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Omar Amine : la bourse

Omar Amine, président de l’Association marocaine des sociétés de Bourse, salue un accord « gagnant- gagnant » avec la BRVM. De nouvelles introductions permettront aux deux places d’atteindre plus aisément la taille critique.

La visite de la délégation marocaine à Abidjan fi n juin comporte une symbolique forte qui va au-delà de la signature des conventions ; que pouvez-vous dire à ce sujet ?

La visite d’une délégation représentant le marché boursier marocain à Abidjan intervient dans un contexte très important du développement des relations entre le Maroc et la zone de la Cedeao. Lors de la visite de Mohammed VI en Côte d’Ivoire, les deux chefs d’État ont réaffirmé leur engagement en faveur de cette coopération. À cet égard, le président Alassane Ouattara a affirmé son appui actif à la conclusion rapide d’un accord de partenariat économique. Au cours de cette visite, les deux pays ont procédé à la signature de nouveaux accords intergouvernementaux et de conventions du secteur privé dans plusieurs domaines avec, en prime, l’installation du « Groupe d’impulsion économique » réunissant les opérateurs publics et privés des deux pays. Cette nouvelle démarche pragmatique de coopération et la voie tracée par le Roi nous ont beaucoup motivés et nous avons décidé, avec Karim Hajji, directeur général de la Bourse de Casablanca, de programmer cette visite et de mobiliser les autres acteurs pour développer ce partenariat, et de constituer « un groupe d’impulsion des marchés des capitaux » avec les diff érents pays composant la zone et qui sont regroupés autour de la BRVM.

Concrètement, que gagnent les acteurs de marché que vous représentez à se rapprocher d’Abidjan et plus globalement de l’Uemoa ?

Nous sommes partis pour développer la voie à un accord « gagnant-gagnant » pour les acteurs des deux places. Nous avons beaucoup discuté avec nos homologues de cette notion de réciprocité et de co-émergence et ce ne sont pas des mots vides de sens ! Chaque fois qu’un marché s’ouvre à des acteurs étrangers, il y a une appréhension de la part des acteurs locaux, cela est normal. C’est pourquoi nous insistons sur la dimension de la réciprocité ! Quand on parle de co-émergence, on part du principe que les deux places n’ont pas encore la taille critique pour attirer des fonds étrangers importants et qu’elles doivent se développer conjointement. Les acteurs des deux places vont travailler main dans la main pour les agrandir, augmenter le flux des affaires, des intro- ductions en Bourse, améliorer les pratiques professionnelles et créer une convergence réglementaire progressive. Quand les deux marchés seront tous les deux à une taille emerging avec des volumes quotidiens supérieurs à 100 millions $, on pourra alors se disputer les parts de marché et parler de concurrence.

Quelles sont les complémentarités entre les deux places ?

La Bourse de Casablanca (49,7 milliards $) est 4,3 fois plus grande en termes de capitalisation du marché actions que la BRVM (11,5 milliards $), mais elle souffre de sous-liquidité et de manque de papier frais. Sa réglementation et sa politique de change doivent évoluer pour accompagner le chantier de faire de Casablanca un hub financier de la région. La BRVM s’est illustrée ces deux dernières années par un dynamisme très soutenu en termes d’IPO (introductions à la cote) et la volonté des différents acteurs et autorités de canaliser les opérations de privatisation ou d’émission de titres via ce marché. Le regain d’intérêt des investisseurs étrangers pour la région est très visible et il faut que la BRVM off re des opportunités de placement à des tailles adaptées à ce type d’investisseurs. La recherche de la taille critique ne pourra se faire qu’à travers des IPO croisées dans les deux places, l’implication des États via la privatisation et le marché de la dette, ainsi que par l’incitation auprès des institutionnels (OPCVM et assurances) pour intervenir sur ces marchés. Nous avons aussi noté un grand intérêt de quelques entre-prises marocaines cotées à Casablanca et qui ont des filiales implantées dans la zone Uemoa, pour faire appel au marché pour financer leur développement. Je reste pour ma part convaincu que la complémentarité ne pourra être pérenne que si les deux marchés contribuent efficacement au financement de la croissance économique ! Le volume des transactions suivra.

Quels champs de collaboration sont possibles ?

On peut les décrire à travers les missions des cinq comités de travail que nous avons créés au sein de ce groupe d’impulsion : l’harmonisation réglementaire, la fluidité et la sécurité des transactions sur le marché et post-exécution ; le développement du marché et de nouveaux produits ; l’apport de la technologie dans ce rapprochement tant au niveau des Bourses que des dépositaires, et enfin le lancement d’une étude de faisabilité d’une Bourse de matières premières. N’oublions pas aussi le rôle de l’analyse financière et de la communication des émetteurs qui est très important dans ce chantier, car ils forment le socle de la confiance des investisseurs. Ces comités vont réaliser une analyse comparative et une évaluation des pratiques des deux marchés. En se basant sur les bonnes pratiques, ils proposeront des pistes d’améliorations pour favoriser le rapprochement.

À terme, dans quelle mesure ce rapprochement permettra-t-il aux investisseurs étrangers d’effectuer des placements à Abidjan via Casablanca et vice versa ?

Pour permettre aux investisseurs étrangers de nouer des opérations sur les deux places, il faudra mettre en place des préalables réglementaires, techniques et informatiques et c’est l’objet du 1er comité qui est coprésidé par l’APSB et l’APSGI. Les investisseurs étrangers exigent des normes de dénouement de transactions et de sécurité des avoirs. Le rôle des dépositaires centraux est crucial pour sécuriser le post-trade. Les régulateurs veilleront à mettre en place les bonnes règles de fonctionnement. Il restera d’autres points à faire converger tels que le contrôle des changes, le dénouement espèces, les délais de traitement, les régimes des titres… C’est un chantier d’envergure que nous avons ouvert, mais nous sommes rassurés et confiants ! Le professionnalisme et l’expérience des acteurs des deux places, la collaboration avancée entre les deux régulateurs, la détermination de la BRVM, la BVC et Maroclear d’avancer dans ce chantier et surtout la volonté politique affichée sont de réels leviers pour concrétiser cette ambition dans des délais raisonnables.

À quel horizon une double cotation sera-t-elle effective ?

Le sujet de la double cotation a suscité beaucoup d’intérêt lors de cette journée de travail, car le chantier est très compliqué et nous avons l’expérience à la Bourse de Casablanca avec Maroc Télécom (cotée à Euronext) et la société Ennakl (cotée à Tunis). Nous avons décidé avec l’APSGI de lancer une étude pour évaluer la pertinence d’aller dans ce sens. L’objectif recherché est d’accélérer le rythme des IPO dans les deux marchés et permettre aux émetteurs d’accéder facilement aux deux Bourses, de lever des fonds en monnaie locale ou en devises, ou de céder une partie de leur capital. Nous devons trouver des pistes efficaces, peu compliquées, réalisables à court terme. Et surtout qui garantissent une protection des investisseurs et respectent les réglementations respectives en termes d’offres publiques. Je vous rassure, nous n’avons pas que la double cotation comme piste de réflexion ; nous devons construire notre propre modèle de marché africain.

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