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Les ministres de la Zone CFA arrimés au CFA

Étienne Giros, président délégué du CIAN:

« Le CFA permet l’union monétaire »

Comment ce sujet important de l’intégration monétaire est-il vu par l’organisation des entreprises françaises travaillant en Afrique, le CIAN ? Étienne Giros aborde franchement la question.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche

Le débat sur le CFA provoque parfois des passions. C’est une symbolique qui ne laisse personne indifférent. Comment cette question est-elle abordée au sein de votre organisation ?

Il faut comprendre le contexte dans lequel ce débat a lieu. Le sujet est rendu compliqué par le fait qu’il peut être abordé par une approche politique ou une approche technique. En général, les adversaires du CFA privilégient plutôt une approche sociologique ou politique – voire parfois idéologique – plus que technique.

Et inversement, les défenseurs du CFA doivent utiliser des arguments techniques, car ce système monétaire est complexe. Il est difficile de répondre à des arguments politiques par de la haute technicité, ce qui rend ce débat particulièrement délicat.

Mais cela n’empêche pas le CIAN d’apporter des éléments de réponse : les chefs d’entreprise qui travaillent sur l’Afrique ont des intérêts considérables, économiques, mais aussi monétaires…

Bien sûr ! Et le CIAN a sa propre position et sa propre analyse sur le sujet. Cette position est compliquée dans la mesure où certains membres du CIAN, selon qu’ils sont importateurs ou exporta­teurs, peuvent avoir une vision différente du CFA. Pour entrer dans le détail, la parité pose un évident problème : une monnaie fluctuante ou faible favorise les exportations ce qui fait que les entreprises exportatrices penchent plutôt en faveur d’un CFA faible, et donc, à son non-ratta­chement à l’euro qui est une monnaie forte. Les importateurs ont la position inverse. Bien entendu, le CFA a d’autres qualités, d’autres caractéristiques ou même d’autres inconvénients que ce qui touche à la parité, et l’on ne peut pas se contenter d’aborder la question stratégique et fondamentale du CFA uniquement sous cet angle.

Cela n’empêche pas de considérer ou non le maintien de la Zone franc. Aujourd’hui, le débat et la polémique tournent autour de cette question…

Ma vision personnelle à ce sujet est la suivante : les arguments principaux des adversaires du CFA sont avant tout politiques et de souveraineté, qui consistent à soutenir que tout pays indépendant doit pouvoir gérer sa monnaie comme il l’entend : la dévaluer, fixer sa parité, et pouvoir en émettre la quantité qu’il veut, c’est-à-dire pouvoir créer de l’inflation.

Beaucoup considèrent que l’inflation est favorable à la croissance. En d’autres termes, les adversaires du CFA s’appuient sur un double argument : le CFA serait d’abord une atteinte à la souveraineté des pays africains – certains allant même jusqu’à dire qu’il serait l’expression du néocolonialisme ou de la domination française, ce que je trouve excessif – et d’autre part que les pays africains pourraient mener une politique écono­mico-financière différente, plus favorable à la croissance.

Voilà pour les arguments des adversaires. Et aujourd’hui, ce qu’on entend le plus, ce sont ces thèses politiques. Je pense notamment à la personne qui a fait brûler un billet CFA à Dakar, ce qui lui a valu quelques jours de garde à vue, avec de fortes retombées médiatiques. Ce sont des positions qui trouvent un certain écho dans la population à qui on dit que tout va mal et que c’est à cause du CFA. Il suffirait donc d’abattre le CFA… C’est à mon avis une vue très réductrice.

Mais personne ne reste indifférent : il y a une décision à prendre. Y a-t-il des scénarios de sortie ?

Je ne suis pas certain qu’il faille prendre de grandes décisions. Simplement, il faut constater que ce mouvement de protesta­tion monte en puissance. Il ne suffit donc pas d’écarter ces arguments d’un revers de main en disant qu’ils ne sont pas sérieux.

Nous devons tenir compte de cet environ­nement et y réfléchir.

Les partisans du maintien du CFA – dont je fais partie – ont aussi des arguments forts. En premier lieu, le système présente l’avantage de constituer une union monétaire sur le plan régional. On n’a pas toujours conscience que l’euro a mis des décennies à se construire et que, malgré tout, il est largement plébiscité aujourd’hui.

L’Afrique, elle, bénéficie depuis 1945 d’une zone monétaire unifiée (en réalité deux, l’Afrique de l’Ouest et centrale). Elle est totalement pionnière dans ce domaine et cela correspond parfaitement au mouvement actuel de la mondialisation ! Beaucoup de zones du monde envient cette situation. Il faut donc prendre garde de ne pas jeter à la poubelle un actif qui met l’Afrique en avance sur beaucoup d’autres régions du monde.

En deuxième lieu, la Zone franc se caractérise essentiellement par le fait que la monnaie est convertible avec l’euro, c’est-à-dire qu’elle est transférable. Elle bénéficie d’un taux de change fixe. En théorie, au niveau des Banques centrales régionales, on peut le transférer. C’est un atout très technique mais dont les populations n’ont pas conscience de l’avantage qu’il leur procure, notamment en facilitant les inves­tissements et les financements étrangers.

Que vous soyez Africain, Chinois, Français ou Anglais, lorsque vous êtes investisseur, vous avez besoin d’une stabilité monétaire. Si au risque de l’investissement, de l’envi­ronnement politique et économique, vous ajoutez un risque monétaire qui réside dans le fait que vous allez investir 100 euros dans un pays d’Afrique avec le risque de perdre des dizaines de pourcentages à cause d’une dévaluation, vous allez envisager d’investir dans un autre pays… Aujourd’hui, quand vous investissez dans la Zone franc, vous ne prenez pas ce risque.

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