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Mohamed Ibn Chambas cause

Le représentant de l’Onu pour l’Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas, insiste sur les avancées démocratiques, au coeur des débats dans la région ; il salue les processus électoraux, expliquant en quoi les élections récentes au Nigeria peuvent faire école.

Peut-on être optimiste, à l’approche des nombreuses élections qui se dérouleront en Afrique, ces prochains mois ?

Oui, car la préparation des échéances électorales attendues cette année au Burkina Faso, en Guinée, en Côte d’Ivoire, ainsi qu’au Bénin, au Cap-Vert, au Niger, en Gambie, au Ghana en 2016, est déjà bien engagée. Au Burkina Faso, par exemple, les autorités de transition et la commission électorale indépendante travaillent étroitement avec la communauté internationale. Il est très important que ces élections se déroulent de manière transparente et apaisée, car elles marquent le retour à un gouvernement élu, après les incertitudes qui ont suivi le départ de l’ancien Président. Je souhaiterais que l’on suive l’exemple tracé par le Nigeria, le 28 avril dernier: le pays a donné une leçon de démocratie par l’acceptation des résultats par les candidats à la Présidence, ainsi que par l’absence de violence post-électorale.

Comment se présente la préparation de la prochaine élection présidentielle en Guinée, et quelle leçon peut-on en tirer pour la sous-région ?

Nous suivons avec attention la situation sur place depuis l’accord du 3 juillet 2013 que l’Unowa avait facilité conjointement avec l’Union européenne et l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie). En ce moment, nous appuyons l’opposition et le gouvernement pour la reprise du dialogue politique, afi n d’aplanir les sujets de discorde et préparer les conditions nécessaires à la tenue d’élections crédibles, transparentes, libres et apaisées. De plus, la mobilisation des partenaires est amorcée pour assurer que l’élection présidentielle se déroulera bien le 11 octobre 2015 et éviter, ainsi, un vide constitutionnel. Il est un peu tôt pour tirer des leçons de ce processus, mais il est capital que les deux parties s’entendent, ne serait-ce que pour poursuivre leurs efforts dans la lutte contre le virus Ebola et enrayer l’épidémie. La population guinéenne attend des réponses concrètes aux difficultés socio-économiques que le virus a entraînées. La reprise des vols commerciaux et la réouverture des frontières sont la priorité.

Comment expliquez-vous le désir manifeste de certains dirigeants africains de modifier les constitutions pour se maintenir au pouvoir ?

À l’évidence, il s’agit là de choix individuels. Je ne crois pas que tous les dirigeants africains soient dans cette même optique ; mais pour remédier à ces velléités, il est important de construire des institutions crédibles et fortes, qui pourront servir de garde-fou. La société civile et les partis politiques doivent, également, jouer leur rôle en toute objectivité…

On dit souvent que les alternances politiques sont plus faciles dans l’Afrique anglophone que dans l’Afrique francophone. Est-ce vraiment le cas ? La culture politique est souvent différente entre les pays anglophones et francophones, mais les alternances politiques en Afrique anglophones ne sont pas toujours plus faciles, même en ce qui concerne l’Afrique de l’Ouest.

Pourtant, dans certains pays, y compris en Afrique de l’Ouest, les alternances s’opèrent avec succès. Pourquoi ne servent-ils pas d’exemples aux autres ?

Au contraire, des pays comme le Sénégal, le Cap-Vert et le Ghana servent de référence dans toutes les réunions régionales, portant sur le sujet des élections. Le processus électoral au Nigeria, qui comportait des risques potentiels très élevés, est désormais un cas d’école. En effet, plusieurs facteurs positifs ont facilité ce processus et pourront être renouvelés, à la demande, dans toute la région. Je pense notamment, au contrôle du monitoring et des organisations d’observations électorales, que ce soit les missions internationales mais surtout les moniteurs et observateurs nationaux ; du rôle clé de la Commission électorale (CENI), de l’utilisation du vote électronique pour se préserver contre les risques de fraude, de la rapide remontée des résultats, d’une communication fluide et transparente entre les régions et la capitale, de mécanismes institutionnels de résolution des conflits électoraux en place, de l’engagement des partis politiques pour prévenir les débordements, de l’obligation de ne pas attaquer verbalement l’autre candidat, du respect d’une charte de bonne conduite, etc. Tous ces exemples pourront être très utiles lors de l’organisation d’autres scrutins présidentiels dans la région.

À quel niveau la communauté internationale est-elle la plus efficace pour exercer des pressions sur les dirigeants qui seraient tentés de modifier la Constitution pour se maintenir au pouvoir ?

Une action concertée à la fois au niveau international et au niveau régional est, certainement, la plus garante de bons résultats. Également, l’exemple du Burkina Faso nous a montré que les aspirations des peuples d’Afrique de l’Ouest ne peuvent être ignorées par les dirigeants.

Ne faudrait-il pas revoir, en Afrique, le statut d’ex-Président pour s’assurer que ces derniers acceptent de renoncer au pouvoir sans crainte ?

Ce statut existe déjà dans nombre de pays. En général, les Constitutions en place prévoient les modalités du terme présidentiel. À l’Unowa, nous faisons tout pour que ces questions soient traitées de manière sereine et dans le respect strict de la Constitution.

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