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Mohamed Kagnassy, conseiller du président Condé

Depuis quelques années, le paysan guinéen a compris que l’agriculture, au-delà de nourrir, son homme, est un business. Qui parle d’agrobusiness parle du coût de la production. Or, en Guinée, l’eau est disponible, les terres arables foisonnent. Quand ces facteurs sont réunis, vous êtes forcément un candidat à l’exportation des produits agricoles sur le marché mondial. Tout ce qui peut vous rester à faire, c’est d’adopter une bonne politique agricole pour la mécanisation et l’industrialisation. Et c’est cette politique que nous menons, au profit du Guinéen. Voyant cela, beaucoup de Guinéens retournent aujourd’hui à la terre.

En Guinée, les aménagements effectués par l’État et une grande pluviométrie permettent désormais les cultures de contre-saison. Dans certaines régions, une même terre peut porter à la fois une culture pérenne et une culture saisonnière.

Pour le Président, comme pour moi, l’agriculture et l’élevage constituent le levier du développement économique de la Guinée. Il s’agit là d’activités inclusives, contrairement aux mines où nous participons qu’à l’extraction. Avec les atouts que la Guinée a, l’agriculture reste l’un des domaines qui offre le plus d’opportunités d’emplois et d’entrepreneuriat. C’est pourquoi l’État guinéen fait aujourd’hui de son mieux pour attirer les jeunes à l’agrobusiness. Par exemple, dans la noix de cajou, on a récemment franchi les 2 000 dollars la tonne. Alors calculez ce que cela peut vous rapporter lorsque vous arrivez à produire 10 tonnes, ce qui n’est pas une grande quantité ! Et l’anacarde n’est qu’un exemple palpable parmi d’autres.

L’ambition d’Alpha Condé est aussi de concurrencer les grands producteurs agricoles de la sous-région, notamment la Côte d’Ivoire. Il faut combien de temps pour gagner ce pari ?

Le Président ne voit pas que la Côte d’Ivoire. Il veut surtout maximiser ce que la Guinée a comme atout agricole. Nous avons six millions d’hectares de terre arable, nous avons l’eau, nous avons des hommes qui sont prêts à gagner leur vie dans l’agrobusiness. Fort de ces atouts naturels et humains, Alpha Condé vise au-delà du continent.

Aujourd’hui, il reste très peu de terre à beaucoup de pays pour l’extension de leur agriculture. Mais pour la Guinée, les terres sont encore disponibles. À cela, s’ajoute l’apport de la nouvelle technologie. Nous n’aurons donc pas les mêmes parcours que d’autres pays. Nous, notre retard peut être notre atout. C’est ce qui doit être compris.

On a l’impression que vous agissez moins dans le domaine de l’élevage…

Pourtant, avec la coopération marocaine, le président de la République a déjà entrepris un programme très novateur en Guinée, à savoir l’insémination artificielle pour augmenter la production de viande et de lait. Parce que nous avons en Guinée des espèces comme le Ndama, qui atteint rarement les 200 kilogrammes. Dans d’autres pays, certaines espèces pèsent jusqu’au-delà de 1 000 kilogrammes.

Dans le domaine de l’élevage, nous avons surtout besoin de la formation. Des jeunes ont été récemment envoyés en formation au Maroc pour servir de noyau à la promotion d’une nouvelle race… L’objectif, c’est plus de production quantitative et qualitative pour l’éleveur et plus de viandes disponibles pour le consommateur.

Alpha Condé, en tant que dirigeant de l’Union africaine, a souvent évoqué le rôle majeur qu’il accorde à l’agriculture. A-t-il été entendu, durant son mandat ?

Je suis heureux que le président Condé ait pu réveiller les consciences en matière agricole. Si l’agriculture concerne un grand nombre d’Africains, c’est qu’elle concerne alors l’essentiel du continent. Mais le paradoxe est que l’Afrique, avec toutes ces terres arables doit importer les productions agricoles des autres régions du monde. C’est un non-sens. L’argent consacré à cette importation pouvait servir à autre chose.

Durant toute une année, Alpha Condé a attiré l’attention de tous sur les potentialités agricoles du continent, il a parlé au nom des paysans, il les a mis en lumière. Il a fait comprendre que l’agriculture est un secteur qui peut nous amener à résoudre nos problèmes et à concurrencer les autres. De ce point de vue, la Guinée est un résumé du potentiel agricole du continent ! C’est-à-dire un continent qui a les ressources naturelles et humaines pour le développement de son agriculture. Ce n’est pas non plus les débouchés qui font défaut.

Avec l’augmentation de la population mondiale, la demande en alimentation va croître. Alors, l’Afrique ne peut plus se tourner exclusivement vers l’agropastoral. On ne peut pas disposer de tels atouts et écarter l’agriculture dans sa stratégie de développement. Mais, l’agriculture ne pourra être forte en Afrique qu’avec des structures fortes dédiées à la cause.

Après le passage du président Condé à la tête de l’UA, ce sont des termes comme agrobusiness ou agriculture qui sont repris partout en Afrique. Dans toutes les régions du continent, c’est un réveil. Et c’est formidable. En réaction, la BAD a compris que le continent regorge d’atouts naturels et humains dans ce domaine ; sans surprise, l’institution parle davantage de l’agriculture! 

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