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NYFA , une passerelle entre les décideurs

Le quatrième Forum New York Africa se tiendra fin août, à Libreville (Gabon). Son initiateur, Richard Attias, explique l’intérêt d’un tel événement et ses retombées concrètes pour les Africains.

RICHARD ATTIAS Promoteur du NYFA

Comment se porte le New York Forum Africa ? N’est-il pas confronté au risque d’usure ?

Je vais vous répondre en vous disant tout simplement : y a-t-il un phénomène d’usure pour le Forum de Davos, 45 ans après sa première édition ? Y a-t-il usure de la Clinton Global Initiative près de huit ans plus tard ? Y a-t-il usure du Forum Aspen ? Non ! Pourquoi ? Parce que tous ces forums – j’aurais pu en citer d’autres – ont un dénominateur commun, qui, je l’espère, est partagé avec le NYFA, la qualité du contenu et des participants.

Nous consacrons un temps considérable, pour être certains de mettre en avant, à chaque fois, des pionniers. Non seulement ceux qui font l’actualité, mais qui ont des idées, ceux qui ont une force de proposition, ceux qui sont engagés. Quand les participants viennent à une telle plateforme, ils attendent des initiatives, du concret, des résultats, loin de toute vocation commerciale. Nous ne faisons pas la course aux sponsors ou aux participants payants ! Pas de risque d’usure, dans ces conditions, juste du travail, encore du travail, toujours du travail, pour essayer de faire mieux chaque année.

Ce type de communication à gros budget, de 2 à 7 millions d’euros, est-il vraiment adapté à l’esprit de l’Afrique ?

Absolument ! À une condition : ne pas en faire trop. Bien que l’Afrique compte 54 pays, il y a eu effectivement un phénomène – qui a suivi, d’ailleurs, la création du NYFA – que certains de vos confrères ont appelé « un phénomène de mode » ; certaines réunions n’ont envisagé que l’aspect commercial. Aujourd’hui, nous revendiquons le fait d’être le premier grand forum panafricain, qui a, en plus, plusieurs composantes nouvelles.

Nous avons associé, dès le départ, les jeunes. Notre continent doit s’adresser, avant toutes choses, à la jeune génération, aux entrepreneurs, aux jeunes femmes… pour que tous trouvent un terrain d’expression, de prime abord. Et aussi, que l’on fasse coexister quatre grandes forces : la jeunesse, le secteur privé, le secteur public et les médias.

Les médias ont un rôle clé ! De quoi aujourd’hui ont besoin l’Afrique et les Africains ? Et notamment les jeunes ? D’abord, une meilleure perception du continent. Il suffit d’un drame, comme Ebola dans trois pays, pour que l’on pense que tout le continent est malade et contaminé. Il suffit de trois ou quatre conflits armés sur ce continent de 1 milliard de personnes, avec ses dizaines de millions de kilomètres carrés, pour qu’on pense qu’il est en feu ! Par conséquent, les médias ont un rôle très important, même si leur tendance est de considérer le verre à moitié vide…

Les entrepreneurs africains ont besoin qu’on parle de leurs projets, afin de leur donner une chance d’être connus et reconnus. Dans ce domaine, la presse occidentale a beaucoup aidé les start-up anglo-saxonnes de la Silicon Valley. D’où l’importance d’évoquer les success stories des jeunes entrepreneurs ayant réussi à obtenir des financements pour leurs projets. Voilà pourquoi l’Afrique a besoin de ce genre de plateformes, à condition que la qualité soit au rendez-vous et les résultats aussi. Pour l’édition 2015, nous avons décidé de décerner un grand prix pour aider les jeunes entrepreneurs et les start-up africaines, afin de leur faciliter l’accès au financement ; nous mettrons à leur disposition des moyens financiers pour les aider à développer leurs projets.

Justement, cette année, qu’est-ce qui explique le choix d’associer l’AGOA (African Growth and Opportunity Act) à l’édition du NYFA ?

Plusieurs raisons expliquent ce choix. D’abord, ce point impor-tant : 2015 n’est pas une année facile pour beaucoup de pays africains, notamment ceux qui tirent leurs principaux revenus du pétrole. Les budgets de certains États ont été divisés quasiment par deux. Il était donc de notre devoir de réfléchir avec le pays hôte au fait qu’il fallait optimiser les coûts tout au long de l’année, notamment pour ce qui concerne le Gabon. Quand celui-ci s’est retrouvé face à deux très grands événements la même année, il était très cohérent d’optimiser les dépenses en ne réinventant pas à trois mois d’intervalle des budgets quasiment identiques pour les moyens techniques de son, de lumière, de vidéo, d’aménagement, etc. D’où des économies d’échelle : nous organisons tout la même semaine ! 

De plus, l’Afrique peut tirer avantage de la synergie qui peut s’établir entre l’audience du NYFA et un public américain qui n’a pas l’habitude de venir sur le continent et qui, cette fois, viendra. Car l’AGOA, c’est avant tout la relation commerciale entre les États-Unis et certains pays d’Afrique. Il était pour nous évident qu’il fallait travailler main dans la main et d’essayer de faire fonctionner en parallèle le grand NYFA Panafricain et le forum de l’AGOA, où se rendront un grand nombre de décideurs économiques et politiques américains ! 

Il est au contraire très important, quand on passe une période économique difficile, de ne pas se mettre en position défensive. Il faut au contraire être en situation d’ouverture, de créativité, d’innovation, et surtout, de diversification de son économie.

Dans cette communication de crise, que pouvez-vous faire dans des pays comme le Gabon, que vous venez d’évoquer ? 

Il n’y a pas de communication de crise. Il n’y a pas de « crise » non plus ! Pour beaucoup de pays – le constat est valable aussi en Europe et en Asie – on observe une baisse de la croissance liée parfois à la baisse des prix des matières premières ou à l’envolée des prix de certains biens de consommation… L’économie mondiale, comme vous le savez, passe par des cycles. Rien n’est définitivement acquis. Les périodes de stabilité de 10 à 15 ans sont révolues ; à mon avis, celui qui n’a pas compris cela doit se remettre en question ! Il est au contraire très important, quand on passe une période économique difficile, de ne pas se mettre en position défensive. Il faut au contraire être en situation d’ouverture, de créativité, d’innovation, et surtout, de diversification de son économie. C’est là où le modèle gabonais m’avait intéressé dès les débuts du NYFA. À travers le fameux Plan du Gabon émergent que beaucoup de pays ont copié par la suite. 

Il n’empêche que le Gabon semble être en crise, aujourd’hui… 

Non, je ne le pense pas. Nous avons toujours un Gabon qui continue sa route vers l’avant. J’ai eu l’occasion de visiter un grand nombre d’endroits. Des projets importants comme ceux des centrales électriques, des barrages ; comme le grand projet Graine qui a été lancé il y a peu, avec le groupe Olam, notamment. Des classes d’école ont été ouvertes, plus de 1 000 ! Bien sûr, à côté de cela, certains chantiers sont en retard. Mais un pays ne se transforme pas d’un coup de baguette magique ! Prenons garde aussi : à l’approche d’une échéance électorale, tout est envisageable pour « créer de la crise » ! Au Gabon, il y a eu un phénomène d’agitations, qui ont été souvent suscitées par une certaine opposition… Il faut laisser la démocratie faire le tri. En attendant le verdict des urnes, il faut travailler tous ensemble, pour continuer la « feuille de route » politique. Ce jugement ne s’applique pas qu’au Gabon ! Le rôle de toute opposition est de proposer des idées, mais dans un esprit positif. Pour dire : n’attendons pas deux ans pour faire cela. Mettons déjà en oeuvre telle ou telle proposition concrète. D’ailleurs, le NYFA se veut aussi une plateforme où nous demandons à chacun et à chacune de venir et d’expliquer comment il voit la transformation du pays.

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