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Le ministre Abdoulaye Bio Tchané cause…

Vieux routier de la politique, le ministre d’État, chargé du Plan et du développement du Bénin Abdoulaye Bio Tchané est habitué aux postes à responsabilité. Sous la présidence Patrice Talon, il doit accélérer des projets à long terme, pour que le Bénin réussisse sa transformation structurelle.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche

Comment se présente la situation économique du Bénin, dans un contexte de crise régionale liée à la chute des cours des matières premières ?

L’Afrique et le monde en général, ont traversé une crise ces dernières années qui, bien sûr, n’a pas épargné le Bénin. Nous sommes arrivés au pouvoir début 2016 et nous avons trouvé une situation financière catastrophique, ainsi que de nombreux défis à relever. Mais cette situation a aussi constitué une opportunité dans la mesure où elle nous a amenés à expliquer qu’il fallait restructurer notre économie.

L’objectif est clair : faire de l’économie béninoise une économie libérale, ouverte et compétitive. Sa concrétisation passe par des investissements structurants et des réformes très profondes, pour tirer parti de notre fort potentiel.

À travers le plan « Bénin révélé », le gouvernement a développé une vision programmatique et stratégique pour le pays. Comment allez-vous financer ce plan ?

Il est vrai que la transformation structurelle de notre économie est un programme très ambitieux mais réaliste. Nous avons les moyens de le financer étant donné que notre plan s’appuie, d’une part, sur des financements privés à hauteur d’environ 61 % du montant total des inves­tissements, et d’autre part sur notre épargne publique ainsi que sur d’autres partenaires et sur le marché financier régional.

La société béninoise est-elle prête aux réformes ?

Tous les pays sont ouverts aux réformes ! Tout est une question de méthode. Nous avons engagé 45 projets phares pour restructurer notre économie, notre société. Certaines réformes portent aussi sur l’architecture politique et institutionnelle. Nous croyons à l’importance des institu­tions pour un pays. Au Bénin, elles sont même cruciales ! Depuis l’indépendance, et à chaque étape clé, le peuple a montré qu’il était prêt à la réforme, pour autant que ses dirigeants s’y engagent.

Trop souvent, on y a renoncé, par facilité. Aujourd’hui, pour s’engager défini­tivement sur le chemin du développement, notre pays a besoin d’investissements structurants dans tous les secteurs de la vie économique mais aussi, et surtout, de réformes pour changer la manière de faire les choses.

Quel est l’avantage comparatif du Bénin susceptible d’attirer les investissements ?

Nous sommes un pays stable, où le processus démocratique se déroule bien. Le Bénin est un pays ouvert, compétitif, dans lequel il est possible de faire des affaires profitables, et où vous pouvez disposer sur place de l’argent gagné. Voilà notre principal argument ! Partout dans le monde, les inves­tisseurs ne viennent que s’ils savent qu’ils vont pouvoir faire des bénéfices dans un environ­nement porteur.

Et s’ils sont convaincus que le Bénin leur offre des opportunités dans les secteurs que nous avons choisi de privilé­gier – l’agriculture, le tourisme, l’économie numérique, l’économie du savoir –, ils viendront ! Et nous nous attelons à cela dans ces domaines avec en soutien des investisse­ments dans les infrastructures.

Comment comptez-vous libérer les initiatives et développer l’esprit d’entreprendre ?

Nous avons plusieurs chantiers. Nous devons d’abord nous ouvrir et transformer l’environnement institutionnel et nous avons déjà pris de nombreuses mesures dans ce sens, comme ce « paquet » de 50 mesures légales et réglementaires : sur le numérique, sur les partenariats public-privé, sur l’amélioration de l’environnement du climat des affaires et sur la flexibilité du marché du travail…

Nous avons également mis en place, par voie législative, un cadre pour la création de Zones économiques spéciales qui permettra à tous les investisseurs qui le souhaitent de s’installer en bénéficiant d’avantages légaux et fiscaux ainsi que des infrastructures comme l’eau, l’électricité, le téléphone, l’Internet, etc.

Et nous investissons pour réduire notre déficit d’infrastructure dans l’énergie, les routes, le port, la fibre optique. Bref, nous créons les conditions pour rendre nos entreprises plus compétitives.

Quand on exerce le pouvoir, le temps est compté. Comment rendre rapidement ces réformes opérationnelles, faire bouger les inerties ?

Oui, tout cela prend du temps et le temps nous est compté, cela est vrai. Mais il y a la méthode de programmation et, surtout, nous sommes en phase avec le calendrier fixé en début de mandat. Ce pays a toujours manqué d’une ambition programmatique.

C’est la raison pour laquelle nous avons d’abord défini le Programme d’action du gouvernement (PAG) et que nous sommes en train de finaliser le Plan national de développement (PND). Nous avons une vision stratégique pour notre pays. Aussi alignons-nous notre action sur les impératifs de développement durable.

Par exemple, nous venons d’investir massivement dans l’énergie et nous avons déjà produit près de 120 mégawatts d’électricité pour atteindre 500 MW d’ici 2021. Plusieurs projets impor­tants ont été réalisés en seulement 18 mois pour l’aménagement de nos villes, l’exten­sion de nos routes, le déploiement de la fibre optique ou encore la revalorisation du parc de la Pendjari, au nord du pays.

Comment faire accepter vos choix aux bailleurs de fonds ?

La clé est là : il faut être capable de dire quels sont les objectifs visés, quelle est notre programmation, les secteurs clés où nous agirons… Et cela fonctionne dans notre cas. Le FMI et la Banque mondiale ainsi que les autres grands bailleurs de fonds internatio­naux soutiennent ce programme ! C’est une forte garantie de sa soutenabilité. Encore récemment, après une visite de travail à Cotonou, le FMI a tablé sur une croissance en hausse pour 2017 et se montre optimiste sur l’impact des projets lancés.

Dans le cadre de notre PAG qui inclut des investissements structurants et des réformes, nous avons ainsi indiqué nos priorités sectorielles, nos besoins en infras­tructures et le plan de financement des projets. Par exemple, tous nos partenaires savent qu’un de nos objectifs majeurs est de fournir de l’eau potable à tous nos compa­triotes d’ici à 2021. Nous souhaitions voir tous les Béninois accéder au secteur de l’eau potable à l’horizon 2021, et tous les partenaires de ce secteur ont applaudi, car ils souhaitent être associés à cet objectif. Dès lors que vous définissez votre objectif, vous n’avez aucune difficulté à convaincre la Banque mondiale. L’argent n’est pas un obstacle quand les objectifs sont précis et que le dialogue s’instaure.

Quelle est la place de la mobilisation de l’épargne locale dans vos projets ? Cette ressource est trop souvent négligée.

Nous sommes aussi dans cette démarche : compter d’abord sur nos propres forces. Car il faut dégager davan­tage de marges, dans nos budgets. Quand nous sommes arrivés en 2016, le déficit de 2015 représentait déjà 10 % du PIB et nous prévoyions pour 2016 un déficit d’environ 12 %. Nous avons pris des mesures qui nous ont permis de terminer l’année avec un déficit beaucoup plus faible, de l’ordre de 6 % et nous poursuivons dans cette voie.

Ces marges nouvelles permettront d’engager nos propres ressources dans des investissements structurants plutôt que dans les dépenses courantes. Ensuite, nous comptons recourir au marché régional pour solliciter de nos concitoyens ainsi que des autres Africains de l’Ouest qu’ils participent au financement de nos programmes. Nous avons déjà commencé à émettre des obligations sur le marché régional ; elles ont été sursouscrites, ce qui signifie que l’action gouvernementale d’assainissement des finances publiques est très bien vue par les marchés, et très bien comprise par nos compatriotes.

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