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Mimica analyse les rapports Afrique-Europe

Ceci étant dit, si dans le commerce on a toujours fait référence aux recettes douanières, il faut être conscient que dans une économie globale, dans laquelle c’est la mobilité des facteurs de production qui crée la compétitivité, on ne peut pas penser raisonnablement qu’on devient compétitif sur le marché mondial par une protection douanière et baser son futur économique sur encore plus de protection.

La question est donc de savoir comment articuler une sortie progressive de cette protection, accompagnée par des trans­formations, des réformes amenant plus de compétitivité et un meilleur accès au marché global, et pas seulement au marché européen.

On oublie souvent que la matrice nourricière des violences est alimentée par la misère, les inégalités et l’absence de toute perspective d’emploi… Comment comptez-vous participer à cet effort pour traiter le mal à la racine ?

Ces phénomènes touchent d’abord et avant tout l’Afrique – et on a parfois tendance à l’oublier. C’est en Afrique que l’insécurité et le terrorisme tuent quoti­diennement. C’est en Afrique que 90 % des flux migratoires ont lieu. C’est l’Afrique qui accueille le plus grand nombre de personnes déplacées.

Nous savons tous quelles sont les causes profondes de l’instabilité, de la radicali­sation et du terrorisme. Et nous savons aussi tous quelles sont les causes profondes qui poussent tant d’êtres humains à faire le pari fou d’une traversée périlleuse en mer pour rejoindre les côtes européennes. Imaginez-vous… Je vous donne un chiffre : 33 000… c’est le nombre de vies perdues en Méditerranée ces dernières années.

Tout ce que nous faisons dans nos politiques de développement vise à s’attaquer aux racines de ces phénomènes. Mais tout ceci prend du temps, il n’y a pas de recette miracle. Malheureusement. C’est pour cela que nous nous sommes dotés de nouveaux instru­ments plus rapides et plus efficaces, en plus de nos instruments traditionnels.

Nous avons créé il y a deux ans un fonds fiduciaire d’urgence pour lutter contre l’instabilité et les causes profondes de la migration irrégu­lière. Et nous avons mobilisé à ce jour près de 3 milliards d’euros et déjà lancé plus de 120 projets dans les domaines de la création d’emplois, de la délivrance des services de base, de la gestion des migrations et ou encore de la sécurité.

C’est aussi dans cette perspective que nous avons adopté le Plan d’inves­tissement externe dont je parlais : plus d’investissements, y compris dans les zones fragiles, c’est plus d’activités et donc plus d’emplois, plus de perspectives de dévelop­pement collectif et individuel. Tant que la migration restera une nécessité pour tant d’hommes et de femmes, et non un choix, nous ne baisserons pas les bras.

Crises politiques, problème d’alternance…, cette situation complique-t-elle votre approche ? Les moyens coercitifs sont-ils adaptés pour un partenariat d’égal à égal ?

L’alternance n’est pas un problème quand elle résulte de l’expression démocra­tique. Nous l’avons vu au Burkina Faso et en Gambie. Nous sommes évidemment dans d’autres cas de figure quand des crises politiques naissent ou se prolongent en raison d’absence d’élections, d’élections non-transparentes, de coups d’État ou de violations des droits de l’homme.

Dans ces cas-là, nous n’avons pas d’autre recours que de faire appel aux mécanismes prévus pour suspendre l’aide aux autorités des pays en cause. Mais, et je voudrais insister là-dessus, nous ne suspendons jamais notre aide aux populations. C’était le cas du Zimbabwe qui pendant des années a été dans un tel régime de sanctions ; c’est le cas aujourd’hui du Burundi.

Notre objectif est évidemment d’éviter à tout prix d’en arriver là. Et c’est pourquoi nous travaillons beaucoup sur le dialogue politique et la prévention des situations de crises et de conflit. Car nous savons ce qu’elles coûtent et à quel point elles peuvent anéantir en quelques jours des années d’efforts de développement.

Nous avons décidé récem­ment de renforcer notre coopération sur ces aspects avec l’Union africaine. Car c’est aux Africains d’abord de prendre ces questions à bras-le-corps et d’y apporter une solution. Nous pouvons soutenir ces efforts, mais nous ne pouvons pas nous y substituer, précisément parce que nous sommes dans ce partenariat d’égal à égal dont vous parliez plus tôt… Les solutions à des problèmes africains doivent avant tout être… africaines.

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