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Michel Ngapanoun, PDG de Hysacam

Michel Ngapanoun, le PDG d’Hysacam, acteur important du traitement des déchets en Afrique, fait le point sur la stratégie de son entreprise face aux enjeux sanitaires et environnemetaux.

Propos recueillis par Guillaume Weill-Raynal

Présente sur le marché depuis près de cinquante ans, votre société récupère aujourd’hui les déchets de 14 villes. Quel parcours !

Notre société, créée en 1969, appartenait à l’origine à une société française – Sita, devenue Engie –groupe Lyonnaise des Eaux –, qui a décidé en 1993 de se retirer de ses filiales africaines, ce qui a conduit à sa reprise par un groupe d’investisseurs camerounais. Depuis, nous avons continué à développer l’entreprise. Nous sommes passés de moins de 500 employés à presque 5 000, aujourd’hui.

Le secteur du traitement des déchets, en Afrique, est très complexe en raison d’une urbanisation folle et des enjeux considérables qui en découlent. Comment avez-vous réussi à vous imposer ?

Nous nous sommes d’abord appuyés sur un modèle de gestion du personnel et du matériel fort bien pensé, qui nous a permis de nous installer durablement sur tous les marchés où nous estimions avoir quelque chose à faire. La connaissance de l’environ­nement dans lequel nous travaillons nous a permis aussi de mieux développer nos compétences : aujourd’hui, près de cinquante ingénieurs travaillent pour nous au quotidien, ce qui constitue un encadrement conséquent.

Sur quoi s’appuient la rationalité et la cohérence de votre entreprise ?

C’est un métier qui a plusieurs segments : la pré-collecte, la collecte, le transport et le traitement des déchets. C’est surtout à propos de la collecte et du traitement, qui supposent un fort potentiel de main-d’oeuvre, que nous pouvons parler de modèle, car il est nécessaire de fidéliser et d’encourager le personnel. En ce sens, nous cherchons des procédures qui permettent au salarié de se sentir bien dans l’entreprise, et de donner le meilleur de lui-même.

Cela suppose aussi une articulation entre différents acteurs, qui sont vos interlocuteurs…

Nos premiers interlocuteurs sont nos clients, c’est-à-dire les villes. Au Cameroun, nous traitons 17 villes – au total plus de 15 millions d’habitants qui bénéficient de nos prestations au quotidien. Nos autres partenaires sont les fournisseurs de carbu­rant, les banques, etc. envers lesquels nous mettons notre point d’honneur à respecter nos engagements.

Comment financez-vous vos activités ainsi que votre croissance ?

Avant toute chose, il est impératif d’avoir de bons partenaires financiers, en premier lieu la banque. Nous devons aussi travailler de manière correcte avec nos clients afin que leur satisfaction entraîne le règlement régulier de nos prestations, même lorsque cela est difficile. Si je prends l’exemple du Cameroun – toute la zone Cemac traverse une période difficile –, seule la qualité du travail peut inciter les gens à honorer leurs factures.

Cela peut vous paraître un peu schéma­tique, mais un préposé aux finances de la mairie qui aura vu dans la rue un de nos camions en train de travailler aura plus de plaisir, en arrivant au bureau, à signer un paiement à Hysacam, qu’à un autre presta­taire qu’il ne voit pas travailler au quotidien. C’est une de nos forces : nous sommes dans le quotidien des citoyens, qui voient nos camions dans la rue, nos ouvriers qui balayent, matin et soir ! Tout cela instaure une certaine complicité, avec le citoyen lambda avec le préposé municipal, qui voit concrètement l’amélioration que notre entreprise lui apporte dans la vie de tous les jours. Pour lui comme pour nous, c’est une source de satisfaction.

Comment recrutez-vous et comment formez-vous vos salariés pour atteindre la qualité de service visée ?

Nous sommes très vigilants sur le recrute­ment. Les dossiers sont centralisés, étudiés, et si nécessaire, nous faisons venir les candidats pour les interroger et les écouter. Nos ouvriers sont formés avant de commencer à travailler sur le terrain, grâce à une structure spéciale. Toutes nos agences possèdent des salles dédiées à la formation, que ce soit pour les chauffeurs, les ouvriers. La formation initiale dure au minimum un mois, parfois deux, en partie par un système de tutorat des salariés déjà en place, qui jouent le rôle d’« instructeurs ». À quoi s’ajoutent différents encadrements, soit humains, soit par le biais de procédures. Aujourd’hui, tous nos camions peuvent être suivis par GPS. Tout cela nous permet de veiller à ce que nos objectifs soient atteints.

Comment vous positionnez-vous par rapport à vos concurrents ?

Le marché camerounais fonctionne sur un système d’appels d’offres, sur des périodes bien arrêtées: un minimum de cinq ans. Quand vous remportez le marché, la concurrence s’en va… Elle ne va pas rester là, pendant cinq ans, à attendre ! Cela nous permet de faire progresser notre profes­sionnalisme et notre expertise, de manière à demeurer toujours les meilleurs.

La question du traitement des déchets va devenir absolument essentielle en Afrique, notamment par rapport aux problèmes d’urbanisation et de démographie, d’écologie, de développement durable…

Ces questions font bien évidemment partie de nos préoccupations. L’enjeu écologique est aujourd’hui majeur. On le voit dans les centres de traitement des déchets, où la moindre défaillance des contrôles peut entraîner l’émanation de gaz toxiques. J’évoquerai aussi, bien sûr, le problème du réchauffement climatique. Dans les deux villes importantes où Hysacam doit collecter de grosses quantités de déchets, Douala et Yaoundé, nous avons construit des centrales de captage de biogaz, essentiellement du méthane, que nous détruisons par inciné­ration. Nous pourrions passer à la phase suivante qui consisterait à produire de l’élec­tricité, mais nous n’en sommes pas encore là.

Le Cameroun a entamé la libéralisation du marché, mais certains « réglages » doivent encore être décidés. Ces deux centrales de captages de biogaz nous donnent droit à des crédits-carbone. D’un autre côté, nous avons entamé une expérimentation dans la collecte des plastiques, notamment des bouteilles. Ce n’est qu’une expérimentation, nous y réfléchissons. Cela demande une organisation, un autre type de financement. Mais l’Afrique subsaharienne représente globalement un avantage considérable dans la mesure où 80 % à 90 % des déchets y sont biodégradables. La problématique y est donc moins préoccu­pante que dans d’autres pays qui produisent énormément de déchets papier ou plastique.

Mais quand on considère la croissance démographique et les enjeux à venir, on se dit que ces questions vont inévitablement devenir explosives…

Nous serons bien entendu obligés de les aborder, et nous y réfléchissons déjà. Mais nous devons être conscients que nous ne pouvons pas régler ces problèmes tout seuls. Les acteurs étatiques ont leur rôle à jouer, bien sûr, mais surtout, nous avons besoin d’une véritable industrie de traitement des déchets : si vous collectez pour rejeter, cela ne sert à rien ! Il faut des industries pour recycler.

C’est un volet très important qui a d’ailleurs perturbé notre expérimentation de collecte de bouteilles plastique, car nous ne disposons pas encore d’usines de recyclage. Il en va de même pour les cartons, avec cette difficulté supplémentaire que dans nos zones humides, un carton mouillé ne sert plus à rien. Nous traitons aussi, mais dans des quantités infimes, du verre et du tissu. Il y a très peu de verre à recycler au Cameroun, car les bouteilles de bière y sont consignées.

Votre expérience qui a permis de sortir du « bricolage » est-elle transposable à vos voisins de la Cemac ?

Oui, cette expérience est transposable, mais les pays doivent s’organiser. Le travail doit être donné à des personnes qui maîtrisent la chaîne. En ce qui nous concerne, chez Hysacam, nous pouvons jouer un double rôle : celui de conseil et celui d’exécutant. Nous pouvons accompagner des villes pour les aider à organiser ce métier, de manière à obtenir le maximum de satisfaction.

Comment faites-vous pour améliorer votre expertise, et pour monter en gamme, en maîtrise ?

La première chose, c’est que nous amélio­rons nos procédures. Nous avons été accom­pagnés par Veolia, dans la mise aux normes, pendant presque dix ans. Nous suivons aujourd’hui la norme ISO 9001, et nous travail­lons pour aller au-delà. Nous travaillons quoti­diennement pour améliorer nos pratiques.

Aujourd’hui, et pour demain, quel est votre véritable défi ?

Face à l’accroissement des villes, le principal défi est d’y installer le bien-être. Et le bien-être, c’est d’abord la propreté ! Si Hysacam apporte cette propreté, la société doit bien entendu être accompagnée par ceux qui sont en charge du service – et des deniers – public. La propreté, les routes, l’eau, l’électricité, etc., tout cela est du ressort des autorités, qui doivent comprendre l’importance de la propreté dans le bien-être des populations et lui accorder les mêmes moyens financiers qu’aux autres infrastruc­tures et services. Si nous voulons réduire le coût des dépenses de santé, nous devons commencer par travailler sur la propreté.

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