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Miloud Chaâbi campe sur ses positions

Scandale et étonnement à Casablanca. Miloud Chaâbi, le président d’Ynna Holding, refuse de payer les créances de deux groupes européens, en dépit des injonctions de la Justice. Pourquoi ? Le mystère reste entier. 

On le disait fatigué, malade, usé. Il n’en est rien : Miloud Chaâbi, octogénaire, une des premières fortunes du royaume du Maroc, président de la tentaculaire Ynna Holding – regroupant 46 sociétés – n’a rien perdu de sa poigne. Il est actuellement le héros d’un feuilleton à rebondissements impliquant trois de ses sociétés, qui secoue le monde des affaires et fait presque chaque jour les gros titres des quotidiens ou de la presse électronique marocaine. 

Il s’agit, en fait, de deux affaires distinctes, qui ont fini par former, après une série de coups de théâtre et d’annonces spectaculaires des parties prenantes, un imbroglio dont il est devenu ardu de démêler les fils. Tentons tout de même l’exercice : la première affaire oppose la Société nationale d’électrolyse et de pétrochimie (SNEP), via Ynna Asment, filiale d’Ynna Holding, à une filiale du groupe français d’ingénierie industrielle Fives. À la suite d’un litige commercial déjà ancien, Fives FCB, créancier d’Ynna Holding, représenté par un cabinet d’avocats marocain, s’est attaqué pour se rembourser à un autre fleuron du groupe Chaâbi : l’enseigne de grande distribution Aswak Assalam, florissante et forte de 13 hyper-marchés répartis dans autant de villes marocaines. Aswak tombe désormais sous le coup d’une saisie-exécution sur son capital…

l’empire Chaâbi possède des intérêts en Égypte, en Libye, en Tunisie, aux Émirats arabes unis, dans nombre de pays d’Afrique subsaharienne, mais aussi en France, où il est le premier producteur de tomates et de concombres. Serait-il en danger ?

Autre front auquel doit faire face Ynna Holding : celui qui oppose Ynna Steel, sa filiale de sidérurgie et de matériaux de construction, à la société espagnole Bascotecnia. Laquelle a obtenu, auprès du tribunal de commerce de Casablanca, l’exequatur (l’exécution d’un jugement rendu à l’étranger) de la décision d’un tribunal de Genève, condamnant le groupe marocain à verser son dû à Bascotecnia. Ce second créancier avait livré à Ynna Steel une cimenterie, clés en main.

Il y a là de quoi être inquiet : l’empire Chaâbi possède des intérêts en Égypte, en Libye, en Tunisie, aux Émirats arabes unis, dans nombre de pays d’Afrique subsaharienne, mais aussi en France, où il est le premier producteur de tomates et de concombres. Serait-il en danger ? Les sommes en jeu, réclamées par les créanciers, paraissent faibles au regard de la taille du groupe. Bascotecnia réclame 18,5 millions $, alors que Fives FCB en réclame près de 6,7 millions $, toutes deux pour « rupture abusive de contrat ». Une rapide vérification dans le classement du magazine Forbes des fortunes mondiales révèle que Miloud Chaâbi et sa famille pèsent 1,24 milliard $ au 13 mars 2015, ce qui en fait la 21e famille la plus riche, sur 50, en Afrique. De quoi largement renflouer les fonds propres d’une de leurs filiales, le cas échéant…

Pourtant les titres et les récits de la presse marocaine ont de quoi, a priori, donner des sueurs froides à l’homme d’affaires : on y évoque des saisies futures, la venue d’un huissier au siège de la holding, dans le centre-ville de Casablanca, une vente aux enchères…

Les analystes financiers préfèrent ne pas prendre position. L’un des fils de Miloud Chaâbi, lui aussi aux commandes de la holding familiale, choisit, quant à lui, de ne plus répondre aux sollicitations des médias. Tout au plus précise-t-il, via SMS, que le président du groupe se trouve actuellement au Caire. Message subliminal : tout va bien.

Cependant, ce qui pourrait s’apparenter à un caprice de milliardaire intelligent et têtu (le litige qui l’oppose à Fives FCB date de 2008) a eu une conséquence bien visible : les actions de la SNEP, une société parmi les cinq de la holding à être cotées en Bourse de Casablanca, voit son cours baisser de façon spectaculaire. Introduite voici huit ans, l’action a perdu près des deux tiers de sa valeur depuis le début 2010, dont -27 % depuis le début de l’année !

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