Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Uncategorized

« L’Afrique a beaucoup d’idées », dit Maurice Levy

L’univers des start-up est extrêmement créatif mais manque souvent de moyens.

Vous avez raison. C’est un univers qui fourmille d’idée, ce qui est très encourageant d’un certain point de vue, dans la mesure où de nombreux jeunes ont envie de tenter l’aventure entrepreneuriale. Il y a quelques années, lorsque vous interrogiez les jeunes diplômés – y compris ceux d’HEC ou de Polytechnique –, ils souhaitaient aller dans l’administration. Aujourd’hui, ils sont nombreux à vouloir tenter l’aventure de devenir un entrepreneur qui valorise une idée et qui réalise un rêve. Le fait que la jeunesse veuille réaliser des rêves de cette nature est quelque chose de très encourageant. C’est précisément la raison pour laquelle nous voulons que VivaTech soit le lieu de rencontre des start-up avec les investisseurs, où les jeunes entrepreneurs peuvent présenter leur projet. De très nombreuses jeunes pousses ont pu y recevoir des financements ou ont pu y signer des accords de coopération avec de grandes entreprises. Aujourd’hui, il y a suffisamment de capitaux ; il faut maintenant aider les entrepreneurs qui ont des idées à bien les mettre en forme pour convaincre ceux qui cherchent à investir.

Quelle est la place de l’Afrique, pour VivaTech ?

L’année dernière, nous avons essayé de mettre l’Afrique à l’honneur. Je suis heureux que l’Afrique ait, cette année, une place particulière. C’est une idée à laquelle je tiens particulièrement, d’abord parce qu’au cours de ma vie professionnelle, j’ai rencontré des start-up africaines, des Africains qui ont beaucoup d’idées, et des investisseurs qui savent investir dans les start-up. Et je vois aussi l’utilisation qui est faite de tous les moyens de communication, que ce soit le mobile, ou les moyens de paiement, etc. Et je me dis qu’il serait absurde de ne considérer l’Afrique que pour ses ressources naturelles. Car l’Afrique possède avant tout une ressource naturelle : les hommes et les femmes d’Afrique ont des idées, parviennent à réaliser des choses. Il faut donc absolument les mettre en avant.

Qu’est-ce qui vous a le plus ému, marqué et porté en Afrique ?

Je connais un peu l’Afrique. Elle est vaste… On dit aujourd’hui « les Afriques ». Effectivement, le continent est un patchwork de cultures, de religions, de climat. C’est un foisonnement de cultures, d’idées et de populations. Je suis moi-même né à Oujda, au Maroc, et je porte un peu de terre africaine sur mes souliers. Malgré mon passeport français, Hassan II me disait qu’il me considérait comme un de ses sujets. J’ai des souvenirs d’enfance qui me sont chers. J’ai effectivement été dans un certain nombre de pays en Afrique. J’y ai vu le bon et le mauvais : la corruption, les luttes claniques mais aussi l’extraordinaire ambition patriotique de beaucoup de gens qui ont envie que leur pays soit mieux considéré, qui ont envie de réussir, etc. et c’est cela que je veux mettre en avant.

Le saut générationnel est-il possible pour que l’Afrique entre dans l’ère de l’intelligence artificielle ? Une dimension totalement nouvelle.

Le saut générationnel, c’est le propre de la technologie et c’est le propre de l’homme. Je vous donne un exemple : les Juifs éthiopiens – les Falashas – qui sont allés en Israël. Un jour, un enfant hospitalisé s’est levé et s’est mis à marcher dans les couloirs parce qu’il avait soif. Il a su se servir de la machine et prendre un Coca-Cola. Il n’avait jamais vu de Coca-Cola ni de distributeur de boissons. Il venait des hauts plateaux éthiopiens, mais il a su s’en servir. Quand vous voyez la manière dont les Juifs éthiopiens ont été plongés dans la culture israélienne, ils s’adaptent extrêmement vite. Le saut générationnel est un phénomène connu. Et quand ce saut est technologique, c’est le plus facile. Dès lors qu’il y a un saut générationnel, une nouvelle génération de solutions technologiques, vous pouvez combler votre retard. Le fait d’accumuler des connaissances est même parfois contre-productif. Dans le cas de l’Afrique, c’est un continent qui a été le premier – surtout en Afrique subsaharienne – à se servir du téléphone portable comme instrument d’échanges, comme portefeuille monétaire. Tout simplement parce que l’Afrique ne disposait pas de distributeurs de billets et de réseaux bancaires. Les Africains se sont servis du téléphone portable, et ils ont obtenu des résultats spectaculaires.

L’Afrique est le continent de l’intelligence émotionnelle…

C’est en tous cas le continent des passions ! Les passions y sont exacerbées, mais quand elles sont mises au service de belles idées, elles permettent de faire bouger les montagnes. Je suis peut-être naïf, mais j’ai une grande confiance dans la capacité de l’homme, et dans la capacité des Africains à remuer ciel et terre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts