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Mimica analyse les rapports Afrique-Europe

Le Commissaire européen, Neven Mimica, insiste sur les rapports nouveaux que doit établir l’Europe avec l’Afrique. Dont le développement passe par davantage d’investissements et une plus forte ouverture à l’international.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche

L’Union européenne participe à 70 % du budget de l’Union africaine, ses délégations présentes en Afrique sont actives et influentes… Pourtant, les Africains ont du mal à cerner l’apport de l’UE. Comment l’expliquez-vous ?

L’Afrique est un vaste continent et je conçois qu’une partie de son opinion publique n’ait pas toujours une vision claire de ce que les Européens y font. Notre réseau étendu de délégations de l’Union européenne en Afrique nous y aide, au jour le jour. Je rencontre moi-même régulièrement vos collègues journalistes quand je me déplace en Afrique.

Plus important, je parle aussi avec les bénéficiaires des projets que nous finan­çons, des représentants de la société civile et les autorités locales. Cela ne suffit sans doute pas. Pour donner sa pleine dimension à tout ce que fait l’Europe en Afrique, il faut sans doute en faire davantage.

Nous ne devons pas baisser les bras, car communiquer davan­tage sur ce que nous faisons, c’est garantir à terme plus de soutien pour nos politiques de développement. Mais il faut aussi que nos partenaires africains nous aident dans cet effort de communication !

Comment peut-on avoir des informations sur ce que fait l’UE en Afrique ?

J’invite vos lecteurs à visiter le site web que nous avons sur la transparence de l’aide européenne. Le site EuropeAid Atlas (https://euaidexplorer.ec.europa.eu/) met à la disposition de tous, des cartes et des tableaux qui permettent de visualiser ce que nous faisons. 

Les réseaux sociaux sont un autre outil pour faire connaître nos activités, en parti­culier aux jeunes. Sur Twitter, par exemple, nous comptons 41 000 abonnés. Savez-vous que deux pays africains, le Kenya et le Nigeria, font partie du Top 10 de tous les pays qui nous suivent ?

Sur Facebook, la Tanzanie, l’Éthiopie et la Somalie sont parmi nos plus fidèles abonnés. Des villes comme Dar es Salaam, Accra et Addis-Abeba sont parmi les plus actives pour partager et commenter nos vidéos, nos photos et nos informations.

Enfin, nous avons aussi lancé des opérations particulières visant à commu­niquer davantage. Je pense par exemple au concours photo, organisé pour fêter les 60 ans de la coopération européenne au développement.

Et remporté par un habitant du Cameroun. Je pense aussi à notre concours de jeunes blogueurs, toujours en cours d’ailleurs. Non seulement l’Afrique fait partie des continents que les blogueurs sélectionnés auront à parcourir pour visiter des projets de développement et les raconter sur leur blog, mais nous avons déjà reçu une quarantaine de candidatures envoyées d’Afrique.

À vos lecteurs que cela intéresserait, je signale d’ailleurs qu’ils peuvent s’y inscrire jusqu’au 13 décembre ! Je pense enfin à l’initiative plug-in qui a été lancée avant le Sommet UA-UE : 36 jeunes Africains et Européens ont été sélectionnés parmi plus de 8 000 candidats, afin de réfléchir à des idées concrètes qui seront présentées aux chefs d’État et de gouverne­ment à Abidjan.

Depuis quelques années, l’Europe est en faible croissance et l’Afrique en croissance soutenue. L’Europe se rend-elle compte du momentum pour changer de modèle de relations avec l’Afrique afin d’intensifier les rapports économiques entre ces deux ensembles ?

Il est clair que l’ancien modèle de coopé­ration au développement, entre d’un côté des donateurs et de l’autre des bénéficiaires, est dépassé. Ce changement de paradigme est reflété dans l’Agenda 2030 des Nations unies, qui place le développement durable au coeur de nos actions, dans les pays en développe­ment comme dans les pays développés.

Cette évolution requiert aussi un changement d’instruments, allant au-delà de l’aide tradi­tionnelle au développement, et partant du principe qu’à elle seule celle-ci n’a jamais été et ne sera jamais suffisante.

C’est dans ce contexte que l’UE vient d’adopter un Plan externe d’investis­sement. L’objectif est clair : faciliter les investissements en Afrique en créant une situation où le risque de l’investisseur est en partie pris en charge par un mécanisme de garantie européen. Nous espérons lever ainsi près de 44 milliards d’euros d’ici à 2020.

L’Afrique a besoin d’investisse­ments plus que d’aide au développement. Parce que ces investissements permettront de créer les emplois indispensables pour ces millions de jeunes qui entrent chaque année sur le marché du travail.

Le sommet UE-UA va-t-il être l’occasion pour changer de méthode et de discours entre l’Europe et l’Afrique pour innover et casser les pesanteurs ?

Sans aucun doute ! Notre dernier Sommet a eu lieu il y a trois ans et demi. Les enjeux et les intérêts restent les mêmes. L’Europe et l’Afrique redemeurent des continents liés, dont le destin est commun. Une Afrique forte, stable et prospère est non seulement essen­tielle pour les Africains mais aussi pour nous Européens.

Nous avons peut-être aujourd’hui une conscience plus aiguë, en Europe et en Afrique, de l’absolue nécessité de travailler ensemble. Nous avons tout à y gagner. Et le fait de mettre la jeunesse au coeur de l’agenda du Sommet est le meilleur moyen de casser cette inertie dont vous parlez.

Donner à cette jeunesse une éducation, une voix, les faire devenir acteurs du développement de leurs pays, leur donner un emploi, voici le grand enjeu de ce Sommet et des années qui viennent. Et c’est peut-être le plus grand enjeu auquel nous ayons jamais été confrontés.

Les négociations sur les APE ont du mal à se conclure. Quelles en sont les raisons ? N’est-ce pas le moment pour aller vers autre chose qui reste à définir ?

Les négociations pour les APE (accords de partenariat économique) se sont achevées il y a trois ans. Nous sommes dans la phase de mise en oeuvre. Certains APE sont déjà bien avancés, tels que ceux entrés en vigueur avec l’Afrique orientale et australe ou le Cameroun ; d’autres viennent de débuter comme les APE intérimaires avec le Ghana ou la Côte d’Ivoire.

Je note déjà des résultats probants et tangibles des APE. Madagascar, par exemple, a vu ses exportations vers l’Europe augmenter de 65 % entre 2012 et 2016, grâce notamment au dévelop­pement de son industrie textile ; la Côte d’Ivoire et le Ghana ont vu leurs exporta­tions vers l’Europe de produits transformés du cacao multipliées respectivement par 2,5 et 4 en l’espace de huit ans.

Il est vrai que les APE régionaux avec l’Afrique de l’Ouest et la Communauté d’Afrique de l’Est ne sont pas encore entrés en vigueur, car l’ensemble des pays membres ne les ont pas encore signés. Des discussions internes permettront de clarifier leur position.

Et nous respec­tons bien sûr ce temps de réflexion. Mais ceci ne remet évidemment pas en cause les APE en tant que tel ! Les APE restent l’offre d’accès au marché la plus généreuse offerte pas un groupe de pays industrialisés. Leur approche, mêlant commerce et aide au développement, permet d’appuyer la croissance de chaînes de valeur tant dans le secteur agricole que manufacturier.

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