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Maroc : le « jackpot » PSA

Maroc. Avec sa nouvelle implantation dans le pays, PSA gagnera en compétitivité et se repositionnera sur le marché africain, longtemps négligé. Le Maroc, pour sa part, gagne enfin sa place sur l’échiquier mondial de l’industrie automobile.

Les chiffres ne le montrent pas encore, mais le projet de construction d’une usine PSA Peugeot-Citröen au Maroc pourrait avoir une portée encore plus stratégique pour le royaume que ne l’a été l’installation de l’usine de Renault, inaugurée à Tanger en 2012. Bien qu’elle paraisse beaucoup plus impressionnante en termes d’investissement (1 milliard d’euros) et de capacité de production (340 000 véhicules), l’usine de Renault est dépassée par celle du concurrent Peugeot SA, du moins sur le plan stratégique.

PSA a certes injecté la moitié en termes d’investissement (550 millions d’euros pour une capacité de production, à terme, de 200 000 véhicules), mais elle est considérée par des spécialistes comme un vrai jackpot pour le Maroc. Pour comprendre, un indicateur clé : le timing. L’annonce de ce projet intervient quelques jours après que Ford a révélé ses véritables intentions en termes d’investissement dans le royaume. Le groupe américain n’ouvrira finalement qu’une représentation commerciale dont l’objectif est de rapprocher le constructeur des fournisseurs locaux et non une usine qui créera de la valeur et de l’emploi. Une douche froide pour le gouvernement marocain qui devait faire preuve d’une grande réactivité et annoncer un joli coup comme celui de PSA pour faire oublier « la fausse bonne nouvelle de Ford ». 

Le projet stimulera toute l’industrie automobile marocaine avec, en prime, l’encouragement de l’installation d’opérateurs spécialisés dans de nouvelles filières, autres que celles développées par Renault.

En cela déjà, le projet de PSA au Maroc était hautement stratégique. Mais le véritable jackpot vient du fait que c’est avec PSA que le Maroc peut enfin entrevoir des perspectives prometteuses grâce à un positionnement clair et renforcé en tant que pôle automobile en Afrique. Une carte de visite qu’il ne pouvait pas avoir avec la seule usine de Renault à Tanger. « Cet investissement industriel démontre une nouvelle fois la pertinence de la politique mise en place, qui favorise les investissements des plus grands constructeurs mondiaux, faisant du royaume le pôle automobile en développement du continent africain », confirme le ministre marocain de l’Industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique, Moulay Hafid Elalamy. Pour lui, ceci se concrétise « grâce à l’existence d’un véritable écosystème automobile, rassemblant toutes les compétences nécessaires en matière de fabrication, d’ingénierie… » Cependant, ces compétences ne sont pas suffisantes à elles seules pour positionner le Maroc comme un pays « constructeur » automobile. Il faut surtout la présence de grands noms de l’industrie mondiale. Or, depuis l’installation de Renault, ces groupes ne se sont pas vraiment précipités aux portes du Maroc ; cela s’explique par une conjoncture mondiale qui n’a pas vraiment été, ces dernières années, propices à pareil investissement.

Renforcement de l’écosystème 

Finalement, c’est avec l’annonce officielle de l’installation de PSA que le Maroc tient son deuxième constructeur international qui le propulse définitivement sur l’échiquier mondial du secteur. Grâce à ce projet, le royaume pourra afficher, dès 2019, une production globale de près de 600 000 véhicules par an, soit un niveau proche de l’objectif prévu dans le cadre du plan d’accélération industrielle, lancé en avril 2014. 

L’entrée en jeu de PSA est porteuse d’un autre bienfait structurel, le renforcement de l’écosystème automobile, à travers une forte intégration des opérateurs locaux. Le projet présenté par PSA au gouvernement marocain prévoit un taux d’intégration locale compris entre 60 % et 80 %. À moyen terme, le taux d’intégration ciblé par PSA devrait donc représenter le double de ce que propose Renault Tanger (40 %). L’usine permettra aussi d’injecter quelque 10 milliards Dh dans l’écosystème automobile marocain grâce à ce taux d’intégration important. C’est dire que le projet stimulera toute l’industrie automobile marocaine avec, en prime, l’encouragement de l’installation d’opérateurs spécialisés dans de nouvelles filières, autres que celles développées par Renault.  C’est le cas par exemple de la filière mécanique. Dans son projet marocain, PSA prévoit, en effet, la construction de 200 000 moteurs, qui viendront équiper les 200 000 véhicules qui seront produits à terme. Une grande première pour le Maroc.  Les équipementiers automobiles s’attendent déjà au développement d’un tissu industriel de fournisseurs, enrichi de nouveaux métiers. Sur le plan économique également, le projet de PSA nécessitera une moindre contribution de la part du gouvernement marocain.

ENCADRE

Un stimulus pour Kenitra-Atlantique 

L’usine de PSA et celle de Renault présentent une similitude : le poids industriel qu’elles représentent chacune dans sa région. L’usine de Tanger a déjà fait ses preuves en créant toute une dynamique industrielle autour d’elle, mais surtout en stimulant l’activité de l’enceinte portuaire Tanger-Med dont elle est proche. Les équipementiers automobiles marocains s’attendent au même scénario dans le cas de l’usine PSA. Si celle-ci s’installe dans une région déjà connue pour son activité liée à l’automobile, à savoir Kenitra, elle constituera cependant une condition essentielle pour la réussite du nouveau pôle portuaire, Kenitra-Atlantique, en construction. La production de l’usine destinée à l’export, qui représentera 80 % de la production globale, transitera principalement par cette infrastructure. Cela créera un flux de marchandises pouvant atteindre les 30 milliards Dh (environ 2,8 milliards d’euros) qui transiteront par le nouveau port.

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