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Pascal Houangni Ambouroué

Directeur général de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale, Pascal Houangni Ambouroué rappelle le contexte de réformes dans lequel s’inscrit le marché boursier.

La BVMAC accuse un certain retard comparé aux autres places africaines. Est-ce la faute à un manque de volonté politique ?

La BVMAC a été créée par la volonté des chefs d’États de la Cemac en 2003. Pendant quatre ans, elle a été considérée comme un serpent de mer dont on ne voyait jamais la queue ! De ce constat, le conseil d’administration a décidé, en 2007, de changer l’ensemble des dispositifs de gouvernance. Nous nous attelons à faire en sorte que le compartiment actions devienne la fenêtre des économies de la zone Cemac. Cela ne dépend pas uniquement de nous, mais aussi de notre environ-nement, notamment d’un climat des affaires sain et du respect, par les sociétés, de la bonne gouvernance et des bonnes pratiques de gestion. La BVMAC se doit de sensibiliser les acteurs économiques et politiques sur ces normes élémentaires, afin d’attirer davantage les investissements étrangers. C’est la raison pour laquelle nous avons noué un partenariat avec Samsung, qui sécurise technologi-quement notre mission principale d’organisation et d’animation du marché. À cela se sont ajoutés d’autres partenariats, en termes de transferts de compétences, en particulier avec la Bourse de Casablanca et Euronext, afin que la BVMAC puisse être outillée dans sa marche vers le développement. La tâche est difficile, car notre marché se doit de composer avec les contraintes de notre espace communautaire en quête d’inté-gration, ainsi qu’avec ses adhérents, notamment les Sociétés de Bourse qui sont les seules habilitées à accéder à notre marché de capitaux. C’est pourquoi la BVMAC mise beaucoup sur l’action de vulgarisation du marché par tous ses acteurs, car elle dispose d’un gisement potentiel de richesses que l’entreprise de marché doit valoriser.

Combien comptez-vous de sociétés cotées ?

On sait très bien que dans tous les pays en développement qui ambitionnent d’atteindre l’émergence, le compartiment obliga-taire est le plus actif. La Bourse compte 11 titres, dix obligations, une action. L’État gabonais est le premier émetteur obligataire, tandis que la première société privée est Prix Import, qui avait levé pour 400 millions de F.CFA en 2009, suivie de la SFI en 2010 qui a levé 18,5 milliards de F.CFA sur notre marché. La première société régionale est Petro Gabon, 7 milliards de F.CFA, puis la BDEAC, 18,5 milliards et l’État du Tchad pour 100 milliards de F.CFA en 2011. En 2013, nous avons ouvert le compartiment actions avec Siat Gabon (agro-industrie), d’une capitalisation boursière de 5 milliards de F.CFA. Le titre État du Tchad II pèse 85 milliards, et pour la première fois, un partenaire de référence au capital, BGFI Holding, a levé 69 milliards par appel public à l’épargne. Plus récemment c’est Alios Finance Gabon et le Fagace, respectivement pour 6 milliards et 3,5 milliards de F.CFA, qui clôturent ce listing du compartiment obligataire.

Est-il important que les États entrent sur le marché ? Est-ce un signe fort pour les entreprises ? 

Il est important que les États montrent l’exemple, car la BVMAC est leur émanation ! Nous sommes dans un espace communautaire qui a une très forte liquidité. Il faut que cette liquidité serve au financement du développement. Les signaux qui sont envoyés aujourd’hui à l’endroit des autorités boursières nous rendent optimistes quant à la cotation prochaine de nouveaux titres d’États. 

La zone Cemac est marquée par des économies encore essentiellement dépendantes des activités extractives pétrolières et minières… 

L’élément fort de notre espace communautaire réside dans la volonté des chefs d’États de se doter d’une vision partagée : celle d’atteindre l’émergence économique à horizon 2025. Au niveau de la BVMAC, il est nécessaire et essentiel d’orienter au mieux nos gouvernements sur les nouveaux mécanismes de financement qui permettent de déployer cette vision. Les emprunts obligataires sont un exemple, car ils permettent à nos États d’avoir des ressources à moindres coûts pour financer les projets d’infrastructures. La titrisation de la dette ne doit pas être en reste, du fait qu’elle pourrait résoudre la problématique du financement de la dette intérieure. 

Bien sûr, passer d’une économie extravertie à une économie diversifiée, et même ouverte, entraîne des bouleversements. Il nous faut donc définir une trajectoire commune qui intègre la formation, l’éthique et un patriotisme économiquement régional. 

ENCADRE: Une carrière «Bourse-Nouvelles technologies » 

Pascal Houangni Ambouroué est entré à la BVMAC en juillet 2007. Sur proposition du président du conseil d’administration, Henri-Claude Oyima, il a été nommé directeur général, en janvier 2009. De formation économique, il a commencé sa carrière au sein de BNP Paribas Securities Services, avant de rejoindre le Crédit Agricole, et d’intégrer ensuite Cheuvreux, la prestigieuse société de Bourse. Après dix ans dans cet environnement boursier, Pascal Houangni Ambouroué a poursuivi sa carrière au sein du cabinet international OTC Conseil. 

Sa première mission a été de gérer le projet de déploiement du système de cotation. Il a participé à l’installation de l’équipe d’intégration de la Bourse régionale qui a piloté, aux côtés notamment d’Euronext et de la Bourse de Casablanca, le déploiement des différents modules de cotation. 

On perçoit, pour en revenir à la Cemac, une volonté plus forte aujourd’hui d’avancer avec la création d’un marché commun… 

La problématique de l’intégration régionale dans la zone Cemac a toujours été compliquée à la différence des pays de l’Uemoa. La plupart des pays de cet espace sont riches du fait de la qualité et de l’abondance de leurs matières premières. À mon sens, il faut faire accepter l’idée que l’intégration régionale demande des concessions. Cela devrait être notre postulat. C’est dans ce sens que les chefs d’États de la zone Cemac ont mis l’accent sur la nécessité d’avoir un espace humainement ouvert et économiquement libre-échangiste. Pour cela, il faut consolider les institutions que les chefs d’États ont mises à la disposition de la communauté pour bien jouer la partition de l’intégration régionale. Il paraît paradoxal, aux yeux du grand public communautaire, de lever des fonds sur le marché international et d’oublier que nous disposons d’un marché financier régional bien verrouillé. 

L’impulsion ne viendra-t-elle pas des secteurs privés régionaux qui eux ont saisi l’intérêt, et ont déjà amorcé d’ailleurs l’intégration régionale ? 

Effectivement, si nous prenons un groupe comme BGFI, nous constatons que sa stratégie, 20 ans en arrière, intégrait déjà cette vision d’ouverture vers la sous-région et vers le monde. Cela suppose que les autres groupes qui intègrent une telle vision ont définitivement accepté l’économie ouverte et ses bouleversements. 

Justement, les banques. Une critique revient souvent : les entreprises comme les autorités considèrent qu’elles ne jouent pas leur rôle de financement de l’activité. 

Ceci est en train de changer. Le président Ali Bongo Ondimba a défini un cap entrepreneurial qui entend faire émerger une nouvelle classe d’entreprises au Gabon. Cette vision, qui consiste à confronter les réalités des sociétés gabonaises aux réalités de sociétés venant de l’international, pousse les entreprises gabonaises à mieux s’organiser, ainsi qu’à rechercher des financements bancaires adaptés à leurs croissances. Pour cela, il faut aussi que les projets proposés aux banques soient « bankables ». 

Les agences de notation ont diminué la note du Gabon. Est-ce inquiétant ou n’est-ce qu’un simple ajustement conjoncturel ? 

Leur décision est avant tout liée à la conjoncture défavorable que connaissent tous les pays de la zone Cemac, puis à la conduite du changement actuel du pays et à cette nouvelle vision réformatrice. Certaines entreprises, habituées à des situations de monopole, ont encore du mal à s’arrimer. Quand nous passerons cette étape de mutation et d’adaptation, le Gabon connaîtra une croissance plus forte et une dynamique sectorielle beaucoup plus importante. Les réformes engagées sont bonnes. Mais aucune réforme n’est facile ! Ceux qui s’adapteront le mieux en sortiront grandis. 

Au Gabon, l’ensemble des réformes entreprises a permis de bousculer les mentalités. Certaines en particulier, vont porter leurs fruits à partir de 2017, car la nouvelle vision du pays a permis un nouveau modèle social capable de sécuriser la liberté d’entreprendre des Gabonais. Il le fallait pour aboutir à un climat des affaires concurrentiel. C’est le cas aujourd’hui.

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