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Chiheb Ben Ahmed, et demain ?

Le ministre Chiheb Ben Ahmed dresse un tableau sans concession du secteur des Transports en Tunisie. Toutes les entreprises, même celles qui resteront dans le giron de l’État, doivent se préparer à respecter les règles de la concurrence et de la bonne gouvernance.

La durée de votre gouvernement est limitée dans le temps. Comment travaillez-vous pour gérer le quotidien et, en même temps, vous projeter sur le long terme avec un regard stratégique?

Notre mission initiale est de préparer le pays à ce que des élections libres et transparentes se déroulent dans les meilleures conditions, d’ici à la fin de l’année. Tel est l’objectif initial et final. Plus concrètement, nous devons faire en sorte que le climat social soit stable et assurer la continuité du service public.

De ce point de vue, on peut considérer que nous avons réussi. À cet égard, je rappelle que le ministère des Transports est le seul à n’avoir pas connu de débrayages sociaux. Nous avons eu quasiment zéro grève. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il n’y a eu pas de tensions ou de conflits, mais à chaque préavis de grève, nous avons réussi à trouver des compromis et des solutions aux problèmes posés.

Plus de six mois après votre nomination, dans quel état d’esprit êtes-vous, en termes d’urgence, de plan d’action ?

Le diagnostic qui a été constaté lors des premières semaines de prise de fonction a confirmé l’état sinistré du secteur du transport. Ce dernier est un pilier important de l’économie, non seulement pour le volet services de transport public, qui compte 26 entreprises, mais aussi par sa contribution à la compétitivité logistique du pays. Comme j’arrivais de Tunisair, j’ai mesuré rapidement l’état de santé des entreprises publiques, dont la majorité était en difficulté finan­cière aiguë.

Hormis la compagnie Tunisair, qui avait pris l’initiative de préparer un plan de redressement, aucune entreprise n’était consciente de la gravité de la situation. Bien au contraire, elles atten­daient tranquillement que le gouvernement les prenne en charge pour couvrir leurs déficits !

Nous étions en décalage entre la réalité économique et sa percep­tion par le secteur public. C’est pourquoi nous avons commencé par mettre la lumière sur la situation financière des entreprises publiques, et des enjeux d’une refonte en profondeur de leur mode de gouvernance. Ce point est important pour nous, car cette refonte est un prélude au plan de restructuration de l’ensemble du secteur, voire même au-delà. On ne sauve pas une entreprise si ses dirigeants ne sont pas conscients des risques de faillite. 

Quelle a été votre feuille de route par rapport à cette situation d’urgence ?

Autour de cet axe de restructuration des entreprises publiques, nous avons élaboré quatre autres axes de travail qui ont constitué notre feuille de route, à savoir, une logistique performante au service du commerce extérieur, la gouvernance des marchés publics et l’engagement des grands projets structurants, la sécurité globale et la gestion des risques, et enfin le dialogue social.

Comment réformer un secteur qui a toutes les inerties, les lourdeurs d’une Tunisie totalement en déphasage par rapport aux exigences de ce secteur ? Comment expliquez-vous ce retard ?

Cette situation est le produit d’une mauvaise planification, d’une mauvaise gouvernance des politiques publiques et de retards d’exé­cution de projets stratégiques, qui ont été malheureusement accen­tués après la Révolution… Du coup, le secteur n’a pas su accompa­gner l’évolution des besoins en termes d’infrastructure, de services et de marché.

Pour illustrer mon propos dans le domaine du transport des marchandises, je rappelle qu’en 2010, la Tunisie était classée 70e en termes de performance logistique, avec des coûts logistiques de l’ordre de 15 % du PIB. En 2013, elle est passée à 20 % et a dégringolé à la 110e place. Ces cinq points représentent 3,6 milliards de dinars… Autant d’argent qui aurait pu servir à des investissements structu­rants pour le pays.

Côté transport en commun, la situation n’est guère plus relui­sante, puisque les entreprises de transport public survivent grâce aux subventions de l’État, et fournissent un service public dégradé. Le recrutement massif et abusif qui a eu lieu, pendant ces trois dernières années, dans toutes les entreprises, en particulier celles du transport, a été pour beaucoup dans l’aggravation de la situation !

La masse salariale a connu une augmentation phénoménale ; ainsi que les frais de carburant, de maintenance, alors que la productivité régressait d’une manière considérable… Tous ces paramètres ont contribué à ce que ces entreprises sombrent dans le gouffre de l’insolvabilité. Voilà la réalité des choses.

Revenons au dossier explosif, celui de la restructuration des entreprises publiques. Quelle est votre méthode de travail pour aborder l’un des plus gros défis de la transition économique ?

Notre ministère a été l’un des premiers à aborder le problème de la restructuration des entreprises publiques. Ce n’est pas par hasard. Le déficit qui incombe au secteur Transport, et qui s’élevait en 2013 à 1,4 milliard de dinars, représente près de 30 % du total du déficit des entreprises publiques. Ce dossier présente deux aspects. D’une part, la restructuration des entreprises publiques, avec l’urgence d’arrêter l’hémorragie. D’autre part, le financement de la restructuration, dans un contexte de situation difficile des finances publiques.

D’autre part, nous avons retenu à travers le dialogue économique national le principe de créer un Fonds de retournement, en PPP, doté de 1 milliard de dinars. Ce fonds va permettre de financer la recapi­talisation des entreprises dont les plans de restructuration seront validés.

Cette situation critique nous a obligés à définir une stratégie de restructuration à deux niveaux. Une restructuration financière au niveau de chaque entreprise, avec des exigences de résultats à court terme, et stratégie de financement par recapitalisation via des fonds, avec bien entendu une approche spécifique selon que l’entreprise opère dans le champ concurrentiel (donc privatisable) ou relève du monopole d’État. Un travail colossal conduit par une équipe de haut niveau, sous la conduite de Mondher Khanfir, notre conseiller principale. De quoi s’agit-il ?

Nous avons classé les entreprises qui souffraient de problèmes structurels et établi des priorités selon la nature de l’activité, le déficit cumulé et les subventions collectées. Notre approche a été de dire que nous arrêtons avec le principe de « subvention contre déficit », pour mettre en œuvre le principe de « budget contre programme » ou « capital contre investissement ». Aux entreprises de formuler les bonnes stratégies de restructuration, et de défendre leurs besoins en financement.

Notre démarche est nouvelle dans le secteur. Les entreprises publiques doivent fonctionner selon le code des sociétés commer­ciales, et si elles sont insolvables, elles ne seront pas à l’abri de la liqui­dation. Notre approche a choqué au début, mais elle a permis surtout de saisir l’enjeu de ce dossier. Nous sommes déterminés à sauver nos entreprises publiques, mais pas à n’importe quel prix et n’importe comment.

Nous voulons qu’elles redeviennent l’exemple à suivre en matière de gouvernance, de responsabilité sociétale et qu’elles comptent sur leurs propres ressources, qu’elles rendent des comptes sur leur performance et contribuent à la création de valeur. C’est aussi un moyen de renforcer la qualité du service dans le transport public, qui reste l’un des piliers de toute politique de développement socio-économique.

D’autre part, nous avons retenu à travers le dialogue économique national le principe de créer un Fonds de retournement, en PPP, doté de 1 milliard de dinars. Ce fonds va permettre de financer la recapi­talisation des entreprises dont les plans de restructuration seront validés. Nous envisageons aussi de mettre en place un fonds national d’impact plus modeste, de l’ordre de 300 millions DT, pour le finan­cement des programmes d’inclusion sociale par le transport. Ce sont des instruments innovateurs dans le secteur public, s’ils sont mis en oeuvre, je suis certain qu’ils contribueront à changer l’état du secteur.

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