Afrique qui agit, l’Afrique pour laquelle, elles décident et souvent dans l’erreur, faute de qualité d’écoute. Elles n’ont pas été suffisamment présentes. À tort. Ce qui est grave, c’est qu’elles persistent dans l’erreur.

Quelle vision avez-vous pour Saint-Louis et en quoi son développement participera-t-il à celui du territoire national ?

Il s’est agi pour nous de faire de Saint-Louis une ville laboratoire, un espace tout entier dédié aux innovations mais aussi à la créativité, aux collaborations et à la coopération. À l’hybridation et au métissage des cultures et des expressions artistiques. L’émergence passe par la somme des activités menées dans les divers coins de notre pays. Il s’agira donc d’abord de dessiner l’avenir d’une ville dont le passé fut illustre, et donc de la réconcilier avec son histoire, et ensuite d’offrir une telle expérience au monde et à l’Afrique en particulier. Nous voulons faire de Saint-Louis un «Futuroscope» géant, à l’aune duquel chaque ville, chaque territoire, notamment africains, pourraient mesurer le chemin parcouru.

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