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African Business

Momar Nguer : Les françaises sont des investisseurs de long terme

Président du Comité Afrique du Medef International, Momar Nguer (groupe Total) plaide pour un soutien des entreprises françaises à la création de microentreprises et de partenariats. La zone de libre-échange constitue une excellente opportunité pour associer la jeunesse et les entreprises africaines à cette grande ambition.

Propos recueillis par Hichem Ben Yaïche et Nicolas Bouchet

Comment menez-vous vos actions au comité Afrique du Medef, tandis que la pandémie semble avoir pétrifié le monde ?

Depuis le début, les membres du Comité, entreprises installées en Afrique, ont compris les enjeux de cette pandémie. Sanitaire d’abord pour limiter la propagation du virus, ce pour quoi l’Afrique a malheureusement une grande expérience. Un autre sujet nous a rapidement interpellés est celui des mesures d’aide à l’économie, pour lequel nous avons mis la main à la poche.

Le credo du « quoi qu’il en coûte » n’est pas possible en Afrique parce que les ressources y sont limitées. Malgré les efforts faits par les entreprises locales et étrangères, la société civile, les particuliers et les partenaires au développement, les mesures de distribution de nourriture aux populations, d’aide aux entreprises dans les pays comme le Sénégal ou la Gambie où le tourisme représente une part importante du PIB, n’ont pas tenu compte des chaînes de valeur qui les sous-tendent.

Comment justement, dans ce contexte contraint et particulier, avez-vous poursuivi votre mission d’information sur l’Afrique ?

Nous essayons d’être à l’écoute des pouvoirs publics locaux, en Afrique. Il ne sert à rien de venir leur expliquer ce qu’il faut faire et notre rôle est de participer à des discussions pour orienter des choix et surtout, en tant qu’entreprises, d’être exemplaires. Par nos comportements de prévention en nous imposant le port du masque, par la mise en place de tests financés par les entreprises, nous participons à aider les politiques de santé publique mais n’avons pas à les définir.

Pouvez-vous nous planter le décor de votre action. Quelle est la géographie de vos entreprises ? Celles-ci semblent avoir une approche continentale, même si la partie francophone reste leur pré carré.

Je n’aime pas ce mot de pré carré. J’ai été jusqu’en 2016 directeur Afrique pour Total et quand j’ai quitté ce poste, les trois filiales qui vendaient le plus en Afrique étaient au Nigeria, en Afrique du Sud et en Égypte. On maintient l’idée que les entreprises françaises vont là où c’est le plus facile mais tous ceux qui cherchent à s’implanter en Afrique doivent savoir qu’une langue commune n’est pas un avantage suffisant pour réussir. N’en déplaise aux partisans de la francophonie, la langue des affaires, c’est l’anglais, parce que les gouvernements et les contreparties veulent diversifier leurs partenaires.

Si les entreprises européennes accordent des dizaines de milliers de stages par an, ce seront autant de jeunes qui auront la chance de côtoyer et d’intégrer le monde du travail. Les entreprises sont des lieux où l’on apprend la réalité. Nous pouvons donner de l’espoir aux jeunes, tant en milieu urbain que rural.

Les entreprises françaises sont partout en Afrique, dans certains pays depuis des décennies, et se sentent partout chez elles. Elles ont la particularité, méconnue dans notre monde de compétition et qu’il faut préserver, de savoir-faire des partenariats. Aujourd’hui dans l’énergie, les télécoms, le secteur bancaire, le BTP ou l’eau, elles ont bâti des partenariats avec des entreprises locales. Nous sommes des investisseurs au long cours et venons très rarement pour des projets d’un ou deux ans. Les entreprises françaises s’appuient souvent sur une filiale qu’elles possèdent dans le pays depuis cinquante ou soixante ans. Cette présence fait notre particularité en Afrique francophone, et ailleurs sur le continent.

L’Afrique a besoin d’éducation, de formation, de transfert de savoir-faire. Comment aller plus loin dans cette direction ?

La principale préoccupation des gouvernements aujourd’hui est le sort de la jeunesse. On ne peut pas rester étranger à cette préoccupation quand on s’installe à long terme. Quand on voit les quartiers périphériques, les universités, toute cette jeunesse, on se dit : « Il va falloir leur trouver du travail. » Pendant longtemps, avec des taux de croissance démographiques relativement faibles, la fonction publique absorbait l’essentiel de cette force de travail. Elle ne recrute plus et les entreprises du secteur formel ne peuvent pas absorber les centaines de milliers de diplômés qui sortent des universités.

Il faut aider à bâtir un modèle africain de développement, comme l’Asie l’a fait, en s’appuyant sur des microentreprises. Nous devons aider les pays africains sur ce chemin-là à créer les opportunités de création de telles entreprises. Il faut aussi arriver à fixer les populations rurales sur les terres. Une politique ne peut ignorer que le rêve de 80% de la jeunesse rurale est de venir dans les banlieues et in fine de venir en Europe, sans lourdes conséquences pour l’avenir. Enfin, le continent doit atteindre un certain niveau de confort par l’électrification et l’accès au numérique.

La France a des atouts sur les Smart cities et l’Afrique connaît une urbanisation d’une grande ampleur, et inédite. Comment, au niveau du Medef et des entreprises qui vous suivent, accompagner le continent dans cette phase de préparation du futur, qui suppose des technologies et des modèles d’innovation ?

Si les entreprises européennes accordent des dizaines de milliers de stages par an, ce seront autant de jeunes qui auront la chance de côtoyer et d’intégrer le monde du travail. Les entreprises sont des lieux où l’on apprend la réalité. On peut donner de l’espoir aux jeunes en milieu urbain et éviter qu’ils prennent des pirogues pour venir en Europe et risquer de mourir. En milieu rural, les programmes de certains pays pour l’électrification, les routes, la numérisation et l’accès à Internet font que les gens restent plutôt que d’aller dans les banlieues des grandes villes.

La Zone de libre-échange va-t-elle changer la donne pour les entreprises françaises, le déploiement de leur savoir-faire et l’entrée dans la transformation sur place des matières premières ?

Nous avons organisé plusieurs débats au Medef sur la zone de libre-échange et y croyons absolument. Ce projet part de zones existantes en Afrique de l’Est, de l’Ouest et centrale. Un Ivoirien peut s’installer au Mali sans besoin d’un document administratif autre qu’une carte d’identité.

Les entreprises françaises doivent se demander qui va en profiter. Il faut bâtir des champions africains par des partenariats entre entreprises françaises et africaines d’un certain niveau, présentes sur plusieurs pays. Faisons en sorte que le jour arrive où cette zone sera plus large que la Cedeao et la CEA, afin que nous passions à une autre échelle. Celles qui arriveront à faire cela seront les grandes gagnantes de la Zone de libre-échange.

HBY et NB

 

Une réponse à “Momar Nguer : Les françaises sont des investisseurs de long terme”

  1. VITA dit :

    Quand l’aurore pointe le bout de son nez c’est que l’espoir de voir les premiers rayons de soleil est en train de créer l’espérance du renouveau ou du renouvellement de l’énergie créative .

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