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Maroc : Transition délicate pour le Dirham

Pourtant, les premiers jours seront déter­minants dans la réussite de cette réforme qui, selon le gouverneur de la Banque centrale, va s’étaler sur au moins quinze ans. Dans une première phase, le dirham flottera dans une bande déterminée par la Banque centrale. De même, le panier actuel de cotation, consti­tué de 60 % d’euros et 40 % de dollars, sera maintenu.

Une transition prudente donc, destinée à accompagner son assimilation par l’économie marocaine que le gouverneur Abdelatif Jouahri qualifie de « démarche de dromadaire qui entre deux pas, réfléchit ». Les sept années de préparation avant le début du processus ont ainsi permis aux autorités monétaires de se préparer, avec le soutien du FMI, à la mise en oeuvre des principaux aspects techniques de la migration notam­ment la modélisation macroéconomique, le développement du marché des changes ainsi que la stratégie de communication. C’est cette démarche qui, conjuguée aux conditions macroéconomiques favorables actuelles, suscite l’adhésion des acteurs nationaux mais aussi des partenaires et des agences de notation.

Transition contrôlée

Pour le FMI qui suit de très près la réforme notamment à travers la ligne de précaution et de liquidité (LPL) dont il fait bénéficier le Maroc depuis 2012, l’exposition de l’éco­nomie du Royaume aux risques de change reste limitée du fait d’un bas niveau de la dette publique en devises. Cette dernière se situe à 30 % du PIB et les dettes extérieures sont de longues maturités, tandis que le portefeuille d’investissements étrangers est

modéré. L’exposition au risque de change chez les entreprises et les banques marocaines est également limitée selon Fitch Ratings, pour qui la libéralisation partielle du dirham n’aura qu’« impact limité sur la stabilité macroéco­nomique à court et à moyen terme ». Certains économistes marocains s’inquiètent toutefois de ce qu’il adviendra en cas de chocs exogènes, car l’économie marocaine reste vulnérable ; là réside tout l’enjeu de cette réforme attendue de longue date. La Banque centrale peut certes intervenir à tout moment pour soutenir sa monnaie, mais en plus de donner un mauvais signal au marché, cette démarche pourrait mettre à nu d’autres vulnérabilités de l’éco­nomie du pays.

ENCADRE

Report de dernière heure

Alors que tout était prêt pour le lancement de la libéralisation progressive du dirham comme prévu début juillet et à la veille de la conférence de presse que devrait tenir conjointement le ministre de l’Economie et des finances Mohamed Boussaid et le gouverneur de la Banque centrale, Abdelatif Jouahri, pour en fixer les modalités, le processus a été tout simplement arrêté.

Selon plusieurs sources, l’exécutif a voulu reprendre la main sur ce dossier que chapeaute Bank Al-Maghrib (BAM) depuis 2010. C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre le chef du gouvernement lors de sa première sortie médiatique quelques jours après le report. « Bank Al Maghrib a annoncé une date pour la réforme, mais nous avons remarqué qu’il fallait une nouvelle étude pour connaître l’impact sur certains aspects », a souligné Saad Eddine El Othmani qui a également confirmé que « seul le gouvernement peut prendre une telle décision à travers le ministère des Finances ».

La balle est donc désormais du côté du gouvernement Du côté de la BAM on se borne depuis à expliquer que « la mission technique est remplie, la décision politique est de la responsabilité des autorités ». Le chef du gouvernement a néanmoins précisé certains aspects de la libéralisation notamment de la bande de fluctuation. « La largeur actuelle de la bande est de 0,6 % et la proposition est de passer à 5 %, soit une fluctuation de plus ou moins 2,5 % » qui n’est pas une grande marge et n’engendrera donc pas d’impacts négatifs que certains craignaient. »

Depuis le débat a repris de plus belle avec cette fois, des voix qui remettent même en cause la réforme, estimant que l’économie marocaine, encore peu compétitive, n’est pas prête. De passage en début du mois de juillet au Maroc, une mission du FMI a réitéré qu’il y a « aucune raison » de craindre une dépréciation du dirham. Ce qui n’a point fait bouger les choses, le gouvernement expliquant ne pas vouloir d’annonces en grande pompe pour ne pas raviver les spéculations. « Le Maroc est prêt à la flexibilisation et un léger décalage n’est pas un problème. À long terme, nous ne voyons pas désalignement ni de déséquilibre du Dirham » a expliqué Nicholas Blancher, économiste au FMI. Réponse du chef du gouvernement : « Il y a un contexte social à prendre en compte. Nous ne pourrons mener une telle réforme de manière purement technique d’où la nécessité de prendre les précautions nécessaires à travers des mesures d’accompagnement. »

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