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Le fleuve Sénégal peine à se reconstruire

Saint-Louis du Sénégal parait le théâtre idéal pour accueillir un forum sur le devenir de l’Afrique. Pourtant, elle peine à restaurer son blason.

Saint-Louis, Manon Laplace

Saint-Louis relève du patrimoine universel » : c’est ainsi qu’Amadou Diaw, président de l’Institut supé­rieur de management de Dakar, justifie le choix de sa ville d’origine pour l’organisation de son forum «L’Afrique pour un monde repensé».

Un rendez-vous de quelque 400 penseurs et acteurs du continent tenu fin novembre au coeur de la perle archi­tecturale du nord-ouest du Sénégal, située entre l’océan Atlantique et le fleuve. Trois jours d’échanges pour « poser Saint-Louis sur la carte des villes africaines qui créent ». Une mise en lumière nécessaire à l’heure où Saint- Louis se bat pour préserver ses joyaux patri­moniaux et naturels.

La première édition du Forum de Saint- Louis a donné la parole aux plus éminentes figures du continent comme aux citoyens. L’économiste et écrivain sénégalais Felwine Sarr a débattu du « Vivre ensemble » avec l’an­cienne ministre française de la Culture, Fleur Pellerin, pendant que Lydie Hakizimana, qui a ouvert deux écoles Montessori au Rwanda, proposait un modèle d’éducation « plus centré sur les besoins, la créativité de l’enfant ». Une dizaine de tables rondes se sont tenues sous le regard attentif de directeurs d’école, de jeunes créateurs, d’entrepreneurs ou de respon­sables associatifs qui font bouger l’Afrique.

Dynamiser les pôles secondaires

Tous ont le même objectif : faire bouger le continent noir et proposer aux Africains de repenser les modèles préétablis.

Éclipsées par une région de Dakar qui concentre 25% de la population et 80% des activités économiques du pays, sur seulement 0,3% du territoire, les villes secondaires font face au défi du développement. Saint-Louis, peuplée de 200 000 âmes (909 000 dans l’en­semble de la région), voit son patrimoine architectural tomber en ruine et ses sites naturels menacés par l’érosion.

Le PSE (Plan Sénégal émergent) veut inscrire le développe­ment touristique des régions secondaires dans un plan plus global de réaménagement terri­torial. C’est dans cette perspective que l’AFD (Agence française de développement) s’est engagée en 2013 à hauteur de 24,5 millions d’euros pour développer le tourisme à Saint-Louis, dans le cadre du Programme de déve­loppement touristique (PDT). Sa réhabilita­tion, si ce n’est sa sauvegarde, se heurte à une coordination politique ankylosée.

Les attraits touristiques ne manquent pas

Face à un aménagement du territoire inap­proprié, le gouvernement sénégalais souhaite renforcer les infrastructures locales, amélio­rer les services et équipements urbains et les conditions de vie. L’État a notamment décidé, en novembre 2017, d’injecter 100 milliards de F.CFA (152 millions d’euros) pour la mise aux normes et le développement des aéro­ports régionaux, dont celui de Saint-Louis.

«Lorsqu’un site est classé au patrimoine mondial de l’Unesco, les effets sur le tourisme se font sentir immédiatement. Cela n’a pas été le cas à Saint-Louis», déplore l’architecte Suzanne Hirschi, assistante technique générale du PDT. L’Île ne reçoit, au mieux, qu’une tren­taine de milliers de visiteurs chaque année. Le PDT vise à valoriser les patrimoines historique, culturel et naturel régionaux, afin de dévelop­per un tourisme durable.

Sur ce banc de sable en proie à l’érosion marine, il faut rénover. Il faut surtout préserver les symboles de la gran­deur de Saint-Louis. « À travers un équipement culturel fort, les villes rayonnent et peuvent cata­lyser le tourisme », affirme l’architecte Gaétan Siew. Saint-Louis a les emblèmes nécessaires. Le pont Faidherbe, magistrale structure métal­lique longue de 515 mètres et construite à la fin du xixe siècle était menacé par la corrosion. Restauré entre 2008 et 2011, il est l’un des symboles de la ville.

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