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Les ministres de la Zone CFA arrimés au CFA

Mais faut-il débaptiser la Zone franc ? Parce qu’on sent bien qu’il faudrait prendre une décision pour désamorcer cette vraie ou fausse polémique…

Ces décisions seraient du domaine du symbolique. Pour contrer les arguments politiques anti Zone franc, deux idées sont avancées : la première serait effectivement de changer le nom du franc CFA pour abandonner un mot qui fait référence à l’ancien franc colonial, ce dont on peut comprendre que ça puisse heurter les populations. Nous sommes là dans le symbole. Les Suisses ont toujours un franc suisse.

Les Malgaches – qui sont sortis de la zone CFA il y a maintenant trente ans – ont toujours le franc malgache. Le Rwanda, qui ne fait pas partie non plus de la Zone franc, a aussi le franc rwandais, etc. Donc, beaucoup de pays utilisent le franc alors qu’ils n’ont aucun rapport ni avec la colonisation, ni avec l’Afrique ni avec la Zone franc. Le fait de s’appeler « Franc » n’est tout de même pas une tare aux yeux de tous… Maintenant, si le système ne pouvait être maintenu qu’à cette condition, je ne vois pas d’objection à faire preuve de souplesse. On peut l’appeler autrement.

Le deuxième argument consiste à dire qu’il ne faut plus asseoir le CFA sur une seule monnaie – l’euro – mais sur un panier de monnaies qui serait constitué d’un mélange d’euros, de yuans, de yens, de dollars et peut-être de livres.

Mais la notion même de monnaie commune à parité fixe ne change­rait pas. Simplement, cette nouvelle monnaie ne serait plus rattachée au seul euro dont les fluctuations seraient ainsi pondérées par la présence des autres monnaies de ce panier.

Cette solution poserait un problème technique. Aujourd’hui, l’avantage de la Zone franc, c’est que lorsque les banques de l’Afrique de l’Ouest ou centrale ont besoin de devises, le Trésor français garantit l’approvisionnement en devises, moyennant quoi l’Afrique dépose 50 % de ses avoirs en garantie.

Ce n’est pas pour faire un cadeau à la France, car au final, ce sont des montants faibles par rapport aux flux financiers de l’Hexagone, mais cela est simplement une garantie qui permet de tirer des devises : lorsque les Banques centrales ont besoin de devises, elles appellent le Trésor qui en assure l’appro­visionnement.

Et ce quelles que soient les réserves en devises de chaque pays de la Zone. Si l’on quitte le rattachement au seul euro pour un panier de monnaies, qui va assurer cette garantie ? Je n’en sais rien…

Enfin, je mentionnerai un dernier point : les adversaires du CFA avancent un argument qui rencontre un certain écho auprès de l’opinion : la France travaillerait avec l’argent des Africains, en raison des réserves obligatoires que ces derniers doivent déposer. Selon eux, si les Africains disposaient de cet argent, ils pourraient l’investir.

Mais non, c’est inexact ! D’abord, la France ne dépense pas cet argent. Il ne sert que de garantie pour fournir des devises aux pays africains quand ils en ont besoin. Il ne s’agit pas d’une spolia­tion… De plus, ces devises ont déjà été transformées au préalable en francs CFA et mises en circulation dans les économies africaines. C’est un sujet compliqué qu’il faut savoir regarder paisiblement.

De plus, le système de la Zone franc procure aux populations un certain niveau de vie. Car il permet d’importer à moindre coût. Certains vous diront peut-être que des impor­tations moins chères handicapent précisément le développement d’une industrie de transformation en Afrique, mais je pense qu’il s’agit d’une fausse question. Car ce n’est pas l’histoire de la monnaie qui a retardé l’industrialisation de l’Afrique.

J’en veux pour preuve que certains pays africains qui n’appartiennent pas à la Zone ne sont pas davantage industrialisés que ceux qui en font partie. Et que, à titre d’exemple, un pays comme Madagascar a quitté la Zone franc et a continué, par la suite, et pour d’autres raisons, à stagner, voire régresser, économiquement.

J’ajoute enfin qu’une sortie de la Zone franc conduirait, de facto, à une dévaluation extrêmement forte qui pourrait être de l’ordre de 20 % ou 40 %, ce qui représenterait autant de pouvoir d’achat en moins pour les populations. Les gouvernements y sont-ils prêts politiquement ?

Le CIAN est une organisation indépen­dante. Quels sont vos rapports avec le pouvoir politique en France ? Il sollicite vos avis ? De quelle manière êtes-vous impliqués ?

Nous ne sommes pas statutairement impliqués dans le circuit des décisions 47

monétaires, qui d’ailleurs n’est pas un circuit français, puisqu’il dépend du conseil des gouverneurs ou des ministres des finances de la Zone franc. C’est un système paritaire, il faut le souligner. Ce n’est pas la France qui dirige à elle seule la Zone. Nous ne sommes pas officiellement consultés, mais nous avons des discussions. Nous parlons avec les gens, mais pas plus que d’autres organisations.

Vous êtes en charge du CIAN, donc, en quelque sorte, des entreprises françaises qui travaillent sur l’Afrique. L’Afrique semble avoir un besoin fort en expertise et transfert de savoir-faire. Êtes-vous intéressé par ces problématiques qui sont au coeur des revendications africaines ?

Évidemment. Déjà nous militons en faveur de l’éducation et de la formation, qui constituent une forme de transfert de savoir-faire. À l’occasion des Rencontres Africa 2017, j’ai animé une table ronde d’où il est ressorti très clairement qu’il y a un désir extraordinaire des opérateurs économiques français ou africains, et de la population, pour une amélioration de la formation des jeunes, pour leur permettre de trouver des emplois, mais surtout de manière à ce qu’ils soient la source et le fondement de la création d’entreprises africaines et d’un tissu africain de classes moyennes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le CIAN a lancé le programme « RH Excellence Afrique ». Oui, nous sommes tout à fait pour le transfert des expertises. Il n’y a pas d’ambiguïtés.

Nous avons en France, un nouveau Président : comment voyez-vous le « macronisme » et l’Afrique ?

Il est trop tôt pour répondre à cette question. Je vous ferai part simplement d’un sentiment : nous sommes en train de vivre des jours qui peuvent apporter une prolongation, une inflexion ou une redéfinition de la politique française en Afrique.

Mon souhait est que, s’il devait y avoir une inflexion en direction d’une nouvelle politique – ce qui n’est peut-être pas certain, car cela n’a pas encore été annoncé – cela se fasse dans le sens d’une implication encore plus forte de la France, non pas dans un sens de domination ou quoi que ce soit de ce genre, mais dans un sens de partenariat, à la fois pour aider l’Afrique mais aussi pour le bien de nos entreprises. Je ne suis pas naïf, tout le monde doit pouvoir y gagner, l’Afrique et les entreprises !

Les entreprises françaises que je représente ont beaucoup à gagner au développement de l’Afrique, et à améliorer leur position, et cela se fera aussi au profit de l’Afrique, de sa croissance et de sa nouvelle population, jeune, qui arrive sur le marché. J’espère donc que la France marquera encore plus sa préférence et sa priorité sur l’Afrique.

Nous le faisons sur le plan militaire, nous avons un réseau diplomatique très dense, nos entreprises sont là, mais de nouveaux acteurs arrivent – les Chinois, les Indiens, les Marocains, les Turcs – et il faut que nous marquions encore plus que par le passé notre volonté de prendre des risques et d’être présents en Afrique.

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